« Vous devez venir au siège avec votre avocat, Élodie. Et conserver tous les messages et documents en votre possession. »

La jeune femme prit une respiration difficile.

« Est-ce que Camille sera présente ? »

Philippe hésita.

Puis répondit :

« Nous organiserons votre audition dans un cadre approprié. »

Élodie resta silencieuse.

Enfin, elle murmura :

« Je voudrais aussi lui présenter mes excuses. »

Camille entendit ces derniers mots.

Elle ne répondit pas.

Elle savait que des excuses pouvaient être sincères.

Mais elles ne suffiraient pas.

Il faudrait des actes.

Et la vérité.

Toute la vérité.

Car le pire était peut-être encore à découvrir.

PARTIE 4 — LA PLUS BELLE VICTOIRE DE CAMILLE
Les semaines suivantes bouleversèrent le groupe Laurent Prestige.

Une enquête indépendante fut menée sur les contrats conclus avec les sociétés de Victor Bellmont.

Les auditeurs examinèrent les factures, les courriels, les procédures d’approbation et les prestations réellement effectuées.

Plusieurs irrégularités furent confirmées.

Des honoraires excessifs avaient été facturés.

Des services avaient été présentés comme nouveaux alors qu’ils reprenaient des travaux déjà réalisés.

Et certains contrats avaient échappé aux contrôles internes.

Les éléments susceptibles de constituer des infractions furent transmis aux autorités compétentes.

Victor Bellmont fit l’objet de poursuites.

Élodie fut également entendue au sujet des décisions qu’elle avait prises.

Elle dut expliquer pourquoi elle avait validé des contrats sans vérifications suffisantes.

Elle reconnut avoir négligé des alertes.

Elle admit avoir privilégié son ambition personnelle au détriment de ses responsabilités.

Mais elle coopéra avec les enquêteurs et remit les documents qu’elle avait conservés.

La procédure suivit son cours.

Camille, de son côté, refusa de transformer cette affaire en vengeance personnelle.

Elle ne souhaitait pas voir Élodie humiliée publiquement comme elle l’avait été.

Elle voulait que les responsabilités soient établies équitablement.

Et surtout, elle voulait sauver l’entreprise.

Car derrière les chiffres se trouvaient des centaines de familles.

Des salariés qui avaient consacré des années au groupe.

Des jeunes employés en début de carrière.

Des personnes proches de la retraite.

Camille savait qu’une mauvaise décision pouvait affecter leur avenir.

Elle constitua une équipe de redressement.

Philippe resta à ses côtés.

Plusieurs directeurs expérimentés furent rappelés.

Les contrats inutiles furent résiliés selon les procédures nécessaires.

Les dépenses furent réexaminées.

Et les établissements reçurent de nouveaux objectifs fondés sur la qualité du service, la sécurité et la satisfaction des salariés autant que sur les résultats financiers.

Mais Camille considérait qu’une réforme était plus urgente que les autres.

La culture de l’entreprise.

Elle commença par organiser des rencontres avec les employés.

Pas dans les grandes salles de conférence.

Dans les cuisines.

Les lingeries.

Les bureaux de maintenance.

Les espaces de repos.

Elle voulait que chacun puisse parler dans un environnement familier.

Un matin, elle visita un hôtel situé près de l’Opéra.

Les femmes de chambre venaient de terminer leur réunion quotidienne.

Camille entra accompagnée de la gouvernante générale.

« Bonjour à toutes. »

Les employées se levèrent immédiatement.

Camille sourit.

« Restez assises, je vous en prie. »

Une femme d’une cinquantaine d’années la reconnut.

« Vous êtes Madame Moreau ? »

« Oui. »

« La nouvelle directrice générale ? »

« Exactement. »

Un silence embarrassé suivit.

Camille prit une chaise.

Elle s’assit parmi elles.

« J’aimerais comprendre ce qui pourrait améliorer vos journées de travail. »

Les femmes échangèrent des regards.

Personne n’osa répondre.

Camille attendit.

Puis une employée nommée Nadia leva timidement la main.

« Nous manquons parfois de temps pour nettoyer correctement les chambres. »

Camille acquiesça.

« Pouvez-vous m’expliquer ? »

Nadia décrivit les plannings trop chargés.

Les remplacements insuffisants.

Les journées où une employée malade n’était pas remplacée.

Puis une autre femme évoqua le manque de matériel.

Une troisième parla des difficultés à obtenir des pauses régulières.

Camille écouta tout.

Elle prit des notes.

Mais elle ne promit pas de résoudre chaque problème immédiatement.

« Nous allons vérifier les situations et définir des mesures réalistes avec vos responsables et les représentants du personnel. Je reviendrai vous présenter les décisions. »

Nadia semblait surprise.

« Vous reviendrez vraiment ? »

Camille sourit.

« Oui. »

Et elle tint parole.

Deux semaines plus tard, elle retourna dans le même hôtel.

Cette fois, elle apportait un plan précis.

De nouvelles procédures de remplacement.

Un réexamen des charges de travail.

Des équipements supplémentaires.

Et un mécanisme permettant de signaler les problèmes sans craindre de représailles.

Nadia avait les larmes aux yeux.

« C’est la première fois qu’une personne de la direction revient nous expliquer ce qui a été décidé. »

Camille lui répondit doucement :

« C’est pourtant la moindre des choses. »

Un soir, plusieurs mois après le fameux dîner, Camille reçut une lettre d’Élodie.

L’enveloppe était simple.

Sans parfum.

Sans papier luxueux.

À l’intérieur se trouvait une page écrite à la main.

Élodie y reconnaissait son comportement.

Elle expliquait avoir longtemps confondu autorité et domination.

Elle admettait qu’elle avait humilié des employés parce qu’elle pensait qu’ils ne pouvaient pas lui résister.

Elle évoquait également son père.

Leur relation compliquée.

Sa peur de ne jamais être à la hauteur.

Puis elle écrivait :

« Ce soir-là, lorsque je vous ai renversé cette assiette sur la tête, je voulais prouver à toute la salle que j’avais du pouvoir. En réalité, j’ai simplement montré à quel point j’avais perdu le sens du respect. »

Camille relut cette phrase.

Puis la suite.

« Je sais qu’une lettre ne peut réparer ce que j’ai fait. Mais je voulais vous présenter des excuses sincères. Et je souhaite désormais comprendre comment vivre sans mépriser ceux qui n’ont pas les mêmes privilèges que moi. »

Camille resta longtemps silencieuse.

Elle n’éprouvait plus la même colère qu’au lendemain de la réception.

Mais elle n’avait pas oublié.

Elle se souvenait de la sauce sur son visage.

Des invités silencieux.

Du rire d’Élodie.

Et surtout de la peur dans les yeux des domestiques.

Finalement, elle décida de lui répondre.

Elles se retrouvèrent quelques semaines plus tard dans un petit café discret du septième arrondissement.