« À la maison d’arrêt de haute sécurité du comté, à l’isolement complet », répondit l’inspectrice en me tendant mon sac à main. « Il a demandé à vous voir. Il prétend qu’il a des révélations à faire, qu’il regrette, qu’il a agi sous la contrainte de ses créanciers. »
Je la regardai droit dans les yeux, esquissant un léger sourire sans chaleur.
« Dites-lui qu’il a gaspillé sa seule cartouche. Je n’irai jamais. Il passera le reste de son existence entre quatre murs de béton à se souvenir de l’instant précis où j’ai refusé d’attendre demain. »
En sortant du commissariat, l’air frais d’octobre m’emplit les poumons d’une force nouvelle. Pour la première fois depuis des mois, la fièvre ne brûlait plus mes veines. Je descendis lentement les marches du perron en pierre, sentant le sol solide sous mon pied valide.
Mon téléphone vibra dans ma poche : une notification de ma banque m’informant de la mise sous séquestre définitive de tous les comptes joints et de la restitution intégrale des biens spoliés par décision de justice.
Je supprimai l’application d’un geste délibéré, rangeai le téléphone au fond de mon sac, et avançai vers le taxi qui m’attendait au coin de la rue. Je n’étais plus la victime tremblante enfermée dans cette chambre étouffante. J’avais regardé la mort en face, démasqué le monstre qui partageait mon lit, et j’avais survécu.
La route qui s’ouvrait devant moi était longue, marquée par les cicatrices indélébiles de la trahison, mais pour la première fois de ma vie, elle m’appartenait entièrement.