Avec plusieurs partenaires, elle avait restructuré des immeubles commerciaux, investi dans des bâtiments anciens et développé des projets de rénovation.

À vingt-deux ans, elle avait participé à une opération immobilière extrêmement rentable.

L’année suivante, elle avait fondé Moreau Patrimoine.

Son entreprise s’était spécialisée dans le rachat et la rénovation d’établissements hôteliers possédant un potentiel important mais souffrant d’une mauvaise gestion.

Lorsqu’elle avait appris que l’Hôtel des Lumières était mis en vente, elle n’avait pas hésité longtemps.

L’endroit où sa mère avait été humiliée pouvait devenir un établissement où personne ne serait traité de cette manière.

Ce projet était personnel.

Profondément personnel.

Mais Claire n’avait aucune intention de l’expliquer aux invités de cette réception.

Pas encore.

À vingt et une heures quinze, elle se dirigea vers une table où un serveur disposait de nouvelles coupes de champagne.

Le jeune homme semblait nerveux.

Il devait avoir une vingtaine d’années.

Alors qu’il posait un verre, sa main trembla légèrement.

Quelques gouttes tombèrent sur le marbre.

Une femme élégante leva aussitôt les yeux.

« Faites attention, enfin ! »

Le serveur rougit.

« Je suis désolé, madame. »

Claire prit discrètement une serviette et essuya les gouttes.

« Ce n’est rien. »

Le jeune homme lui adressa un regard reconnaissant.

« Merci, madame. »

Elle lui sourit.

« Vous travaillez ici depuis longtemps ? »

« Trois mois. »

« Et ça vous plaît ? »

Il hésita.

« C’est un bel établissement. »

Claire remarqua qu’il n’avait pas réellement répondu.

Avant qu’elle puisse poursuivre, une voix féminine retentit derrière elle.

« Excusez-moi, mais vous êtes de l’équipe du traiteur ? »

Claire se retourna.

Devant elle se tenait Victoria Delacroix.

Trente ans, longs cheveux blond platine soigneusement ondulés, robe de soirée vert émeraude scintillante et boucles d’oreilles en diamants.

Victoria était connue dans certains cercles mondains parisiens.

Fille d’un promoteur immobilier fortuné, elle avait grandi entre hôtels de luxe, soirées privées et séjours sur la Côte d’Azur.

Son nom apparaissait régulièrement dans les magazines consacrés à la vie mondaine.

Elle avait appris très jeune à distinguer les gens selon leurs relations, leurs marques de vêtements et leur capacité à lui être utiles.

Pour elle, la gentillesse était rarement désintéressée.

Et l’apparence restait le moyen le plus rapide de classer les individus.

Claire répondit poliment :

« Non, madame. Je suis invitée. »

Victoria la regarda des pieds à la tête.

Son regard s’attarda sur la robe bordeaux.

« Invitée ? »

Un sourire moqueur apparut sur ses lèvres.

« C’est curieux. Je connais presque toutes les personnes présentes ce soir. »

Claire resta calme.

« Nous n’avons peut-être simplement pas encore eu l’occasion de nous rencontrer. »

Victoria eut un petit rire.

« J’en doute. »

Elle se rapprocha.

« Vous êtes certaine de ne pas vous être trompée de réception ? »

Claire contempla un instant les lumières de Paris.

« Absolument certaine. »

Ce calme irrita Victoria.

Elle avait l’habitude de voir les gens chercher son approbation.

Claire, au contraire, semblait parfaitement indifférente.

« Et vous représentez quelle société ? »

« Moreau Patrimoine. »

Victoria fronça les sourcils.

Le nom ne lui disait rien.

« Jamais entendu parler. »

Claire inclina légèrement la tête.

« Ce n’est pas grave. »

Victoria resta interdite.

Elle venait de recevoir une réponse que personne n’osait habituellement lui faire.

À quelques mètres, deux de ses amies observaient la scène.

L’une d’elles étouffa un rire.

Victoria sentit son orgueil se réveiller.

« Vous savez combien coûte une soirée dans cet établissement ? »

Claire la regarda.

« Je connais assez bien les comptes de cet hôtel. »

Victoria éclata de rire.

« Ah, vraiment ? »

Elle se tourna vers ses amies.

« Vous entendez ça ? Elle connaît les comptes de l’hôtel ! »

Claire ne bougea pas.

« Madame, je crois que cette conversation devient inutile. »

Elle fit un pas pour s’éloigner.

Victoria lui barra le passage.

« Pas si vite. »

Son visage s’était durci.

« Qui vous a laissée entrer ? »

Claire inspira lentement.

La piscine se trouvait directement derrière elle.

« Je vous conseille de me laisser passer. »

Victoria eut un sourire glacial.

« Et moi, je vous conseille de comprendre votre place. »

Puis, avant que quiconque puisse intervenir, elle posa violemment ses deux mains sur les épaules de Claire.

Et la poussa.

Claire perdit l’équilibre.

Ses talons glissèrent sur le bord de la terrasse.

Ses bras s’écartèrent instinctivement.

Puis elle bascula en arrière.

Une seconde plus tard, son corps heurta l’eau.

Une énorme gerbe éclaboussa le marbre blanc.

Les conversations s’arrêtèrent net.

Quelques invités poussèrent des cris.

D’autres reculèrent.

Victoria, restée parfaitement sèche, contempla la piscine avec satisfaction.

Puis elle éclata de rire.

« Sécurité ! Faites-la sortir ! »

Dans l’eau, Claire refit surface.

Ses cheveux ruisselaient.

Sa robe bordeaux était entièrement trempée.

Pendant quelques instants, elle resta immobile.

Non parce qu’elle avait peur.

Mais parce qu’elle tentait de comprendre comment une personne pouvait pousser aussi loin le mépris simplement pour impressionner quelques invités.

Elle aperçut plusieurs téléphones braqués vers elle.

Un homme semblait filmer.

Deux femmes chuchotaient.

Victoria continuait de sourire.

Claire nagea lentement jusqu’aux marches.

Elle remonta sur la terrasse.

L’eau coulait de sa robe et formait de petites flaques sur le marbre.

Elle repoussa ses cheveux mouillés derrière ses épaules.

Puis elle se redressa.

Victoria croisa les bras.

« J’espère que vous avez compris la leçon. »

Claire la regarda droit dans les yeux.

« Oui. Très clairement. »

Au même moment, Antoine Laurent, le directeur général de l’hôtel, arriva depuis l’espace cocktail.

« Que se passe-t-il ici ? »

Victoria prit immédiatement la parole.

« Antoine, heureusement que vous êtes là ! Cette femme n’a rien à faire parmi nous. »

Claire se tourna vers lui.

Elle tremblait légèrement de froid, mais sa voix resta parfaitement calme.

« Monsieur Laurent ? »

« Oui, madame ? »

Elle le fixa.

« C’est ainsi que vous traitez votre nouvelle propriétaire ? »