Hale attrapa l’objet au vol. Ses doigts pressèrent un bouton dissimulé sous la férule en cuivre. Avec un déclic métallique sec, la gaine en chêne glissa, libérant une lame d’acier bruni de soixante centimètres, affûtée comme un rasoir, gravée aux armes du corps des Rangers.

Un mercenaire en costume contourna l’angle du comptoir, son arme pointée vers le sol, prêt à faire feu. Hale n’hésita pas une seconde. Dans un mouvement fluide qui trahissait des décennies d’entraînement au combat rapproché, le vieux soldat esquiva la ligne de mire, dévia le canon de l’arme du plat de sa lame et porta un coup d’estoc foudroyant dans la cuisse de son assaillant, sectionnant l’artère fémorale. L’homme s’effondra dans un gargouillement de douleur.

« Prends son arme ! » ordonna le général à Rex en poussant le pistolet automatique vers le jeune homme. « Tu sais tirer ? »

« J’ai fait quatre ans chez les Marines ! » répliqua Rex, ses yeux brillant désormais d’une fureur nouvelle tandis qu’il ramassait l’arme, vérifiait la culasse d’un geste expert et engageait le premier assaillant qui tentait d’escalader le comptoir. Deux tirs précis au thorax neutralisèrent l’ennemi.

« Alors prouve-le ! » cria Hale.

Dehors, un deuxième coup de feu retentit depuis la crête lointaine. Le moteur de l’un des SUV blindés explosa dans un panache de fumée noire et de liquide de refroidissement, bloquant la retraite des assaillants.

Au milieu du diner dévasté, Vance, titubant et pressant son épaule ensanglantée contre une banquette renversée, tentait de ramasser son arme de la main gauche. Ses yeux étaient injectés de sang, déformés par la rage de voir son plan parfait réduit à néant par un vieillard et un motard.

« Repli ! » hurla Vance dans son micro de gorge. « Repli vers les véhicules secondaires ! Tuez-les tous et brûlez cet endroit ! »

L’un des agents restants dégoupilla une grenade incendiaire au phosphore blanc.

« Non ! » rugit Rex en voyant la serveuse tétanisée sous le comptoir principal.

Sans réfléchir, le jeune homme bondit par-dessus les décombres de la banquette numéro sept, percutant l’agent de tout son poids. Les deux hommes roulèrent sur le sol, écrasant les éclats de verre. La grenade échappa des mains de l’homme en costume et roula vers le sas d’entrée.

L’agent tenta d’étrangler Rex avec la lanière de son étui, mais Rex lui asséna un coup de tête sauvage qui lui brisa la mâchoire. Avant que l’homme ne puisse récupérer, une main gantée et ridée mais d’une force herculéenne saisit le col de l’assaillant et le jeta contre le mur. Hale se tenait là, la lame de sa canne pointée sous la gorge de l’ennemi vaincu.

« La goupille, gamin ! Dehors ! » cria le général.

Rex se retourna, plongea vers l’entrée, ramassa la grenade qui commençait déjà à fumer et la projeta de toutes ses forces à travers la baie vitrée brisée, en direction du parking. Deux secondes plus tard, une explosion aveuglante illumina la grisaille de l’après-midi, projetant une gerbe de flammes blanches et dévorant la carrosserie du second SUV.

Dans la salle, il ne restait plus que les gémissements des blessés et le crépitement sinistre des braises. Les survivants du commando de Vance, comprenant que leur couverture était anéantie et que le tireur embusqué verrouillait chaque centimètre carré du parking, battirent en retraite vers les bois environnants, abandonnant leur chef.

Vance était acculé contre le juke-box éventré. Son visage était d’une pâleur cadavérique, le sang s’écoulant abondamment à travers ses doigts pressés contre son torse.

Hale s’avança lentement vers lui. Sa canne-épée à la main, sa chemise blanche tachée d’huile et de sang, il semblait tout droit sorti d’un tableau d’histoire militaire. Derrière lui, Rex se tenait l’arme basse, le souffle court, contemplant ce vieillard qui venait de briser à mains nues une équipe d’intervention d’élite.

« C’est terminé, Vance, » dit doucement Hale.

Le colonel leva les yeux, un rire amer et sanglant montant dans sa gorge. « Vous croyez que c’est fini, mon général ? Ce n’était qu’une équipe de nettoyage. Le consortium sait qui vous êtes. Ils savent pour le garçon. Tant que vous vivrez, tant que ces documents existeront, ils ne s’arrêteront jamais. Ils possèdent des juges, des sénateurs, des directeurs d’agences. Vous n’êtes que deux fantômes dans un pays qui a oublié ses guerres. »

« Un fantôme peut faire beaucoup de dégâts avant de disparaître, » répondit le général d’un ton sans appel. « Où sont les microfilms originaux que Thomas avait cachés ? »

Vance cracha une gorgée de sang sur le sol. « Votre fils était plus malin que nous tous. Il n’a jamais dit à Sarah où ils étaient. Mais l’écusson… l’écusson n’est pas seulement une clé. C’est une carte. Les coordonnées du bunker de dépôt sont gravées au laser sous le placage de titane. C’est pour cela que nous avions besoin du faucon intact. »

Hale baissa les yeux vers le morceau d’argent qu’il tenait toujours dans sa poche.

Au loin, le hurlement strident des sirènes de police commença à percer la rumeur de la pluie. Les autorités locales approchaient enfin, alertées par les détonations et la fumée de la grenade.

« Vous devriez fuir, Général, » murmura Vance dans un dernier souffle d’ironie amère. « La police d’État ne fera pas la différence entre des terroristes et un vieux fou armé d’une épée. »

Hale ne répondit pas. Il se tourna vers Rex et vers les quelques civils terrorisés qui émergeaient timidement de sous les tables.

« Tout le monde va bien ? » demanda-t-il à la cantonade.

La serveuse, les yeux baignés de larmes mais indemne, hocha la tête avec tremblement. « M… M. Hale… qui êtes-vous vraiment ? »

Le vieil homme lui adressa un regard d’une infinie douceur, le premier signe d’humanité chaleureuse depuis le début de cette journée sanglante. Il fouilla dans sa poche intérieure, en sortit un épais rouleau de billets maintenu par un élastique — l’argent de sa pension qu’il retirait chaque premier mardi du mois — et le déposa délicatement sur le comptoir en zinc.