Elle lui montra le médaillon.
« Cet homme s’appelle Étienne Laurent. »
Théo connaissait ce nom.
On le voyait parfois à la télévision.
C’était un milliardaire célèbre, propriétaire d’hôtels, d’immeubles et d’entreprises.
« Pourquoi lui ? »
Marianne ferma les yeux.
« Parce qu’il y a quelque chose qu’il ignore. »
« Quoi ? »
Elle inspira profondément.
« Quelque chose qui concerne sa famille… et la tienne. »
Théo se rapprocha.
« Maman, je ne comprends pas. »
Elle serra sa petite main.
« Promets-moi de lui donner ce médaillon. »
« Je te le promets. »
« Et dis-lui que je n’ai jamais oublié Élise. »
Ce furent les derniers mots importants que Marianne parvint à prononcer.
Elle mourut deux jours plus tard.
Théo fut confié provisoirement à une connaissance de sa mère, mais cette solution ne dura pas.
Désemparé et persuadé qu’il devait accomplir sa promesse, il s’enfuit avant qu’une prise en charge stable puisse être organisée.
Pendant plusieurs jours, il dormit dans des endroits abrités, évita les adultes qui voulaient l’aider et chercha des informations sur Étienne Laurent.
Il finit par découvrir qu’une grande fête d’anniversaire serait organisée dans un palace parisien.
La fille du milliardaire, Camille, allait avoir neuf ans.
Théo ne possédait ni invitation ni vêtements convenables.
Mais il avait le médaillon.
Et une promesse faite à sa mère mourante.
Alors il marcha jusqu’à l’hôtel.
Il attendit près de l’entrée de service.
Lorsque des employés transportèrent de grandes compositions florales vers la salle de réception, il profita d’un instant d’inattention pour entrer.
Il traversa un couloir.
Puis un autre.
Enfin, les portes du salon s’ouvrirent devant lui.
Et il découvrit un monde qu’il n’avait jamais imaginé.
Des lustres immenses.
Des murs ornés de dorures.
Des robes magnifiques.
Des tables couvertes de champagne.
Un gâteau d’anniversaire presque aussi grand que lui.
Il aurait voulu faire demi-tour.
Mais il aperçut Camille.
Une petite fille assise dans un fauteuil roulant.
Elle semblait si seule au milieu de la foule.
Théo passe donc à autre chose.
Sans savoir qu’il portait dans sa main la clé d’un secret capable de détruire la vie du milliardaire.
Après la révélation, Étienne fit évacuer discrètement les invités vers un autre salon.
Il ne voulait plus entendre les murmures.
Il ne voulait plus voir les téléphones braqués sur lui.
Il voulait seulement comprendre.
Camille refusait de lâcher le médaillon.
Théo demeurait près d’elle, intimidé.
Étienne fit apporter une chaise au garçon.
Puis il remarqua ses pieds nus.
« Tu n’as pas de chaussures ? »
Théo secoua la tête.
« Je les ai perdues. »
Étienne resta silencieux.
Quelques minutes plus tôt, il l’avait humilié devant deux cents personnes.
Maintenant, il voyait enfin l’enfant.
Un garçon épuisé.
Affamé.
Terrifié.
« As-tu mangé aujourd’hui ? »
Théo hésita.
« Un peu. »
Étienne comprit immédiatement qu’il mentait.
Il demanda qu’on apporte de la nourriture et de l’eau.
Puis il s’assit devant lui.
« Théo, raconte-moi tout ce que tu sais. »
Le garçon regarda Camille.
Elle lui sourit timidement.
« Tu peux parler. Papa écoute. »
Théo inspira profondément.
« Ma mère s’appelait Marianne Moreau. »
Étienne sentit une douleur lui serrer la poitrine.
Marianne.
Il connaissait ce nom.
Neuf ans auparavant, Marianne Moreau avait travaillé comme infirmière auprès d’Élise Laurent.
Elle avait accompagné son épouse pendant les derniers mois de sa grossesse.
Puis elle avait disparu.
À l’époque, on avait affirmé qu’elle avait quitté Paris sans prévenir.
Étienne s’était senti trahi.
Élise avait fait confiance à cette femme.
Et voilà qu’elle réapparaissait, neuf ans plus tard, à travers un enfant des rues.
« Continue », murmura-t-il.
Théo serra ses mains.
« Maman disait qu’elle avait fait une promesse à une femme qui s’appelait Élise. »
Camille leva la tête.
« C’est ma maman. »
Théo acquiesça.
« Je sais. »
Étienne sentit son cœur accélérer.
« Quelle promesse ? »
Le garçon baissa les yeux.
« Elle disait qu’un jour, je devrais rendre ce qui appartenait à sa fille. »
Camille regarda le médaillon.
« Mais pourquoi l’avait-elle gardé ? »
Théo secoua la tête.
« Je ne sais pas. »
Étienne se leva brusquement.
Il marcha vers les fenêtres.
Depuis neuf ans, il vivait avec une seule certitude.
Élise était morte dans un accident de voiture, quelques semaines après la naissance de Camille.
C’était ce qu’on lui avait annoncé.
C’était ce que disait le dossier officiel.
C’était ce que tout le monde avait accepté.
Pourtant, Marianne avait possédé le médaillon qu’Élise portait toujours autour du cou.
Un objet censé avoir disparu dans l’accident.
Et maintenant, le fils de Marianne affirmait que sa mère avait gardé un secret.
Étienne se retourna.
« Théo, ta mère t’a-t-elle laissé autre chose ? »
Le garçon réfléchit.
Puis il acquiesça.
« Une lettre. »
Étienne sentit son sang se glacer.
« Où est-elle ? »
Théo porta la main à la poche intérieure de sa chemise déchirée.
Il en sortit un papier soigneusement plié.
« Elle m’a dit de vous la donner seulement après le médaillon. »
Étienne tendit la main.
Ses doigts tremblaient.
Théo lui remit la lettre.
Sur l’enveloppe, une écriture familière apparaissait.
Une écriture qu’Étienne n’avait pas vue depuis neuf ans.
Celle d’Élise.
Il murmura :
« Mon Dieu… »
Puis il ouvrit l’enveloppe.
Et la première phrase lui coupa le souffle.
Étienne, si tu lis cette lettre, c’est que Marianne a tenu sa promesse. Je t’en supplie, protège l’enfant.
PARTIE 2 — LE SECRET QU’ON AVAIT ENTERRÉ
Étienne relut la phrase plusieurs fois.
Protège l’enfant.
Quel enfant ?
Camille était déjà née lorsque la lettre avait été écrite.
Pourquoi Élise aurait-elle demandé à son mari de protéger un garçon qu’il n’avait jamais rencontré ?
Ses mains tremblaient tellement qu’il dut s’asseoir.
Camille observa son père avec inquiétude.
« Papa, qu’est-ce qu’il y a ? »
Étienne ne répondit pas immédiatement.
Il déplia complètement la lettre.
L’écriture d’Élise était légèrement irrégulière, comme si elle avait écrit dans la précipitation.
Mon amour,