Aldric ne le toucha pas tout de suite.

Élise le regarda.

— C’est à moi ?

Le roi répondit :

— C’est lié à ta mère.

Donc tu as au minimum le droit d’être présente quand nous l’ouvrons.

Le parchemin comportait seulement quatre lignes.

Écrites par Queen Lucienne.

« Isabelle, le registre véritable n’est pas dans le Trésor.
Morcant a changé les copies.
Le dernier acte porte ton contre-sceau.
S’il m’arrive quelque chose, protège l’original avant de protéger mon nom. »

Le silence tomba.

Aurelia murmura :

— “Morcant a changé les copies…”

King Aldric se leva brutalement.

— Fermez les portes.

Élise sentit Brume se redresser.

Le roi regarda sa fille.

Puis Élise.

— Si Lucienne disait vrai, Séverin n’a pas seulement menti sur Isabelle.

Il a peut-être falsifié les derniers actes officiels de la reine.

Élise demanda :

— Quels actes ?

Aldric répondit :

— Des transferts de terres.

Des dettes.

Et peut-être son dernier testament administratif.

Aurelia pâlit.

— Cela peut remettre en cause des dizaines de familles nobles.

— Oui.

— Et pourquoi Isabelle aurait-elle disparu ?

Le roi resta silencieux.

Puis Élise comprit.

— Parce qu’elle avait l’original.

Aldric acquiesça.

— C’est possible.

Une autre question lui vint.

La plus douloureuse.

— Comment ma mère est-elle morte ?

Le roi détourna les yeux.

Élise se leva.

— Non.

Cette fois, vous répondez.

Aldric inspira lentement.

— Je ne sais pas.

— On m’a dit qu’elle était morte d’une fièvre.

— C’est la version qui m’a été donnée.

— Par qui ?

Le silence du roi suffit.

Élise murmura :

— Morcant.

Aldric baissa la tête.

— Oui.

PARTIE 3 — LA VÉRITÉ SUR LE COLLIER CONDUISIT À UNE PIÈCE QUE LE CHANCELIER AVAIT FAIT MURER
L’enquête commença discrètement.

Très discrètement.

Trop, au goût d’Élise.

— Vous recommencez, dit-elle au roi.

Aldric fronça les sourcils.

— Quoi ?

— À vouloir protéger le palais avant de chercher la vérité.

— Si Morcant possède encore des hommes ici, je ne peux pas annoncer que nous enquêtons sur lui.

Élise resta silencieuse.

Le roi avait peut-être raison.

Mais elle remarqua quelque chose d’important.

Pour la première fois, Aldric expliquait la raison d’un secret avant de l’imposer.

Le premier indice vint de Brume.

Quand on lui fit sentir le parchemin du collier, le chien réagit immédiatement.

Il suivit une odeur faible à travers l’ancienne aile de Queen Lucienne.

Les corridors n’avaient presque pas changé depuis dix ans.

Brume avançait lentement.

Puis s’arrêta devant une tapisserie représentant un cerf blanc.

Il gratta le sol.

Derrière le tissu, il y avait un mur.

Aurelia fronça les sourcils.

— Il n’y a rien ici.

Élise observa les pierres.

Une ligne de mortier était légèrement différente.

— Ce mur est plus récent.

Un maître maçon fut appelé.

La cloison avait été ajoutée neuf ans auparavant.

Ordre de travaux :

Chancellor Séverin Morcant.

Quand on retira les premières pierres, un vide apparut.

Derrière se cachait une petite pièce.

Une ancienne archive privée.

Presque vide.

Mais pas complètement.

Dans un coffre en bois, on trouva trois registres.

L’un portait le symbole des trois fils.

La marque d’Isabelle.

Élise ouvrit la première page.

Elle reconnut l’écriture de sa mère.

Pas parce qu’elle avait beaucoup de souvenirs.

Mais parce qu’elle avait conservé toute son enfance deux lettres écrites avant sa disparition.

La même manière de former les “I”.

La même boucle sur les “g”.

Sa gorge se serra.

— C’est elle.

Le registre racontait ce qui s’était passé dans les derniers mois de Queen Lucienne.

La reine avait découvert que Séverin Morcant avait créé un système de fausses dettes.

Des terres saisies à des familles incapables de payer des sommes qu’elles ne devaient pas.

Puis revendues à des alliés du chancelier.

Une partie des bénéfices finançait des projets royaux.

Une autre disparaissait.

King Aldric avait bénéficié indirectement du système.

Pas personnellement dans sa poche.

Mais les caisses de la Couronne avaient reçu de l’argent provenant de ces confiscations.

Élise le regarda.

— Vous saviez ?

— Pas l’origine exacte.

— Mais vous saviez que beaucoup d’argent arrivait.

Aldric resta silencieux.

— Oui.

— Et vous n’avez pas posé assez de questions.

— Non.

Aurelia lut les pages suivantes.

Queen Lucienne avait voulu stopper le système.

Elle préparait un acte imposant un audit indépendant.

Séverin devait être suspendu pendant l’enquête.

Isabelle devait certifier le document.

Puis la reine tomba malade.

Pas empoisonnée.

Les médecins avaient diagnostiqué une infection pulmonaire sévère.

Elle mourut trois semaines plus tard.

Élise s’arrêta.

— Donc Morcant ne l’a pas tuée.

Aldric répondit :

— Rien ici ne le prouve.

Aurelia murmura :

— Ne cherchons pas un meurtre parce que ce serait plus dramatique.

Élise la regarda.

Pour la première fois, elles étaient d’accord.

Mais après la mort de Lucienne, quelque chose avait changé.

Le document d’audit n’avait jamais été publié.

À sa place apparut un acte différent.

Un acte confirmant Séverin dans ses fonctions.

Signé du sceau royal.

Apparemment certifié par Isabelle.

Mais le registre caché contenait une note :

« Je n’ai jamais contre-scellé cet acte. Mon signe a été imité. »

Élise ferma les yeux.

— Ma mère voulait le dénoncer.

— Oui, répondit Aldric.

— Et vous ?

Le roi regarda le sol.

— J’ai cru Séverin.

Après la mort de Lucienne, Aldric était en crise.

Le royaume avait des dettes.

Des récoltes mauvaises.

Des troubles aux frontières.

Séverin lui avait dit qu’Isabelle, bouleversée par le deuil, avait volé des documents pour obtenir de l’argent.

Il avait présenté des témoignages.

Des registres.

Des copies de lettres.

Aldric les avait acceptés.

— Sans l’entendre ? demanda Élise.

— Je l’ai convoquée.

— Est-elle venue ?

— Non.

— Parce qu’elle avait déjà disparu.

— Oui.

Élise eut un rire amer.

— Pratique.

Dans le troisième registre se trouvait un nom.

Maison Sainte-Vérène.

Un ancien hospice à deux jours de cheval.

Et une phrase :

« Si je ne peux pas revenir chercher Élise, Agathe saura où la conduire quand elle sera assez grande. »