Dans son salon privé, elle parlait au téléphone avec Gabriel.

« Richard a tout découvert », murmura-t-elle.

Une voix masculine s’emporta à l’autre bout du fil.

« Comment ça, tout ? »

« Le mandat. L’avance. Il a parlé au notaire. »

« Tu m’avais promis que la fille signerait ! »

Vivienne serra son téléphone.

« Elle a refusé. »

« Alors trouve une solution ! Si les investisseurs comprennent que nous ne pouvons pas vendre, ils vont nous poursuivre ! »

Vivienne regarda son reflet dans le miroir.

Elle avait passé dix ans à construire son image.

L’épouse parfaite.

La maîtresse incontestée du domaine.

La femme que tout le monde enviait.

Elle ne supportait pas l’idée de tout perdre devant Camille.

« Je vais régler ça », répondit-elle.

« Comment ? »

Un sourire étrange apparut sur son visage.

« En faisant en sorte que personne ne croie cette fille. »

Elle raccrocha.

Puis contacta plusieurs journalistes mondains et partenaires financiers.

Le soir même, une réception privée était prévue au domaine.

Vivienne annonça qu’elle y ferait une déclaration concernant l’avenir de la famille Laurent.

À dix-neuf heures, Camille reçut un message.

Il provenait d’une ancienne amie qui travaillait dans la communication.

« Camille, fais attention. Vivienne raconte que tu profites de la maladie de ton père pour lui voler sa fortune. Elle compte en parler devant tout le monde ce soir. »

Camille relut le message.

Ses mains tremblaient.

Richard entra.

« Qu’est-ce qu’il y a ? »

Elle lui montra son téléphone.

Il devint livide.

Puis son expression changea.

Pour la première fois, il ne chercha pas d’excuse à sa femme.

« Alors nous allons à cette réception. »

Camille leva les yeux.

« Papa… »

Il prit sa main.

« Pendant trop longtemps, je t’ai demandé de supporter ses mensonges pour préserver notre famille. »

Sa voix devint ferme.

« Ce soir, c’est à moi de dire la vérité. »

Camille regarda le vieil homme devant elle.

Pour la première fois depuis des années, elle reconnut quelque chose du père qu’elle avait aimé enfant.

Mais elle ignorait encore jusqu’où Vivienne était prête à aller pour protéger son secret.

PARTIE 4/5 — LE SOIR OÙ TOUT S’EST EFFONDRÉ
À vingt et une heures, le grand salon du domaine Laurent brillait de mille lumières.

Les lustres de cristal illuminaient les colonnes dorées.

Des serveurs circulaient avec des plateaux d’argent.

Des invités élégamment habillés échangeaient des conversations à voix basse.

Personne ne savait que la soirée allait devenir le théâtre d’une humiliation que Vivienne n’oublierait jamais.

Celle qui avait jeté Camille dehors sous la pluie s’apprêtait à découvrir ce que signifiait perdre réellement le contrôle.

Vivienne entra dans le salon sous les regards admiratifs.

Sa robe rouge épousait parfaitement sa silhouette.

Son collier de diamants étincelait.

Elle s’arrêta devant les invités.

« Mes chers amis, merci d’être venus malgré les circonstances difficiles que traverse notre famille. »

Elle prit un air bouleversé.

« Comme vous le savez, Richard a récemment connu des problèmes de santé. »

Un murmure inquiet parcourut l’assemblée.

« Depuis, certaines personnes tentent de profiter de sa fragilité. »

Vivienne marqua une pause.

« Je parle malheureusement de sa propre fille. »

Plusieurs invités échangèrent des regards surpris.

Vivienne poursuivit :

« Camille a passé des années loin de cette maison. Aujourd’hui, elle revient et prétend en être la seule propriétaire. »

Elle soupira.

« Elle a même accusé des personnes honnêtes de falsifier des documents. »

Une femme demanda :

« Mais Richard est-il au courant ? »

Vivienne baissa les yeux.

« Mon mari est tellement affaibli qu’il ne comprend plus toujours les conséquences de ce qu’on lui fait signer. »

À cet instant, une voix retentit derrière elle.

« Je comprends parfaitement, Vivienne. »

Le salon devint silencieux.

Richard Laurent venait d’apparaître dans l’encadrement des portes.

Il portait un élégant costume noir.

À son bras marchait Camille, vêtue d’une robe bleu nuit.

Vivienne perdit immédiatement son sourire.

« Richard ? Tu devrais te reposer ! »

« Je me reposerai lorsque tu auras terminé de mentir. »

Les invités se figèrent.

Vivienne tenta de rire.

« Mon chéri, nous sommes devant nos amis… »

« Justement. »

Richard avance.

« Tu viens de raconter devant eux que je ne suis plus capable de prendre mes décisions. »

Il s’arrêta face à elle.

« Alors explique-moi pourquoi tu as tenté de vendre une propriété qui ne t’appartient pas. »

Un murmure traversa la salle.

Vivienne devint pâle.

« Ce n’est pas le moment de discuter de ça. »

« Pourtant, tu as choisi d’en parler publiquement. »

Il se tourna vers ses invités.

« Je vous demande quelques minutes. Vous méritez de ne pas être trompés davantage. »

Maître Arnaud s’approcha avec une chemise de documents.

Richard prit la parole.

« Le domaine de Valmont a été transmis légalement à ma fille Camille par sa mère, Isabelle Laurent. »

Il regarda sa femme.

« Vivienne n’en a jamais été propriétaire. »

Plusieurs invités se retournèrent vers elle.

« C’est faux ! » s’écria Vivienne. « Je suis ton épouse ! »

Richard répondit :

« Être mon épouse ne te donne pas le droit de disposer des biens de Camille. »

L’avocat présenta les pièces établissant la propriété.

Puis les documents contenant la signature contestée.

« Madame Vivienne a transmis un mandat prétendument signé par mademoiselle Laurent. Or, à la date indiquée, cette dernière travaillait dans un hôpital à Lyon. »

Vivienne serra les dents.

« Elle a très bien pu signer avant ! »

Camille répondit calmement :

« Je n’ai jamais signé ce document. Et vous le savez. »

« Tu mens ! »

« Alors pourquoi m’avez-vous demandé de signer un nouveau dossier hier ? »

Vivienne resta silencieuse.

Maître Arnaud poursuivit :

« Des fonds ont également été versés dans le cadre de cette opération. Les autorités ont été informées de ces faits. »

Un homme demanda :