Dans le chalet redevenu silencieux, le vieil homme resta immobile pendant de longues minutes. Le feu dans l’âtre jetait des reflets mouvants sur les murs lambrissés. Il ressentait le poids de ses soixante-dix années s’abattre sur ses épaules avec une fatigue immense, mais au fond de sa poitrine, un calme d’acier avait remplacé la fureur. La gangrène avait été extirpée.

Richard remonta lentement l’escalier menant à la chambre d’amis.

La porte s’ouvrit sans un bruit sur le parquet ciré. Le docteur Mercier venait de partir, laissant la pièce dans une douce pénombre seulement éclairée par la lueur orangée de la veilleuse et le ronflement régulier du poêle.

Sur le grand lit aux couvertures épaisses, Noah s’était retourné sur le côté. Sa respiration était désormais profonde, paisible, délivrée des spasmes du froid et de la terreur. Ses petites mains d’enfant, encore marquées par les coupures du travail du bois, étaient repliées sous sa joue. Posé sur la table de nuit, juste à côté d’un bol de bouillon vide, trônait le petit avion en bois de pin.

Richard s’approcha à pas de loup. Il s’assit sur le bord du matelas, qui fléchit à peine sous son poids. Il contempla longuement le visage apaisé de son petit-fils, retrouvant dans les traits fins du garçon la douceur de sa propre épouse disparue et la pureté d’un avenir qui refusait de mourir.

Délicatement, le vieil homme passa sa main sur les cheveux blonds et ébouriffés de l’enfant.

Noah entrouvrit les yeux, alourdis par le sommeil réparateur. Dans la pénombre, il reconnut immédiatement la silhouette massive et rassurante de son grand-père.

« Grand-père… ? » murmura-t-il dans un souffle ensommeillé. « Est-ce qu’ils vont revenir ? »

Richard prit la petite main de Noah dans la sienne, enveloppant les doigts meurtris de sa chaleur protectrice. Il se pencha vers lui et déposa un baiser silencieux sur son front désormais tiède.

« Non, mon petit », répondit doucement Richard dans le silence de la nuit montagnarde. « La tempête est passée. Ils ne reviendront plus jamais. Demain matin, dès que le soleil se lèvera sur les cimes, nous descendrons à l’atelier ensemble. Et nous finirons de poncer les ailes de ton avion. »

Noah esquissa un faible sourire, le premier depuis des mois d’angoisse et de ténèbres. Il serra les doigts de son grand-père de toute la force renaissante de son petit corps, ferma les yeux et replongea dans un sommeil profond, enfin à l’abri du monde et des hommes.