La vitre latérale explosa en mille morceaux de verre sécurit. L’impact me projeta en avant, mais le bras d’acier de Sebastian m’écrasa contre son torse, encaissant le choc principal contre le dossier métallique. La douleur me coupa la respiration, un goût de soufre et de poussière envahissant la cabine.

« Contact ! » rugit Nikolai à l’avant, le front en sang, dégainant déjà son pistolet automatique tout en enclenchant la marche arrière avec rage.

À l’extérieur, deux camions de livraison banalisés barraient la sortie du tunnel. Des hommes vêtus de noir, masqués, équipés de fusils d’assaut, mettaient déjà pied à terre. Ce n’était ni la police ni le FBI. C’étaient les tueurs à gages des Moretti, venus terminer le travail et s’assurer qu’aucun témoin ne sortirait vivant de Manhattan.

« Reste au sol ! » cria Sebastian en me poussant sous l’espace exigu entre les banquettes. « Ne bouge pas, quoi qu’il arrive ! »

Le premier déluge de balles cribla le blindage extérieur dans un vacarme de fin du monde. Les vitres spéciales craquelèrent sous les impacts répétés sans céder immédiatement, mais ce n’était qu’une question de secondes avant que le plomb ne traverse la tôle affaiblie.

Nikolai ouvrit sa portière d’un coup de pied et commença à riposter avec une précision métronomique, abattant deux assaillants dès leurs premières foulées. Mais une rafale nourrie le faucha à l’épaule et à la gorge. Il s’effondra lourdement sur le bitume, son sang se mêlant à l’eau croupie qui ruisselait sur le sol du tunnel.

Sebastian ne laissa échapper aucun cri, aucune plainte. La mort de son plus fidèle lieutenant fut enregistrée en un clignement d’yeux glacial. Il savait que l’émotion était une sentence de mort. Il attrapa un fusil-mitrailleur court dissimulé sous la banquette avant, chargea l’arme d’un geste sec et se tourna vers moi.

Dans la pénombre poussiéreuse du véhicule, son visage était éclaboussé par une ombre d’acier, mais ses yeux brûlaient d’un feu protecteur d’une intensité primitive.

« Valerie, écoute-moi très attentivement », dit-il d’une voix parfaitement posée, contrastant violemment avec les détonations qui martelaient la carcasse du 4×4. « Derrière le troisième pilier à ta gauche, il y a une trappe de maintenance qui mène directement aux canalisations du métro de la ligne F. Tu rampes jusque-là. Tu ne te retournes pas. Tu montes vers le nord. Mara t’attendra à la station Herald Square avec un passeport et assez d’or pour disparaître sur n’importe quel continent. »

« Non ! » criai-je, m’agrippant au revers de sa veste avec une force désespérée. « Je ne te laisserai pas ici ! Ils sont trop nombreux ! »

« Ils ne veulent pas de toi vivante, et ils me veulent mort », répondit-il, ses lèvres frôlant mon front moite dans un baiser rapide et brûlant. « Mais New York m’appartient depuis quinze ans. Ces bâtards ont oublié qui leur a appris à marcher dans le noir. Maintenant, sors par la portière opposée. Pars ! »

Avant que je ne puisse protester, il donna un coup d’épaule magistral dans la portière froissée, la faisant sauter de ses gonds, et fit irruption dans la brume du tunnel en tirant des rafales contrôlées qui fauchèrent instantanément trois tireurs embusqués.

Le vacarme était assourdissant. Poussée par l’instinct de survie et la terreur absolue de le voir tomber, je glissai hors du véhicule sur les genoux, le gravier et le verre pilé déchirant le tissu de mon pantalon. La douleur physique n’existait plus ; seule comptait l’adrénaline qui pulsait dans mes tempes comme un tambour de guerre.

Je rampai vers le pilier désigné, chaque seconde semblant durer une éternité. Derrière moi, Sebastian se battait avec une férocité méthodique, utilisant l’épave comme bouclier, changeant de chargeur avec une rapidité surhumaine, abattant chaque cible qui osait s’avancer dans la ligne de mire. C’était une machine de guerre, mais c’était un homme seul contre une douzaine d’exécuteurs.

Soudain, une détonation plus sourde retentit. Sebastian trébucha.

Une balle venait de traverser son flanc. Un filet rouge commença à maculer sa chemise blanche. Il s’adossa lourdement contre le capot du véhicule, continuant de faire feu de sa main valide, mais sa respiration se faisait saccadée.

Au bout du tunnel, un homme s’avança lentement hors de la fumée des tirs. Il portait un long manteau de cachemire gris, un cigare éteint entre les dents, tenant un pistolet automatique à canon lourd.

Enzo Moretti.

Et à ses côtés, menotté, le visage ensanglanté et déformé par les coups, se tenait mon frère Lucas.

« Cessez le feu ! » hurla Moretti d’une voix rauque qui résonna lugubrement sous les arches de pierre.

Le silence retomba brutalement sur le champ de bataille, troublé seulement par le crépitement d’un pneu en flammes et les gémissements d’agonie des blessés au sol.

« Sebastian Ward… » ricana Moretti en poussant Lucas en avant d’un coup de genou dans les reins. « Regarde ce que le vent m’amène. Le grand monarque de Manhattan à genoux, qui saigne comme un porc dans les égouts. Et tout ça pour quoi ? Pour la petite sœur de ce déchet ? »

Lucas leva des yeux embués de larmes et de sang vers l’obscurité où j’étais tapie. « Valerie… fuis… » gémit-il d’une voix brisée. « Ne regarde pas… pardonne-moi… »

Sebastian ne baissa pas son arme, bien que son bras tremblât imperceptiblement sous l’effet de l’hémorragie. « Laisse le gamin partir, Moretti. Il n’a aucune valeur. C’est moi que tu voulais coincer avec le meurtre de Vance. Tu as ton coup monté. Affronte-moi. »

« Le gamin ? » s’esclaffa Moretti d’un rire gras et sans pitié. « Mais il a été très utile ! C’est lui qui m’a donné le plan des accès privés de ta tour. C’est lui qui m’a juré que sa sœur serait le moyen parfait pour t’attendrir. Mais vois-tu, Sebastian, dans nos affaires, les témoins familiaux sont des plaies qui ne se referment jamais. La fille doit mourir avec toi. Et le frère servira de coupable idéal pour le meurtre du procureur. Le grand jury conclura à une affaire de règlement de comptes entre maîtres-chanteurs. Propre. Élégant. »