— Sarah était ta fille ! cria Ryan, les poings serrés si fort que ses ongles s’enfoncèrent dans sa chair. Tu l’as laissée mourir sur une table d’opération pour prélever une enfant conçue dans une éprouvette avec nos propres gènes !

— J’ai préservé notre héritage ! riposta le vieillard, sa voix montant dans les aigus, brisée par la colère et la sénilité naissante. Cette enfant n’est pas un être autonome, c’est une copie parfaite de nos segments télomériques corrigés ! Ses tissus ne développeront jamais la maladie. Elle porte en elle la clé de notre immortalité cellulaire ! En me guérissant, je te guérissais aussi, toi et ton fils idiot ! Tu devrais me remercier à genoux au lieu de jouer les héros de pacotille ! »

Ryan laissa un silence pesant s’installer dans la pièce. Le feu de cheminée crépita bruyamment, projetant des étincelles contre la grille de protection.

« Je ne te remercierai jamais, Julian, murmura Ryan. Parce que tu n’as jamais cherché à nous sauver. Tu n’as jamais aimé Sarah, tu ne m’as jamais aimé. Tu n’aimes que ton reflet dans le miroir du pouvoir. Mais ton empire s’arrête aujourd’hui. »

Ryan sortit calmement de sa veste un petit disque de stockage SSD noir et le posa sur la table basse en verre fumé, entre eux deux.

« Les enregistrements des cuves de gestation de l’unité 4. Les autopsies maquillées signées de ta main. Les relevés de virements bancaires vers les comptes offshore des faux experts légistes suisses. Et les vidéos de Sarah consciente, te suppliant de la laisser vivre avant que tu n’ordonnes l’administration de sa dose létale de curare.

Le visage de Julian perdit sa superbe. Une lueur de terreur panique passa dans ses yeux injectés de sang.

— D’où… d’où sors-tu ça ? bredouilla-t-il. Ces fichiers ont été effacés du réseau central !

— Sarah connaissait tes faiblesses bien mieux que tu ne le croyais, Julian. Elle les avait sauvegardés sur le terminal de sécurité hors-ligne de cette maison même, dans son ancien bureau d’enfant. J’ai synchronisé la totalité des données sur trois serveurs d’agences de presse internationales et auprès de la division des crimes contre l’humanité du parquet fédéral de Berne il y a exactement dix minutes, depuis mon téléphone avant d’entrer ici. »

Julian tenta de se lever de son fauteuil, mais ses jambes atrophiées cédèrent sous lui. Il retomba lourdement contre les coussins, le souffle court, bavant légèrement à la commissure des lèvres sous l’effet du choc et de la maladie.

« Tu mens… tu bluffes… Ryan, tu détruirais le nom des Vaneck ? Tu détruirais la fortune qui te revient ?

— Ce nom n’est qu’une souillure, répondit Ryan, le regard dénué de toute pitié. Et je ne laisserai pas un centime de ton argent maudit toucher à la vie de mes enfants. »

Le vieillard se tourna désespérément vers ses deux gardes du corps.

« Tuez-le ! hurla-t-il, la voix déchirée par l’hystérie. Prenez ce disque et abattez-le ! Faites disparaître la voiture et ceux qui sont dedans ! »

Mais aucun des deux hommes ne bougea d’un millimètre.

Au dehors, le hurlement strident de plusieurs sirènes de police commença à monter depuis la vallée, brisant la quiétude de la forêt. Le bruit puissant et rythmé des pales d’un hélicoptère des forces spéciales de gendarmerie fendit l’air au-dessus du parc, faisant vibrer les immenses baies vitrées du manoir.

L’un des gardes baissa lentement la tête, regarda son employeur cloué dans son fauteuil roulant, puis rangea délibérément son arme sous sa veste avant de lever les mains en l’air, signalant sa reddition aux forces de l’ordre qui encerclaient déjà le domaine.

« C’est fini, Julian, dit simplement Ryan. »

Sans accorder un regard de plus à l’homme brisé qui sanglotait de rage et d’impuissance devant les flammes mourantes, Ryan tourna les talons et franchit les portes du manoir.

Sur l’esplanade gravillonnée, sous les projecteurs aveuglants de l’hélicoptère en stationnaire et les gyrophares bleus des véhicules d’intervention qui franchissaient les grilles en trombe, la vieille camionnette attendait. Claire était sortie, tenant fermement Ethan contre elle.

Dans ses bras, la petite Maya regardait les lumières bleues tournoyer dans la brume. Ce n’étaient plus les lumières rouges terrifiantes des alarmes du laboratoire clandestin. C’étaient les lumières qui marquaient la fin de la nuit.

Ryan s’avança vers eux à travers la pluie. Ses vêtements étaient trempés, ses mains écorchées par les arêtes de la bouche d’aération, mais son cœur était enfin apaisé. Il prit Maya dans ses bras, et cette fois, l’enfant ne tremblait plus. Elle posa sa petite tête contre son épaule, fermant doucement les yeux au creux de son cou protecteur.

Il passa son autre bras autour des épaules de Claire et d’Ethan, les serrant tous les trois contre lui dans une étreinte indéfectible, tandis que derrière eux, les portes du manoir se refermaient à jamais sur les ténèbres du passé.