Son nom apparaissait régulièrement dans les magazines économiques.

Mais un détail attira particulièrement l’attention d’Étienne.

Quinze ans auparavant, Arthur avait fondé une société spécialisée dans les systèmes de sécurité électronique.

Son premier associé technique s’appelait Julien Moreau.

Deux ans après la création de l’entreprise, Julien avait disparu de tous les documents officiels.

Et Arthur était devenu l’unique propriétaire de la société.

Cet après-midi-là, Claire était rentrée plus tôt que prévu.

Elle avait posé son sac sur la table et s’était assise sans retirer son manteau.

Étienne remarqua immédiatement son expression.

« Maman ? »

« Oui, mon chéri ? »

« Quelque chose ne va pas ? »

Elle essaya de sourire.

« Ce n’est rien. »

Mais une enveloppe blanche dépassait de son sac.

Étienne aperçut le logo de l’agence immobilière.

Il comprit.

« Ils veulent encore augmenter le loyer ? »

Claire baissa les yeux.

« Le propriétaire a décidé de vendre l’immeuble. »

« On doit partir ? »

Elle resta silencieuse.

Puis elle répondit doucement :

« Nous avons quelques semaines pour trouver une solution. »

Étienne observa la petite cuisine.

Les meubles étaient anciens. Les murs avaient besoin d’être repeints. La fenêtre fermait mal.

Mais c’était leur maison.

C’était l’endroit où sa mère lui avait appris à lire, où il avait construit ses premiers circuits et où il gardait la seule photo de son père.

« Je vais trouver quelque chose », déclara-t-il.

Claire lui prit la main.

« Tu es un enfant, Étienne. Tu n’as pas à résoudre tous nos problèmes. »

« Mais je peux essayer. »

Elle le serra contre elle.

« Tu sais ce que ton père me répétait ? »

« Quoi ? »

« L’intelligence n’a de valeur que lorsqu’elle sert à protéger quelqu’un. »

Étienne resta silencieux.

Puis il posa une question qui lui brûlait les lèvres depuis des années.

« Maman… Papa travaillait vraiment pour Arthur Delacroix ? »

Claire se raidit.

« Pourquoi me demandes-tu cela ? »

« Je l’ai vu sur une photo. »

Elle détourna les yeux.

« Oui. Ils ont travaillé ensemble. »

« Et pourquoi il n’a jamais voulu nous aider ? »

Cette fois, les yeux de Claire se remplirent de larmes.

« Parce que certaines personnes préfèrent protéger leur fortune plutôt que reconnaître leurs erreurs. »

Elle ne donna aucune autre explication.

Mais Étienne comprit qu’elle lui cachait quelque chose d’important.

À dix-sept heures, Claire reçut un appel de son ancienne collègue, Sophie Lambert.

Sophie travaillait désormais pour une entreprise organisant les grandes réceptions parisiennes.

« Claire, j’ai un problème. Une personne de mon équipe vient de tomber malade. Il me manque quelqu’un pour aider à préparer la soirée. Trois heures seulement, et c’est bien payé. »

Claire hésita.

« Et Étienne ? Je ne peux pas le laisser seul si longtemps. »

« Amène-le avec toi. Il pourra attendre tranquillement dans l’espace réservé au personnel. »

Claire regarda son fils.

« Tu veux venir ? »

Étienne hocha la tête.

Il ne savait pas encore où se déroulait la réception.

Une heure plus tard, Sophie les attendait devant l’entrée de service d’un magnifique hôtel particulier situé près de la place Vendôme.

Claire leva les yeux vers la façade illuminée.

« C’est ici ? »

« Oui », répondit Sophie. « Le gala annuel de la Fondation Delacroix. »

Étienne sentit son cœur accélérer.

Delacroix.

Le nom qu’il avait vu sur la photographie.

Le nom que sa mère refusait presque toujours de prononcer.

Sophie leur expliqua les consignes.

Claire aiderait à préparer les tables et à vérifier le service des desserts.

Étienne devait rester dans un petit salon voisin.

Mais lorsque les invités commencèrent à arriver, un employé lui demanda de déplacer quelques cartons de décorations dans la grande salle.

C’est ainsi qu’il aperçut le coffre.

Un énorme bloc d’acier sombre, installé au centre du ballroom.

Des techniciens vérifiaient son clavier électronique.

L’un d’eux parla à son collègue.

« C’est un ancien modèle, mais il a été entièrement modernisé. Le propriétaire voulait absolument conserver son mécanisme d’origine. »

Étienne s’arrêta.

Il regarda le panneau.

L’emplacement du clavier.

La forme de la porte.

La disposition des charnières.

Quelque chose lui sembla étrangement familier.

Puis il se souvint.

Quelques mois auparavant, en examinant les vieux carnets de son père, il avait trouvé plusieurs esquisses d’un coffre identique.

Julien Moreau avait dessiné ce mécanisme.

Il l’avait même annoté de sa propre écriture.

« La sécurité parfaite n’existe pas. Seule existe la confiance que l’on place dans les bonnes personnes. »

Étienne sentit ses doigts devenir froids.

Pourquoi Arthur Delacroix possédait-il un coffre conçu par son père ?

Et pourquoi le présentait-il comme un symbole de sa propre réussite ?

Il n’eut pas le temps d’y réfléchir davantage.

Un responsable du personnel lui demanda de retourner près des desserts.

Étienne obéit.

Mais il ne quittait plus le coffre des yeux.

Puis Arthur Delacroix monta sur scène.

Le milliardaire saisit son microphone.

Et lança son défi.

« Ouvrez ce coffre et je vous donne un million d’euros ! »

À cet instant, Étienne comprit qu’il venait peut-être de trouver la seule occasion de découvrir ce qui était arrivé à son père.

Il ne s’avança pas pour devenir riche.

Il s’avança parce qu’il voulait enfin connaître la vérité.

PARTIE 2 — LE SECRET DERRIÈRE LA PORTE D’ACIER
Le premier signal sonore du clavier résonna dans la grande salle.

Étienne venait de toucher une touche.

Arthur Delacroix se tenait derrière lui.

Son expression avait changé depuis que le garçon avait cité la phrase de Julien Moreau.

Il n’avait plus l’air amusé.

« Qui t’a appris cette phrase ? »

Étienne ne se retourna pas.

« Mon père. »

Arthur sentit une tension inhabituelle lui serrer la poitrine.

« Et comment s’appelle ton père ? »

Le garçon se tourna lentement.

« Julien Moreau. »

Le nom tomba dans la salle comme un objet de verre qu’on aurait laissé tomber sur du marbre.

Arthur resta immobile.