— Le suspect est mort. Prévenez le légiste et le procureur.

Mathieu s’était effondré à côté de son père. Il regardait ce visage désormais sans vie, ce père qu’il avait craint, aimé et haï tour à tour. Amélie posa une main apaisante sur l’épaule de son mari, le tirant doucement vers l’arrière pour l’éloigner de la scène de crime.

Des secours arrivèrent quelques minutes plus tard. Les secouristes prirent immédiatement en charge Cécile, lui posant un pansement compressif sur l’épaule avant de l’installer sur un brancard.

Alors qu’on s’apprêtait à la faire monter dans l’ambulance, Cécile fit signe à Amélie d’approcher.

Amélie se pencha vers le visage pâle de sa belle-mère.

— Merci, Amélie, murmura Cécile d’une voix faible mais ferme. Si tu n’avais pas eu le courage de venir sur cette falaise… si tu n’avais pas jeté ces cendres avec cette intuition que quelque chose clochait, nous serions encore tous sous son emprise. Tu es beaucoup plus forte que tu ne le penses.

— Et les documents contre Mathieu ? chuchota Amélie, inquiète pour l’avenir de son mari.

Cécile esquissa un léger sourire mystérieux.

— Il n’y aura pas de poursuites. J’ai remis au capitaine Renaud une clé USB contenant l’intégralité des preuves démontrant qu’Henri avait usurpé l’identité de Mathieu et forgé sa signature depuis des années. Mathieu est totalement innocenté. La fortune d’Henri sera saisie par la justice pour indemniser les victimes de ses malversations, mais nous sommes enfin libres.

Amélie regarda l’ambulance fermer ses portes et s’éloigner toutes sirènes hurlantes dans la nuit noire du port.

Deux mois plus tard.

Le soleil de début de printemps dorait doucement les falaises où tout avait commencé. L’air était frais, rempli du parfum iodé de l’océan et du chant des mouettes qui survolaient les flots.

Amélie et Mathieu se tenaient main dans la main au bord du précipice. Les vagues se fracassaient toujours avec la même violence sur les rochers en contrebas, mais la terreur qui habitait autrefois ce lieu s’était évaporée.

Mathieu avait repris des couleurs. Le traumatisme était encore profond, les cicatrices psychologiques mettraient des années à se refermer, mais le poids étouffant du mensonge et de la culpabilité avait disparu. Il suivait une thérapie et tentait de reconstruire sa vie sur des bases saines, loin du monde des affaires corrompu de son père.

Cécile, quant à elle, avait survécu à ses blessures. Elle s’était retirée dans une petite maison sur la côte sud, cherchant la paix et le silence après une vie entière passée dans l’ombre d’un monstre.

Amélie sortit de sa poche une petite boîte en bois qu’elle ouvrit doucement. À l’intérieur reposait la petite plaque métallique d’identification mortuaire que la police leur avait restituée après la clôture définitive de l’enquête.

Elle regarda Mathieu. Il lui adressa un léger hochement de tête approbateur.

Sans dire un mot, Amélie prit la plaque entre son pouce et son index, leva le bras au-dessus du vide, et lâcha le morceau de métal.

Le petit rectangle doré brilla une dernière fois sous les rayons du soleil en décrivant de larges arabesques dans les airs, avant de plonger définitivement dans les eaux sombres et profondes de l’océan.

Cette fois-ci, ce n’étaient pas les cendres d’un innocent ni les mensonges d’un meurtrier qu’ils abandonnaient à la mer. C’était leur passé.

Amélie serra la main de Mathieu un peu plus fort, se tourna vers la route qui ramenait vers la ville, et ensemble, ils marchèrent vers l’avenir sans jamais plus se retourner.