C’est… c’est un montage ! hurla Brandon, la voix montant dans les aigus, une sueur froide perlant sur son front. C’est illégal d’enregistrer les gens ! Mom, qu’est-ce que tu as fait ?!

Ce que j’ai fait ? répondis-je en le fixant avec un mépris si froid qu’il sembla reculer physiquement. J’ai protégé ce qui m’appartient contre un voleur qui se trouve être mon fils.

Carol Vance, intervint le sergent Miller en sortant une paire de menottes de sa ceinture, veuillez vous avancer et placer vos mains derrière votre dos. Vous êtes en état d’arrestation pour usurpation d’identité et faux en écriture officielle.

Non ! Dennis, fais quelque chose ! hurla Carol en reculant vers la baie vitrée, perdant toute contenance. Brandon m’avait juré que c’était sans risque ! Il m’a dit que sa mère perdait la tête et qu’elle ne s’en rendrait jamais compte ! Il nous a promis deux cent mille dollars sur la vente future de la maison !

Espèce d’idiote, tais-toi ! hurla Brandon à son tour, complètement hors de lui.

Deux cent mille dollars ? rugit Dennis en se tournant vers son gendre, les veines de son cou prêtes à éclater. Tu nous as entraînés là-dedans pour voler ta propre mère ? Tu nous as dit que c’était un arrangement de famille légal ! Tu as mis ma femme dans une affaire criminelle ?!

Dennis tenta de se jeter sur Brandon, mais le sergent Miller s’interposa avec autorité.

Tout le monde recule ! Ne bougez plus !

En quelques secondes, l’officier maîtrisa Carol, dont les poignets furent promptement entravés par l’acier froid des menottes. Ses sanglots hystériques résonnaient contre les boiseries de mon salon.

Quant à vous, monsieur Brandon Sterling, reprit le policier en faisant signe par la fenêtre. Deux véhicules de renfort viennent de se garer devant. Vous êtes également en état d’arrestation.

Mom… supplia Brandon. La métamorphose fut instantanée et écoeurante. L’homme arrogant et dominateur de la veille s’effondra littéralement sur ses genoux, les larmes coulant sur ses joues, les mains tremblantes levées vers moi en signe de prière. Mom, s’il te plaît ! Ne fais pas ça ! C’est Melissa ! C’est elle qui me mettait la pression pour qu’on ait un train de vie plus élevé ! Ses parents se moquaient toujours de moi parce que je n’avais pas réussi aussi bien que toi ! Je voulais juste leur prouver que j’étais quelqu’un ! Je voulais te rendre fière !

Me rendre fière ? En me volant ? En me chassant de ma propre maison ? En me traitant de sénile bonne pour l’hospice ?

J’avais des dettes, Mom ! Des dettes de jeu ! Si je ne trouvais pas d’argent rapidement, ils allaient me prendre ma maison ! S’il te plaît, retire la plainte ! Tu as toujours tout arrangé pour moi ! Tu es ma mère !

Je m’approchai de lui, m’arrêtant à quelques centimètres de son visage baigné de larmes et de morve. Je me souvins du petit garçon timide que j’avais serré contre moi après la mort de son père, lui promettant qu’il ne manquerait jamais de rien. Je m’étais trompée. En lui donnant tout sans jamais exiger d’efforts, je n’avais pas élevé un homme ; j’avais nourri un monstre d’ingratitude.

Brandon, murmurai-je pour que lui seul puisse entendre la noirceur de mon ton, la mère qui réparait tes erreurs est morte hier soir, à l’instant précis où tu as osé prononcer ces mots : Elle me reviendra un jour. Tu as voulu hériter avant l’heure ? Eh bien, considère que la succession est ouverte. Mais il n’y a rien pour toi. Absolument rien.

CHAPITRE 6

L’évacuation de la maison prit moins d’une demi-heure, mais elle s’imprima dans ma mémoire avec la précision d’un tableau de maître.

Deux agents supplémentaires du bureau du shérif firent monter Brandon et Carol, menottés, à l’arrière des voitures de patrouille. Melissa, en larmes, insultait copieusement son mari tout en essayant d’éviter les regards des voisins curieux qui commençaient à s’attrouper au bout de l’allée. Son arrogance s’était dissoute dans la honte la plus crue.

Dennis, pâle comme la mort, rassemblait frénétiquement les valises sur le perron avec l’aide de ses autres enfants, incapable de croiser mon regard. Avant de monter dans sa voiture, il s’arrêta un instant, la mâchoire tremblante.

Eleanor… je… je ne savais pas pour le faux. Je vous le jure.

Vous saviez que vous veniez occuper la maison d’une femme sans son invitation, Dennis, lui répondis-je depuis le perron, les bras croisés. Vous saviez que vous m’aviez assigné une chambre de bonne dans ma propre propriété. Vous n’êtes peut-être pas un faussaire, mais vous êtes un complice moral, avide et médiocre. Quittez ma propriété avant que je ne fasse consigner votre intrusion par l’huissier.

Il baissa la tête, monta dans sa berline et démarra en trombe dans un crissement de gravier.

Le silence retomba enfin sur le front de mer.

Nora s’approcha de moi, tenant son dossier fermé. Maître Delacroix et le sergent Miller avaient pris congé après avoir recueilli ma déposition officielle et signé les procès-verbaux de constatation.

C’est terminé, Eleanor, dit doucement Nora. Le procureur a plus qu’assez d’éléments pour une inculpation immédiate. Vance a déjà avoué par écrit pour éviter la détention préventive. Brandon et sa belle-mère risquent entre trois et sept ans de réclusion ferme, sans compter les amendes civiles.

Je fixai l’océan, où les vagues continuaient leur ressac éternel, indifférentes aux tragédies dérisoires des hommes.

Que va-t-il se passer pour ses affaires ? demandai-je.

Sa banque va demander le remboursement immédiat de ses découverts dès que l’inculpation sera publique. La maison qu’il possède avec Melissa est lourdement hypothéquée. Sans ton aide financière, ils devront la vendre aux enchères d’ici six mois pour payer les frais d’avocat et indemniser les créanciers.

Bien, dis-je simplement.

Tu as besoin que je reste un moment ? demanda mon amie avec une compassion sincère.

Non, Nora. J’ai besoin de savourer chaque minute de cet après-midi. Mais avant de partir, prépare un nouveau testament.