Álvaro recula d’un pas, les mains ouvertes en signe de refus.

— Non, madame Martin. Ce sont les vôtres. C’est tout ce qui vous reste de votre époque.

— Non, Álvaro. Ce qui me reste de cette époque, c’est la liberté de regarder un homme dans les yeux sans avoir honte de ce que j’ai cédé pour vivre. Ces gants ont dormi trop longtemps dans le noir. Ils n’ont pas besoin d’un musée. Ils ont besoin de quelqu’un qui sache ce que coûte un combat propre.

Álvaro prit les vieux gants avec un respect religieux. Le cuir était doux sous ses doigts, patiné par les victoires oubliées et les larmes séchées.

— Vous ne venez plus pour le ménage ? demanda-t-il, un brin d’inquiétude perçant dans sa voix.

Claire marcha vers l’entrée du gymnase. Elle s’arrêta sous la photo encadrée qui trônait désormais en bonne place, entre les grands champions du siècle passé.

— J’ai fini de nettoyer ce qui était sale ici, dit-elle sans se retourner. Désormais, je viens à dix heures pour les entraînements des débutants. Marcel commence à se faire vieux, il a besoin de quelqu’un pour surveiller les appuis des petits qui arrivent de la cité.

Elle posa la main sur la poignée de la porte métallique, puis se retourna une dernière fois vers Álvaro, son regard étincelant sous la lueur naissante du jour.

— Et toi, petit… n’oublie jamais de passer un coup de serpillère dans le coin bleu avant de partir ce soir. Un vrai champion ne laisse jamais sa poussière aux autres.

La porte se referma doucement, laissant Álvaro seul au milieu du gymnase silencieux. Il enfila les vieux gants bruns, serra les poings, et monta sur le ring sans faire le moindre bruit, prêt pour le premier round d’une vie nouvelle.