« La porte arrière mène au verger, puis à la vieille voie ferrée désaffectée, dit-il d’un ton sec, dépouillé de toute hésitation. Où est ton téléphone ?

— Dans mon sac, répondit Claire en tremblant.

— Laisse-le ici. Ils peuvent géolocaliser nos cartes SIM. Prends les clés de la vieille camionnette de ton frère qui est garée derrière la grange à foin, à cinq cents mètres d’ici. Est-ce qu’elle a de l’essence ?

— Le réservoir est à moitié plein.

— On bouge. Maintenant. »

Un violent coup retentit contre la porte d’entrée de la maison. Une voix d’homme, métallique et polie, résonna à travers le bois massif.

« Monsieur Ryan Vaneck. Nous savons que vous êtes à l’intérieur. Votre père souhaite simplement récupérer ce qui appartient à la fondation. Il ne souhaite aucun mal à votre famille. Ouvrez la porte, et réglons cela dans le calme. »

Ryan ne répondit pas. Il fit signe à Claire d’ouvrir la porte dérobée de la buanderie qui donnait sur le potager arrière. Le loquet émit un grincement minuscule. Ils se glissèrent dehors au moment précis où un bruit sourd d’enfoncement de porte ébranla la façade avant de la demeure. Des éclats de bois volèrent dans le hall d’entrée.

La brume matinale enveloppait la campagne d’un manteau cotonneux. L’air était glacial, piquant les joues et les yeux. Ryan courut, tenant la petite Maya contre son torse. L’enfant, blottie sous la laine, ne pleurait pas. Elle avait appris très tôt que le son de sa propre voix pouvait lui coûter la vie. Claire tenait fermement la main d’Ethan, accélérant le pas dans la terre meuble des sous-bois bordant la propriété.

Derrière eux, un coup de sifflet bref déchira le silence de la brume, suivi par les aboiements furieux d’un chien d’attaque.

« Ils ont lâché un pisteur ! haleta Claire, le souffle court.

— Continue d’avancer vers la grange ! ordonna Ryan. Ne te retourne sous aucun prétexte. »

Ryan s’arrêta un instant près d’un vieux muret de soutènement en pierre sèche. Il posa délicatement Maya quelques secondes contre le talus, ramassa une lourde branche de chêne morte, noueuse et dense, puis reprit l’enfant dans ses bras pour franchir le fossé marécageux. L’eau boueuse pénétra dans ses bottes, gelant ses orteils, mais l’adrénaline effaçait toute sensation physique.

Ils atteignirent la vieille grange délabrée. La camionnette, un utilitaire rouillé des années quatre-vingt-dix, dormait sous une bâche moisie. Claire se précipita vers la portière du conducteur, introduisit la clé usée dans le barillet et tourna. Le loquet sauta.

Elle fit monter Ethan et Maya à l’arrière, les dissimulant sous des toiles de jute et des cartons de déménagement vides. Ryan monta côté passager. Claire tourna la clé de contact.

Le démarreur toussa, grinça dans un râle mécanique poussif, mais le moteur refusa de prendre.

« Allez… s’il te plaît, supplia Claire en écrasant l’accélérateur. S’il te plaît ! »

Au dehors, à la lisière des arbres, la silhouette sombre d’un doberman surgit de la brume, suivi à moins de cinquante mètres par l’un des hommes en costume, une arme de poing équipée d’un silencieux à la main. L’homme leva son bras, visant méthodiquement les pneus de l’utilitaire.

Claire tourna la clé une troisième fois en pompant furieusement sur la pédale. Dans un nuage de fumée bleue et un vrombissement de tôle vibrante, le vieux moteur diesel rugit enfin.

Sans attendre, Claire enclencha la première et écrasa la pédale. Les roues arrière patinèrent sur la terre grasse avant de mordre le sol avec violence. La camionnette bondit hors de la grange au moment exact où deux détonations étouffées claquèrent dans l’air. Une balle troua le rétroviseur extérieur droit, projetant des éclats de verre argenté sur les genoux de Ryan ; la seconde ricocha sur le montant de la carrosserie dans un sifflement strident.

Le chien sauta contre la portière passager, ses crocs claquant à quelques centimètres de la vitre entrouverte, mais la puissance du véhicule le balaya sur le côté. Claire braqua brutalement, empruntant un chemin de terre forestier défoncé, inaccessible aux berlines de luxe à faible garde au sol.

Ryan regarda dans le miroir brisé. L’homme en costume baissait son arme, comprenant qu’il ne pourrait pas les suivre à pied, et portait une radio à son collet.

« Ils vont bloquer les axes secondaires vers l’autoroute, dit Ryan, la voix posée malgré la tempête d’angoisse qui lui serrait les tripes. Claire, où est la puce ? Dans quelle partie de son corps ?

— À la base de la nuque, répondit-elle en larmes, luttant pour maintenir le volant droit sur les ornières boueuses. C’est une capsule biocompatible de la taille d’un grain de riz. Je n’ai aucun matériel chirurgical pour l’extraire sans risquer de léser le tronc cérébral !

— On ne l’extraira pas, dit Ryan. On va l’isoler. »

Il se retourna vers la banquette arrière. Maya était assise, silencieuse, ses grands yeux verts fixés sur lui avec une confiance absolue et déchirante. Ethan lui tenait la main, lui murmurant des paroles réconfortantes d’une maturité inattendue pour son jeune âge.

Dans la boîte à gants, Ryan fouilla frénétiquement jusqu’à trouver un vieux rouleau de ruban adhésif toilé pour réparations d’urgence et un paquet d’isolant thermique en feuille d’aluminium renforcé utilisé par les chauffagistes. Il découpa rapidement plusieurs épaisseurs de feuille métallique, les superposa méthodiquement pour confectionner une compresse épaisse et dense, formant une cage de Faraday improvisée.

« Viens là, mon ange, murmura-t-il doucement en s’approchant de la fillette. »

Maya ne recula pas. Ryan écarta doucement ses cheveux emmêlés à la base de son crâne. Il sentit sous la peau fine une petite protubérance dure et oblongue. Il appliqua fermement les couches d’aluminium repliées contre la nuque de l’enfant et les fixa solidement à l’aide de tours de ruban adhésif autour de son cou et de ses épaules, créant un blindage étanche contre les ondes radio haute fréquence.

Presque instantanément, sur le chemin forestier, Ryan scruta le ciel entre les cimes des arbres dénudés : aucun drone de surveillance ne semblait encore avoir ajusté leur position.