« Alors tu t’es allié aux Castiglione ? Pour tuer un enfant le jour de ses huit ans ? Tu es tombé si bas, Silvio ? »
« Les Castiglione m’ont offert le contrôle total de Manhattan et des terminaux portuaires ! » hurla Silvio, les veines de son cou prêtes à éclater. « Ton fils devait mourir. Sans héritier, ton empire s’effondrait sous le chagrin, tu perdais la raison, et je reprenais naturellement la tête de la famille avec leur appui ! Vance n’était là que pour exécuter le contrat et te faire porter le chapeau de la négligence ! »
Avant que Dominic ne puisse presser la détente, un fracas assourdissant retentit au plafond.
Le panneau métallique d’un conduit de secours céda brusquement. Une silhouette massive vêtue de noir s’abattit comme un rapace entre les deux hommes. Julian Vance. Le tueur à la cicatrice ne cherchait plus à fuir. Se sachant pris au piège dans le manoir hermétiquement clos, il avait choisi de frapper la tête de l’hydre avant de mourir.
Vance dégaina une lame de combat et percuta violemment le bras armé de Dominic. Le coup de feu partit dans le vide, perforant un écran d’ordinateur qui explosa en étincelles aveuglantes.
Dominic roula sur le carrelage froid sous la violence de l’impact, son arme glissant hors de portée. Malgré son âge et son costume trois-pièces, le parrain réagit avec l’instinct féroce d’un loup qui avait survécu à mille batailles de rue. Il attrapa un débris métallique au sol et le planta sauvagement dans la cuisse de son assaillant.
Vance poussa un rugissement de bête blessée, mais ne recula pas. D’un revers de coude d’une brutalité inouïe, il brisa le nez de Dominic, l’envoyant s’écraser contre le mur en béton. Profitant de ce répit sanglant, Silvio tenta de ramasser le pistolet tombé à terre pour abattre son ancien maître une bonne fois pour toutes.
« Finis-le, espèce d’idiot ! » éructa Vance en boitant vers Dominic, son poignard levé pour porter le coup fatal à la gorge.
Mais Dominic n’était pas seul.
La porte de la salle de contrôle vola en éclats sous la poussée de trois gardes d’assaut menés par Marco, le capitaine des sentinelles extérieures, alerté par la première détonation. Une rafale assourdissante déchira l’air confiné du sous-sol. Quatre balles de gros calibre frappèrent Vance en pleine poitrine, le clouant net contre les serveurs en ruine. L’exécuteur s’effondra dans une mare d’écume pourpre, son poignard glissant de ses doigts sans vie.
Silvio, pétrifié, le pistolet à peine touché du bout des doigts, leva les yeux vers les bouches d’armes fumantes qui le braquaient.
Dominic se releva lentement, essuyant le sang qui coulait de son nez d’un geste reversé et méprisant. Il ramassa son Beretta, écarta ses gardes d’un mouvement de la main, et s’avança vers Silvio, qui s’était effondré à genoux, suppliant à présent d’une voix brisée.
« Dominic… par pitié… Nous avons une histoire commune… Ne fais pas ça comme ça… Pense à nos familles… »
Dominic s’arrêta à quelques centimètres de lui. Son regard n’exprimait plus la moindre colère. Seulement le vide sidéral, le froid absolu des hivers sibériens où rien de vivant ne subsiste.
« Tu as pensé à ma famille quand tu as laissé verser du poison sur le gâteau de mon petit garçon ? Tu as pensé à Ethan quand tu as planifié ses convulsions sur le marbre de ma propre salle de bal ? »
« Dominic, je t’en supplie— »
Le coup partit sans avertissement. Une balle nette, précise, logée entre les deux yeux de Silvio Valenti. Le traître s’effondra lourdement sur le sol du bunker, ses ambitions et sa jalousie s’éteignant à jamais dans la poussière grise de la pièce dévastée.
Dominic rangea son arme. Il rajusta les pans de sa veste ensanglantée avec un calme olympien qui glaça d’effroi ses propres gardes du corps. « Nettoyez ces ordures. Jetez leurs corps dans le broyeur industriel des chantiers navals. Qu’il n’en reste pas un gramme sur cette terre. »
« Et pour la famille Castiglione, Boss ? » demanda Marco, la voix tremblante d’adrénaline.
Dominic se tourna vers la sortie, gravissant les marches de fer d’un pas lourd et implacable. « Rassemble toutes les équipes. Chaque entrepôt, chaque maison, chaque club leur appartenant doit disparaître d’ici l’aube. Je veux que le nom des Castiglione s’efface de l’histoire de cette ville avant que le soleil ne se lève sur l’Hudson. Que personne ne survive. Même leurs chiens. »
Vingt minutes plus tard, les portes de la grande salle de réception s’ouvrirent à nouveau.
Les invités, toujours cloués à leurs sièges dans une terreur muette, virent réapparaître Dominic Moretti. Il avait changé de chemise et de veste, arborant désormais un costume d’un noir d’encre immaculé. Seule une légère coupure sur son arête nasale trahissait la tempête qui venait de s’abattre sous leurs pieds.
Il traversa la pièce d’un pas royal, montant sur l’estrade d’honneur où le sol en marbre avait été impeccablement lavé et désinfecté par les domestiques. Il prit le micro posé près de l’orchestre silencieux.
« Mes chers amis, » déclara-t-il d’une voix posée, suave et parfaitement maîtrisée, « nous avons subi un léger incident technique avec le système de sécurité domestique. La situation est désormais totalement sous contrôle. La fête peut reprendre son cours. »
Un soupir de soulagement collectif, mêlé d’une angoisse résiduelle indescriptible, traversa l’assemblée. La musique reprit timidement. Les verres de cristal s’entrechoquèrent à nouveau, bien que les mains des invités fussent encore agitées de légers tremblements.
Dominic se détourna de la foule et descendit vers l’aile résidentielle sécurisée.
Dans le petit salon privé, Ethan était assis sur un canapé en cuir, serrant contre lui un ours en peluche, tandis que la petite Lily dégustait tranquillement une coupelle de fraises fraîches sous le regard vigilant et protecteur de Sophia.
En voyant entrer son père, Ethan sauta du sofa et courut se jeter dans ses bras. Dominic s’accroupit, souleva son fils avec une tendresse infinie, respirant le parfum innocent de ses cheveux pour chasser l’odeur persistante de poudre et de sang qui lui collait à la peau.