Chapitre 9 – L’aube sur les chênes
Le soleil se levait lentement à l’horizon lorsque la dernière voiture de police quitta la propriété, emportant les valises scellées et les dossiers de Claudia.
Une brume dorée s’élevait des pelouses humides, traversée par les premiers rayons obliques d’un matin d’automne d’une clarté éclatante. L’air était vif, pur, lavé de la pluie et des souillures de la nuit.
Je descendis les marches du perron pour retrouver Rose, qui m’attendait près des massifs de rosiers encore engourdis par le givre. Elle avait retiré son vieux manteau de laine grise et portait un gilet de grosse maille bleue qu’Élise lui avait tricoté autrefois.
Elle contemplait la façade de la maison de maître, paisible, comme si le temps avait suspendu son vol.
— C’est fini, Henry ? demanda-t-elle doucement sans se retourner.
— C’est fini, Rose. La justice va récupérer les biens d’Élise. Chaque centime retournera là où il devait aller : à la fondation pour les soins palliatifs qu’Élise voulait créer avant de partir.
Rose ferma les yeux, et un soupir de soulagement infini souleva ses épaules frêles. Deux larmes coulèrent le long de ses rides, mais cette fois, c’étaient des larmes de paix.
— Elle peut enfin dormir tranquille, murmura-t-elle.
Je m’approchai d’elle et lui tendis le bras.
— Cette maison est bien trop grande pour un homme seul, Rose. Et ton pavillon de Saint-Gilles prend l’humidité. La chambre d’amis du rez-de-chaussée donne directement sur le verger. Les pommiers vont bientôt donner leurs fruits.
Elle tourna la tête vers moi, surprise, puis ses yeux s’adoucirent en un sourire radieux, le premier véritable sourire que je lui voyais depuis sept longues années.
— Tu auras besoin de quelqu’un pour remettre de l’ordre dans tes papiers et t’empêcher de faire des bêtises, vieil entêté, répliqua-t-elle avec une tendre malice.
— C’est certain, acquiesçai-je en souriant à mon tour.
Nous prîmes le chemin du perron, côte à côte, au rythme lent mais assuré de nos pas. Pour la première fois depuis la nuit où le champagne avait souillé mon costume, je respirai à pleins poumons. Mon deuxième mariage s’était brisé en quinze secondes d’éclats et d’insultes, mais sur ses ruines venait de renaître la seule chose que le mensonge ne pourrait jamais détruire : la fidélité inébranlable envers ceux qui nous ont aimés sans condition.