Chaque année, Philippe organisait une réception pour célébrer l’anniversaire de sa fondation.
La Fondation Moreau finançait des programmes d’éducation, des bourses et des aides destinées à des familles en difficulté.
Philippe tenait énormément à cette fondation.
Elle portait le souvenir d’une femme qu’il n’avait jamais oubliée.
Une femme qui lui avait appris que l’argent n’avait de valeur que lorsqu’il permettait d’améliorer la vie des autres.
Cette femme s’appelait Élise Dubois.
Mais personne ne connaissait toute leur histoire.
Pas même Camille.
Vingt-six ans auparavant, Philippe Moreau n’était pas encore milliardaire.
Il dirigeait une entreprise en pleine expansion.
Il travaillait sans relâche.
Et consacrait presque toute son énergie à sa réussite professionnelle.
À cette époque, il avait rencontré Élise Dubois lors d’une réception organisée pour soutenir une association d’aide aux enfants.
Élise travaillait comme coordinatrice bénévole.
Elle avait vingt-quatre ans.
De longs cheveux châtains.
Un sourire chaleureux.
Et une détermination qui avait immédiatement impressionné Philippe.
Contrairement à beaucoup de personnes qui l’entouraient, Élise ne semblait pas intéressée par son argent.
Elle lui parlait franchement.
Le contredisait lorsqu’il se trompait.
Et lui rappelait souvent que les entreprises existaient aussi grâce aux salariés qui y consacraient leur vie.
Philippe était tombé amoureux.
Pendant près de deux ans, ils avaient entretenu une relation discrète.
Élise ne voulait pas apparaître dans les journaux.
Philippe respectait ce souhait.
Mais sa famille désapprouvait leur relation.
Son entourage estimait qu’Élise n’appartenait pas au même monde que lui.
Certains prétendaient qu’elle cherchait à profiter de sa fortune.
Philippe avait essayé de la défendre.
Mais il avait manqué de courage.
Un soir, après une dispute particulièrement douloureuse, Élise lui avait dit :
« Philippe, je ne veux pas être une femme que tu aimes seulement lorsque personne ne regarde. »
Il avait tenté de la retenir.
Mais elle était partie.
Quelques semaines plus tard, Philippe avait voulu la retrouver.
Il avait envoyé des lettres.
Demandé des nouvelles.
Cherché son ancienne adresse.
Sans succès.
Puis une collaboratrice proche de sa famille lui avait annoncé qu’Élise avait quitté la région.
Philippe avait essayé de tourner la page.
Des années plus tard, il avait appris qu’elle était morte.
Cette nouvelle l’avait bouleversé.
Il avait alors créé un programme d’aide aux familles modestes au sein de sa fondation.
Mais il n’avait jamais su qu’Élise avait donné naissance à une petite fille.
Une enfant nommée Camille.
La collaboratrice qui avait autrefois transmis les informations à Philippe s’appelait Hélène Laurent.
Elle était la tante d’Isabelle Laurent.
Pendant des années, Hélène avait géré une partie des relations administratives de la famille Moreau.
Elle connaissait les secrets.
Les correspondances.
Les anciennes tensions familiales.
Et les circonstances dans lesquelles Philippe avait perdu le contact avec Élise.
Lorsqu’Hélène était morte, Isabelle avait récupéré plusieurs boîtes de documents personnels.
Parmi eux se trouvaient d’anciennes lettres.
Certaines avaient été écrites par Élise.
D’autres par Philippe.
Et plusieurs n’avaient jamais été remises à leur destinataire.
Isabelle comprit rapidement que sa tante avait joué un rôle dans leur séparation.
Mais elle garda cette découverte secrète.
Pourquoi ?
Parce qu’elle avait ses propres raisons de craindre la vérité.
Isabelle Laurent avait trente-quatre ans.
Elle appartenait à une famille aisée de la Côte d’Azur.
Elle fréquentait les réceptions les plus exclusives.
Portait des robes de grands créateurs.
Et apparaissait régulièrement dans les magazines mondains.
Pendant plusieurs années, elle avait bénéficié de la confiance de Philippe.
Il la considérait presque comme une nièce.
Après la mort d’Hélène, il lui avait proposé de participer à certains projets de la Fondation Moreau.
Isabelle avait accepté avec enthousiasme.
Au début, elle semblait compétente.
Elle organisait des galas.
Rencontrait des donateurs.
Et participait à des opérations de communication.
Mais progressivement, elle avait commencé à utiliser sa position pour favoriser des sociétés appartenant à son entourage.
Certaines factures paraissaient excessives.
Des prestations étaient mal documentées.
Et plusieurs paiements soulevaient des questions.
Philippe avait commencé à s’en inquiéter.
Un cabinet d’audit indépendant avait été mandaté.
Isabelle l’avait appris.
Et la peur s’était installée.
Elle craignait de perdre sa position.
Son influence.
Et le train de vie qu’elle considérait désormais comme indispensable.
Puis elle avait découvert que Philippe envisageait également de modifier l’organisation de la fondation.
Il souhaitait renforcer le contrôle des dépenses.
Et confier davantage de responsabilités à des professionnels indépendants.
Pour Isabelle, cette décision représentait une catastrophe.
Elle risquait de perdre l’accès aux ressources qu’elle utilisait depuis des années.
Elle avait alors commencé à prendre des décisions dangereuses.
Des décisions qui allaient conduire à la fameuse coupe de champagne.
Le soir de la réception, Camille arriva au château à dix-huit heures.
La terrasse était magnifique.
Des lanternes éclairaient les jardins.
L’eau turquoise de la piscine à débordement reflétait les lumières dorées.
Les grandes fenêtres du château laissaient apparaître des lustres étincelants.
Les tables étaient couvertes de nappes immaculées.
Des coupes de cristal attendaient les invités.
Camille prit son service près de la piscine.
Elle devait servir du champagne et assister les invités.
Vers vingt et une heures, elle remarqua un homme qu’elle connaissait vaguement.
Adrien Mercier.
Trente ans.
Cheveux courts et foncés.
Chemise gris pâle.
Gilet bordeaux.
Pantalon noir.
Il travaillait occasionnellement pour l’entreprise de réception.
Habituellement, il était discret.
Ce soir-là, il semblait particulièrement nerveux.
Il consultait régulièrement son téléphone.
Regardait vers la sortie.
Et évitait les conversations.
Camille le remarqua.
Puis le vit échanger quelques mots avec Isabelle.
La femme en robe bleu saphir semblait lui donner des instructions.
Adrien acquiesça rapidement.
Quelques minutes plus tard, il s’approcha d’une table de champagne.
Camille se trouvait derrière une grande composition florale.
Elle observa Adrien regarder autour de lui.
Puis sortir un minuscule objet de sa poche.
Il effectua un geste rapide au-dessus d’une coupe.
Quelque chose tomba dans le champagne.
Adrien repartit immédiatement.
Camille sentit son cœur se serrer.
Elle fixa le verre.
Avait-elle vraiment vu ce qu’elle croyait ?
Avant qu’elle puisse intervenir, Isabelle s’approcha.
Elle saisit précisément cette coupe.
Puis se dirigea vers Philippe Moreau.
Camille comprit qu’elle n’avait plus le temps de réfléchir.
Elle courut.
Et cria :