« Vous avez besoin de quelque chose, madame ? »

La vieille femme secoua la tête.

« Je voudrais rentrer chez moi. »

Sophie lui prit doucement la main.

« Je comprends. Vous êtes inquiète ? »

La patiente baissa les yeux.

« Personne ne m’attend ici. »

Sophie sentit son cœur se serrer.

Elle repensa immédiatement à Marguerite, assise seule dans le hall du palace.

À son sac tombé sur le marbre.

Aux regards indifférents.

Sophie sourit doucement.

« Je suis là pour le moment. On va prendre les choses une par une. »

La vieille femme leva les yeux.

« Vous êtes gentille. »

Sophie sentit les larmes lui monter.

Mais elle resta professionnelle.

Elle prévint l’infirmière responsable, qui organisa avec l’équipe un accompagnement adapté.

Plus tard, en quittant le service, Sophie comprit qu’elle était exactement là où elle devait être.

Elle n’avait pas choisi le métier d’infirmière pour obtenir du prestige.

Ni pour devenir riche.

Elle voulait simplement être présente lorsque quelqu’un avait peur.

Deux ans passèrent.

Puis trois.

Sophie poursuivit sa formation avec détermination.

Marguerite continuait à l’encourager.

Elles se retrouvaient parfois pour prendre le thé.

La vieille dame lui racontait des souvenirs de l’ancien hôtel.

Elle lui parlait d’Henri.

De leurs premières difficultés.

De la petite pension de famille qui avait donné naissance au groupe Delacroix.

Et surtout de Claire.

Sophie découvrit ainsi des facettes de sa mère qu’elle n’avait jamais connues.

Claire était drôle.

Elle aimait chanter en travaillant.

Elle faisait des gâteaux pour ses collègues.

Elle écrivait parfois de petits poèmes sur des morceaux de papier.

Marguerite se souvenait d’une journée où Claire avait fait rire tout le personnel en improvisant une chanson sur une machine à laver en panne.

Sophie éclata de rire en l’écoutant.

« Maman faisait ça aussi à la maison. »

Marguerite sourit.

« Alors elle n’avait pas changé. »

Ces conversations devinrent précieuses.

Elles permettaient à Sophie de retrouver sa mère autrement que dans les souvenirs de la maladie.

Elle retrouvait la jeune femme joyeuse que Claire avait été.

Celle qui avait des rêves.

Des amitiés.

Des moments heureux.

Et un jour, Sophie réalisa que Marguerite n’était plus seulement une femme riche qui l’avait aidée.

Elle était devenue une présence familiale.

Quelqu’un qui connaissait son histoire.

Quelqu’un qui partageait ses souvenirs.

Quelqu’un à qui elle pouvait parler de ses doutes sans craindre d’être jugée.

Enfin arriva le jour de la remise des diplômes.

La cérémonie se déroulait dans un grand amphithéâtre parisien.

Les familles remplissaient les rangées.

Des bouquets de fleurs reposaient sur les sièges.

Les étudiants, vêtus avec élégance, attendaient leur tour.

Sophie était nerveuse.

Elle regardait sans cesse vers l’entrée.

Puis elle aperçut Marguerite.

La vieille dame avançait lentement au bras d’Antoine.

Elle portait un élégant tailleur bleu marine.

Ses cheveux blancs étaient parfaitement coiffés.

Dans ses mains, elle tenait un petit bouquet de roses blanches.

Sophie sourit.

Marguerite leva discrètement la main.

Lorsque le nom de Sophie fut prononcé, la jeune femme monta sur scène.

Elle reçut son diplôme d’État d’infirmière.

Pendant quelques secondes, elle resta immobile.

Elle regarda le document.

Puis le public.

Ses yeux trouvèrent Marguerite.

La vieille femme applaudissait avec une joie immense.

Antoine souriait à côté d’elle.

Sophie sentit ses yeux se remplir de larmes.

Dans son esprit, elle revit Claire.

Sa mère préparant le petit déjeuner.

Sa mère l’encourageant avant un examen.

Sa mère lui tenant la main à l’hôpital.

Puis Sophie sourit.

Elle avait réussi.

Après la cérémonie, Marguerite l’attendait à la sortie.

« Ma petite Sophie ! »

La jeune femme courut vers elle.

Elles s’embrassèrent longuement.

Marguerite lui tendit les fleurs.

« Pour notre infirmière. »

Sophie rit en pleurant.

« Merci. »

Antoine s’approcha.

« Félicitations, Sophie. Vous pouvez être fière de vous. »

Elle hocha la tête.

« Je le suis. »

Puis elle regarda Marguerite.

« Mais je n’aurais jamais réussi sans vous. »

La vieille dame secoua doucement la tête.

« Je vous ai aidée à retrouver une route. C’est vous qui avez fait tout le chemin. »

Sophie sourit.

Marguerite fouilla dans son sac.

Elle sortit une petite boîte en velours.

« J’ai quelque chose pour vous. »

Sophie fronça les sourcils.

« Madame, il ne fallait pas… »

« Ouvrez. »

À l’intérieur se trouvait une simple broche ancienne, représentant une petite fleur.

Elle n’était pas particulièrement luxueuse.

Mais elle était délicate.

Marguerite expliqua :

« Votre mère me l’avait offerte le jour où nous avions sauvé notre premier hôtel. »

Sophie resta immobile.

« Maman vous l’avait donnée ? »

Marguerite hocha la tête.

« Elle m’avait dit que les fleurs les plus solides poussaient parfois dans les endroits les plus difficiles. »

Sophie prit la broche.

Ses mains tremblaient.

Marguerite poursuivit.

« Je crois qu’elle vous appartient maintenant. »

Sophie éclata en sanglots.

Elle serra la vieille dame contre elle.

« Merci. »

Marguerite ferma les yeux.

« Merci à vous, Sophie. »

Quelques mois plus tard, Sophie commença à travailler dans un hôpital parisien.

Elle aimait ses nouvelles responsabilités.

Les journées étaient longues.

Les nuits parfois difficiles.

Mais elle trouvait dans son métier un sens profond.

Elle accompagnait des patients âgés.

Rassurait des familles.

Écoutait ceux qui avaient peur.

Et lorsqu’une situation dépassait ses compétences, elle savait demander l’aide de ses collègues.

Un soir d’hiver, une femme âgée arriva dans le service après une chute.

Elle portait un vieux manteau.

Ses chaussures étaient usées.

Elle semblait intimidée par l’environnement.

Sophie s’approcha.

« Bonsoir, madame. Je m’appelle Sophie. Je vais m’occuper de vous avec l’équipe. »

La femme baissa les yeux.

« Je suis désolée de déranger. »

Sophie sourit.

« Vous ne dérangez personne. »

Elle l’aida à s’installer confortablement.

Puis elle lui demanda si elle avait froid.

La vieille dame hocha la tête.

Sophie apporta une couverture.

« Voilà. Vous serez mieux comme ça. »

La femme lui prit la main.

« Vous êtes vraiment gentille. »

Sophie sourit.

« J’ai eu de bons exemples. »