— Tu es venu avec elle, Mathieu. Je t’avais pourtant dit de venir seul, résonna une voix familière depuis l’ombre des passerelles métalliques situées en hauteur.
Henri Fournier fit son apparition dans le halo de lumière.
Amélie retint son souffle. L’homme qu’elle croyait mort et incinéré se tenait bien là, à moins de dix mètres d’eux. Il portait un imperméable sombre, un chapeau baissé sur le visage, et ses traits d’ordinaire si soigneusement entretenus portaient les marques de la fatigue et de la traque. Mais dans ses yeux brillait une lueur de folie et de domination absolue. Dans sa main droite, il tenait nonchalamment un pistolet automatique muni d’un silencieux.
— Papa… lâcha Mathieu, sa voix tremblant de nouveau.
— Ne commence pas avec des jérémiades, Mathieu, coupa seclement Henri en descendant les marches de l’escalier métallique. Tu m’as toujours déçu. Trop mou, trop sentimental, exactement comme ta mère. Heureusement que tu m’as servi à quelque chose en apposant ta signature sur ces précieux contrats. Grâce à toi, les autorités penseront que tu étais le cerveau de la fraude financière pendant que je refais ma vie sous le soleil d’Amérique du Sud.
— Vous êtes d’une monstrueuse lâcheté, cracha Amélie, se plaçant instinctivement un peu devant son mari. Accuser votre propre fils pour couvrir vos crimes !
— La survie du plus fort, Amélie. Une simple règle biologique, répondit Henri avec un sourire froid. Donne-moi cette plaque métallique, Mathieu. Maintenant. Et le téléphone sur lequel Cécile a reçu ma photo ce matin.
Mathieu fouilla lentement dans sa poche et sortit le petit morceau de métal dorée d’identification mortuaire.
— Pourquoi as-tu tué le docteur Meyer ? demanda le jeune homme, cherchant visiblement à gagner du temps. C’était ton ami !
— Meyer était un imbécile cupide ! s’emporta Henri, son visage se déformant sous la colère. Il pensait pouvoir me tenir par les couilles sous prétexte qu’il avait rédigé le faux certificat de décès. Il a voulu doubler la somme au dernier moment. Personne ne me chante ! Je lui ai réglé son compte dans son cabinet, et son corps est devenu la pièce maîtresse de ma disparition. Si vous n’aviez pas découvert le numéro sous l’urne, l’histoire s’arrêtait là.
Henri fit un pas de plus vers eux, pointant le pistolet directement sur le torse de Mathieu.
— Donnez-moi cette plaque. Je prends le bateau qui m’attend au bout du quai dans dix minutes. Si vous restez gentiment ici sans bouger pendant une heure, je détruirai les documents originaux qui incriminent Mathieu. Sinon… je vous abats tous les deux ici, je jette vos corps à la mer avec des blocs de béton, et la police pensera à une fuite familiale organisée qui a mal tourné.
— Tu n’en feras rien, Henri.
La voix de Cécile résonna dans le hangar, amplified par l’acoustique du lieu.
Henri se retourna brusquement, braquant son arme vers le fond du hangar. Cécile s’avançait calmement hors de la pénombre. Mais elle n’était pas seule.
À sa gauche, éclairé par la lumière crue du projecteur, se tenait le capitaine de police Renaud, du service de recherche des crimes contre les personnes, entouré de quatre hommes du GIGN, armes automatiques braquées et visées laser rouges pointées directement sur la poitrine d’Henri.
— Ne bougez plus ! Posez votre arme au sol ! cria le capitaine Renaud.
Le visage d’Henri se décomposa instantanément. La surprise et la rage pure traversèrent son regard.
— Cécile… espèce de traînée ! rugit-il. Qu’est-ce que tu as fait ?
— Ce que j’aurais dû faire il y a trente ans, répondit la vieille femme avec une dignité glaciale.
Amélie comprit tout à cet instant. Quand Cécile avait prétexté contourner le hangar, elle avait déjà contacté le capitaine Renaud deux heures plus tôt, juste après la scène de la falaise. Elle lui avait transmis la photo d’Henri vivant et les enregistrements téléphoniques qu’elle avait discrètement capturés depuis le début des funérailles. Le rendez-vous du hangar n’était pas une reddition : c’était un piège parfait.
— Lâchez votre arme, Fournier ! répéta le capitaine de police. Nous avons le hangar entièrement encerclé. Vos aveux concernant le meurtre du docteur Christian Meyer viennent d’être enregistrés en direct sur nos fréquences.
Henri regarda autour de lui. Les points rouges des visées laser dansaient sur son imperméable noir. Il comprit que tout était fini. Sa fausse mort, sa fortune offshore, sa fuite vers l’étranger… tout venait de s’effondrer à cause d’une minuscule plaque métallique et de la vengeance méthodique de son épouse qu’il avait si longtemps méprisée.
Un sourire démentiel apparut sur ses lèvres.
— Si je vais en enfer, Cécile… je n’y irai pas seul.
Dans un geste de pure folie, au lieu de jeter son arme, Henri tourna brusquement le canon de son pistolet vers Cécile et pressa la détente.
BANG !
La détonation retentit comme un coup de tonnerre sous la tôle du hangar.
Au même instant, plusieurs coups de feu simultanés des forces de l’ordre éclatèrent dans un fracas assourdissant.
Henri fut projeté en arrière par l’impact de trois projectiles d’élite qui le frappèrent en pleine poitrine. Son arme lui échappa des mains et alla rouler sur le béton humide. Il s’effondra lourdement sur le sol, les yeux grand ouverts fixant le plafond sombre du hangar, une marée de sang noir se répandant rapidement sous son corps.
— Maman ! hurla Mathieu en se précipitant.
Cécile était tombée à genoux. Amélie court vers elle et la retint avant qu’elle ne touche le sol. La balle d’Henri l’avait atteinte à l’épaule droite. Le sang imbibait rapidement le cashmere noir de son manteau, mais la vieille femme respiration encore. Elle grimaça de douleur, mais ses yeux restaient étrangement clairs, dénués de toute peur.
Les policiers s’avancèrent rapidement pour sécuriser la zone et s’assurer que le corps d’Henri ne présentait plus aucun danger. Le capitaine Renaud se pencha sur Henri, posa deux doigts sur sa carotide, puis releva la tête vers ses hommes.