À ses côtés, Marc Vasseur observait les vagues s’écraser sur les rochers en contrebas.

« Les terrains de Phare-Nord sont définitivement sécurisés », dit Marc à mi-voix. « Le trust géré au nom d’Evan est désormais inviolable. Le gouvernement a validé ton projet : le site deviendra une réserve maritime naturelle et un centre d’apprentissage pour enfants défavorisés portant le nom de Thomas. C’est exactement ce qu’il aurait voulu. »

Claire posa une main sur le mémorial de pierre érigé à l’endroit exact où la voiture de son mari avait quitté la route. Elle ne ressentait plus cette angoisse dévorante qui l’avait étouffée pendant des mois. La vérité avait été faite. La justice avait été rendue, impitoyable et totale.

Un petit rire cristallin attira son attention.

À quelques mètres de là, sur l’herbe rase du promontoire, Evan courait joyeusement après un cerf-volant aux couleurs vives. La marque sur sa joue avait totalement disparu, remplacée par les fossettes éclatantes de l’enfance retrouvée. Il s’arrêta, ramassa une petite fleur sauvage jaune et accourut à toutes jambes vers sa mère, un immense sourire aux lèvres.

« Regarde, maman ! Une fleur pour toi et pour papa ! »

Claire s’agenouilla sur le sol sans la moindre hésitation, accueillant son fils dans ses bras avec une étreinte infinie. Elle prit la petite fleur et la déposa délicatement sur la stèle de pierre polie.

« Elle est magnifique, mon cœur », murmura-t-elle en embrassant les cheveux soyeux de l’enfant.

Evan posa sa petite main chaude sur la joue de sa mère, ses yeux brillant d’une confiance absolue.

Claire leva les yeux vers l’horizon infini de l’océan, sentant pour la première fois depuis une éternité la morsure vivifiante de l’air pur gonfler ses poumons. Le cauchemar du déjeuner de famille s’était dissipé, emportant avec lui les ombres d’un passé toxique.

Plus personne ne lèverait la main sur son fils. Plus personne ne dicterait sa destinée. Devant eux s’ouvrait une terre libre, baignée par la lumière éclatante d’un nouveau départ.