Était-ce un hasard ?
Ou un lien invisible entre leurs deux familles ?
Camille tendit la main.
« Tu veux être mon ami ? »
Théo la regarda avec étonnement.
Il n’avait plus d’amis depuis des mois.
Il avait quitté l’école régulièrement à cause des difficultés de sa mère.
Puis il avait perdu son foyer.
Il n’avait plus personne.
« Oui », répondit-il doucement.
Camille sourit.
« Alors tu n’es plus tout seul. »
Et pour la première fois depuis trois semaines, Théo sentit que quelque chose de chaud revenait dans sa poitrine.
L’espoir.
Deux jours plus tard, Antoine revint avec les premiers résultats de ses recherches.
Étienne l’attendait dans son bureau.
« Alors ? »
Antoine posa plusieurs dossiers sur la table.
« J’ai retrouvé des documents concernant l’accident d’Élise. »
Étienne se raidit.
« Et ? »
« Certaines informations ne correspondent pas au récit que Victor t’avait donné. »
Étienne se leva.
« Explique-toi. »
Antoine ouvrit un dossier.
« Victor t’avait affirmé qu’Élise se rendait à un rendez-vous professionnel lorsqu’elle a eu son accident. »
« Oui. »
« Mais des éléments indiquent qu’elle se rendait à un établissement médical privé, à l’extérieur de Paris. »
Étienne fronça les sourcils.
« Pour quelle raison ? »
« Nous ne le savons pas encore. »
Antoine poursuivit.
« J’ai également retrouvé une ancienne déclaration de Marianne Moreau. Elle avait signalé des incohérences concernant certains documents. »
Étienne sentit son cœur accélérer.
« Quelles incohérences ? »
« Des changements dans les dates et les heures mentionnées dans les dossiers auxquels elle avait accès. »
Étienne resta silencieux.
Antoine sortit une photographie.
On y voyait Élise devant une petite clinique.
À côté d’elle se tenait Marianne.
Et dans les bras de Marianne…
Un nouveau-né.
Étienne saisit la photographie.
« Qui est cet enfant ? »
Antoine hésita.
« C’est précisément ce que nous devons déterminer. »
Étienne regarda le bébé.
Ses yeux.
Son petit visage.
Il sentit une peur irrationnelle l’envahir.
« Tu penses que… »
Antoine leva la main.
« Ne tirons aucune conclusion sans preuves. »
Étienne posa la photographie sur le bureau.
Mais il n’arrivait plus à détourner les yeux.
Cette même soirée, Victor Delorme arriva à la résidence Laurent.
Il avait cinquante-deux ans, les cheveux grisonnants et une élégance impeccable.
Il portait un costume noir parfaitement coupé.
Dès qu’il entra, il remarqua l’atmosphère tendue.
« Étienne, mon ami, j’ai appris ce qui s’était passé à l’anniversaire de Camille. Quelle histoire incroyable ! »
Étienne l’observa.
« Tu as entendu parler du garçon ? »
Victor sourit.
« Bien sûr. Les invités en parlent partout. Un enfant des rues qui apparaît avec un vieux bijou… »
Il secoua la tête.
« Tu devrais faire attention. Certaines personnes sont prêtes à inventer n’importe quoi pour obtenir de l’argent. »
Étienne sentit la colère monter.
« Il a onze ans, Victor. »
« Justement. Quelqu’un le manipule peut-être. »
Étienne posa le médaillon sur la table.
Le sourire de Victor disparut.
Pendant une fraction de seconde, son regard se fixa sur l’objet.
Étienne remarqua immédiatement sa réaction.
« Tu reconnais ce médaillon ? »
Victor tenta de sourire.
« Il ressemble à celui d’Élise. »
« C’est le sien. »
Victor ne répondit pas.
Étienne poursuivit.
« Marianne Moreau l’avait conservé. »
Le visage de Victor se crispa.
« Marianne ? »
« Oui. »
« Je croyais qu’elle avait quitté la France. »
Étienne le fixa.
« Qui t’avait dit ça ? »
Victor hésita.
« Je ne sais plus. Peut-être quelqu’un de la clinique. »
Étienne sortit la lettre.
« Et ceci ? »
Victor pâlit.
« Où as-tu trouvé ça ? »
« Le garçon me l’a donnée. »
Victor tendit la main.
« Laisse-moi voir. »
Étienne recula.
« Non. »
Un silence lourd s’installa.
Victor tenta de reprendre contenance.
« Étienne, tu es bouleversé. Il ne faut pas croire tout ce qu’un enfant raconte. »
Étienne le regarda froidement.
« Pourquoi Élise a-t-elle écrit que je ne devais pas te laisser décider pour notre famille ? »
Victor reste immobile.
Puis il murmura :
« Elle a écrit ça ? »
Étienne ne répondit pas.
Victor regarda vers la porte.
Son visage avait perdu toute couleur.
« Étienne… il y a des choses que tu ne comprends pas. »
« Alors explique-les-moi. »
Victor baissa les yeux.
« Ce n’est pas aussi simple. »
Étienne s’approcha.
« Pendant neuf ans, je t’ai considéré comme mon frère. »
Sa voix trembla.
« Si tu m’as caché quelque chose au sujet d’Élise, je veux le savoir maintenant. »
Victor recula d’un pas.
Puis il prononça une phrase qui glaça Étienne.
« Tu ferais mieux de ne pas chercher la vérité. »
PARTIE 3 — LA VÉRITÉ QUI A BRISÉ LE MILLIARDAIRE
Étienne resta immobile devant son ancien ami.
« Qu’est-ce que tu viens de dire ? »
Victor passa une main sur son visage.
« Je voulais simplement dire que certaines découvertes pourraient te faire souffrir. »
Étienne secoua lentement la tête.
« J’ai enterré ma femme, Victor. Je connais déjà la souffrance. »
Victor regarda le médaillon.
« Tu ne sais pas tout. »
« Alors parle. »
Un silence interminable suivit.
Enfin, Victor murmura :
« Élise voulait protéger quelqu’un. »
Étienne sentit son cœur se serrer.
« Qui ? »
Victor baissa les yeux.
« Un enfant. »
Étienne pensa immédiatement à Théo.
« Quel enfant ? »
Victor ne répondit pas.
À cet instant, Antoine entra dans le bureau.
Il venait de recevoir un appel urgent.
En apercevant Victor, il s’arrêta.
« Je ne savais pas que tu avais de la visite. »
Étienne se tourna vers lui.
« Dis-moi que tu as trouvé quelque chose. »
Antoine observe Victor.
Puis il répondit :
« Oui. Et nous devons parler en privé. »
Victor fit un pas vers la porte.
« Je reviendrai plus tard. »
Étienne l’arrêta.