Les larmes coulaient maintenant librement sur ses joues.

« Dis-lui qu’un homme se mesure à ce qu’il fait pour les autres, pas à ce qu’il possède. »

Étienne se mit à pleurer silencieusement.

Arthur détourna la tête.

La lettre continuait.

Julien expliquait avoir confié des documents à plusieurs personnes, précisément parce qu’il craignait qu’une partie de l’histoire de l’entreprise ne soit falsifiée.

Il indiquait également qu’il avait prévu de rencontrer un ingénieur vivant dans les Alpes afin d’obtenir un avis indépendant.

Mais la dernière ligne provoqua un nouveau silence.

« Si je ne reviens pas de ce voyage, ne croyez pas trop vite que j’ai simplement voulu disparaître. Cherchez d’abord à comprendre ce qui s’est passé. »

Claire replia doucement la feuille.

Madeleine prit sa main.

« Nous demanderons un nouvel examen des éléments liés à sa disparition. »

Arthur resta immobile.

Puis, contre toute attente, il prononça une phrase que personne n’aurait cru entendre.

« Il y a quelque chose que je ne vous ai jamais dit. »

Tous les regards se tournèrent vers lui.

Son visage était défait.

« Julien m’a appelé la veille de son accident. »

Claire se leva brusquement.

« Quoi ? »

Arthur baissa les yeux.

« Il m’a dit qu’il avait trouvé des irrégularités plus graves que ce qu’il imaginait. Il voulait me rencontrer après son déplacement. »

Laurent fronça les sourcils.

« Pourquoi ne l’avez-vous jamais signalé ? »

Arthur répondit d’une voix presque inaudible.

« Parce que j’avais peur que les enquêteurs découvrent ce que j’avais laissé faire dans l’entreprise. »

Claire le fixa avec une douleur immense.

« Pendant quinze ans, vous m’avez laissée croire qu’il était mort sans avoir essayé de nous contacter. »

Arthur ne chercha pas à se défendre.

« Oui. »

Un long silence suivit.

Étienne essuya ses larmes.

« Est-ce que vous savez où il est allé exactement ? »

Arthur hésita.

Puis il fouilla dans son portefeuille.

Il en sortit un petit papier plié, jauni.

« Julien m’avait donné le nom de l’homme qu’il devait rencontrer. »

Laurent se pencha.

« Pourquoi avez-vous gardé cela ? »

Arthur observa le papier.

« Je ne sais pas. Peut-être parce qu’une partie de moi espérait qu’un jour quelqu’un me poserait enfin la bonne question. »

Étienne tendit la main.

Arthur lui remit le papier.

Un nom était écrit dessus.

Michel Renaud.

Et une adresse dans un village des Alpes françaises.

Claire reconnut immédiatement le nom.

Elle porta une main à sa bouche.

« Michel… »

Étienne la regarda.

« Tu le connais ? »

Elle hocha lentement la tête.

« C’était le meilleur ami de ton père. »

Puis elle releva les yeux vers Arthur.

« Et c’est la première personne qui m’a écrit après sa disparition. »

Étienne sentit son cœur battre plus vite.

« Qu’est-ce qu’il disait ? »

Claire ferma les yeux.

« Qu’il n’avait jamais vu Julien arriver. »

Mais quelque chose venait de changer.

Car Michel Renaud était peut-être le dernier homme à avoir attendu Julien Moreau.

Et personne n’avait essayé de lui reparler depuis des années.

PARTIE 4 — LE PRIX DE LA VÉRITÉ
La route serpentait entre les montagnes.

Sous un ciel gris, les sommets des Alpes françaises disparaissaient dans les nuages.

Étienne regardait le paysage depuis la fenêtre de la voiture.

À côté de lui, Claire tenait la vieille lettre de Julien sur ses genoux.

Madeleine Vernet avait organisé le déplacement avec l’accord de la famille et l’aide de son avocat.

Laurent Besson les accompagnait.

Arthur Delacroix n’était pas venu.

Pour la première fois depuis longtemps, quelqu’un d’autre prenait les décisions.

Après plusieurs heures de route, ils atteignirent un petit village entouré de forêts.

Les maisons avaient des façades de pierre et des balcons en bois.

Une rivière coulait sous un vieux pont.

Au bout d’une route étroite se trouvait un atelier de réparation électronique.

Une enseigne ancienne indiquait le nom de Michel Renaud.

Claire s’arrêta devant la porte.

Elle semblait incapable de faire un pas de plus.

Étienne prit sa main.

« On y va ensemble ? »

Elle hocha la tête.

Ils entrèrent.

Un homme d’environ soixante ans travaillait derrière un établi couvert d’appareils démontés.

Il avait les cheveux blancs et portait des lunettes épaisses.

Lorsqu’il leva la tête, son expression changea.

« Claire ? »

Elle s’immobilisa.

« Michel… »

L’homme posa lentement son tournevis.

« Mon Dieu. »

Son regard passa d’elle au garçon.

Étienne ne bougeait pas.

Michel s’approcha.

Il observa ses yeux, son visage, ses cheveux.

Puis il murmura :

« Tu es le fils de Julien. »

Étienne hocha la tête.

L’homme passa une main sur son visage.

« Tu lui ressembles tellement. »

Claire sentit les larmes remonter.

« Michel, nous devons te poser des questions. »

Il baissa les yeux.

« Je me doutais que ce jour viendrait. »

Ils s’installèrent autour d’une petite table au fond de l’atelier.

Michel prépara du café pour les adultes et un chocolat chaud pour Étienne.

Puis Claire lui montra la lettre.

Michel la lut lentement.

Lorsqu’il arriva à la dernière phrase, il retira ses lunettes.

« Je ne savais pas qu’il avait laissé ça. »

Laurent se pencha.

« Que s’est-il passé le jour de sa disparition ? »

Michel fixa longuement sa tasse.

« Julien m’avait demandé de vérifier certains éléments techniques et des documents. Il craignait qu’on l’accuse de défauts qu’il avait lui-même signalés. Nous avions rendez-vous ici, mais il n’est jamais arrivé. »

« Avez-vous parlé à la police ? » demanda Madeleine.

« Oui. Je leur ai donné les messages que nous avions échangés. »

« Et ensuite ? »

« L’enquête a suivi son cours. J’ai reçu quelques appels, puis plus rien. »

Étienne serra sa tasse entre ses mains.

« Est-ce que vous avez cru qu’il était mort ? »

Michel hésita.

« Oui. Pendant longtemps. »

« Mais plus maintenant ? »

L’homme regarda Claire.

« Il y a une chose que je n’ai jamais comprise. »