« Qui a reçu cet argent ? »
L’avocat désigna les documents.
« Une structure financière liée à madame Vivienne Laurent. »
Le silence devint total.
Vivienne regarda autour d’elle.
Les personnes qui l’avaient autrefois admirée semblaient désormais méfiantes.
Elle comprit qu’elle était en train de perdre son influence.
Alors elle changea de stratégie.
Elle se tourna vers Richard.
Des larmes apparurent dans ses yeux.
« J’ai fait tout ça pour nous ! »
Richard secoua la tête.
« Non. Tu l’as fait pour ton frère et pour toi-même. »
« Gabriel allait tout perdre ! »
Sa voix s’étrangla.
« Son entreprise était au bord de la faillite. Les créanciers le menaçaient. Je voulais simplement gagner du temps. »
Camille la regarda.
« En vendant ma maison sans mon accord ? »
Vivienne éclata :
« Tu ne vis même pas ici ! »
« Cela ne vous donne pas le droit de la prendre. »
« Tu ne comprends pas ce que c’est que de tout perdre ! »
Camille recula légèrement.
Puis répondit avec une tristesse profonde :
« Vous avez raison. Je n’ai jamais perdu une fortune. »
Elle fixa Vivienne.
« J’ai seulement perdu ma mère quand j’étais adolescente. »
Le salon devint parfaitement silencieux.
« J’ai passé des années à essayer de ne pas perdre mon père aussi. »
Les lèvres de Vivienne tremblaient.
Camille poursuivit :
« Et hier soir, vous avez jeté dans la pluie la seule photographie que je possédais encore de maman dans cette maison. »
Vivienne détourna le regard.
« Ce n’était qu’une photo. »
Camille sentit une douleur lui traverser la poitrine.
Elle répondit doucement :
« Pour vous, oui. »
Elle sortit de son sac le cadre au verre fendu.
« Pour moi, c’était un souvenir que je ne pourrai jamais remplacer. »
Richard contempla la photographie.
Il se souvenait du jour où elle avait été prise.
Isabelle riait.
Camille avait six ans.
Et lui se trouvait derrière l’appareil.
Il sentit soudain toute l’étendue de ce que sa famille avait perdu.
Vivienne, désormais acculée, pointa un doigt vers Camille.
« Elle essaie de te monter contre moi ! »
Richard répondit :
« Non, Vivienne. »
Il s’avança.
« C’est moi qui t’ai laissée faire. »
Camille se tourna vers son père.
Il poursuivit devant tout le monde :
« J’ai vu ma fille s’éloigner de moi. J’ai entendu certaines de tes paroles. J’ai fermé les yeux parce que je voulais préserver mon confort. »
Il inspira difficilement.
« J’ai eu tort. »
Puis il regarda Camille.
« Et je te demande pardon devant les mêmes personnes devant lesquelles tu as été accusée. »
Les larmes montèrent aux yeux de la jeune femme.
Richard se tourna vers Vivienne.
« Notre mariage ne peut pas continuer ainsi. Nos avocats organiseront notre séparation. »
Elle recula.
« Tu vas me quitter pour elle ? »
« Elle est ma fille. Ce n’est pas une compétition. »
« Après dix ans de mariage ? »
« Tu as essayé de voler ce qui lui appartenait. Et hier, tu l’as jetée dehors comme si elle ne valait rien. »
Vivienne éclata en sanglots.
« Tu vas vraiment me faire partir ? »
Richard répondit :
« Je ne couvrirai plus tes actes. Et je ne te laisserai plus lui faire du mal. »
Vivienne regarda Camille.
Pendant un instant, on aurait dit qu’elle allait lui demander pardon.
Mais ses lèvres se crispèrent.
« Tu as gagné. Tu es contente ? »
Camille essuya une larme.
« Non. »
Vivienne sembla surprise.
« Non ? »
« J’aurais préféré avoir une belle-mère qui me respectait plutôt que de vivre tout cela. »
Elle baissa les yeux.
« Je ne voulais pas vous prendre votre place. Je voulais simplement garder la mienne. »
Vivienne ne répondit pas.
Quelques minutes plus tard, Vivienne décida de quitter la réception.
Un chauffeur avait été appelé pour la conduire dans un hôtel.
Elle récupéra son manteau.
Puis s’arrêta devant les grandes portes vitrées.
Il pleuvait toujours.
La même pluie que la veille.
Vivienne regarda les marches sur lesquelles elle avait jeté la valise de Camille.
Sa respiration devint irrégulière.
Camille s’approcha.
Vivienne la regarda avec méfiance.
« Tu viens profiter du spectacle ? »
« Non. »
Camille prit un parapluie posé près de la porte.
Puis le lui tendit.
Vivienne resta figée.
« Pourquoi tu fais ça ? »
Camille répondit :
« Parce que je sais ce que ça fait de se retrouver dehors sous la pluie. »
Vivienne baissa les yeux.
Sa main tremblait lorsqu’elle prit le parapluie.
« Je ne te demande pas de me pardonner », murmura-t-elle.
Camille la regarda.
« Et je ne peux pas vous promettre que je le ferai. »
Un long silence suivit.
Puis Camille ajouta :
« Mais personne ne mérite d’être humilié pour le plaisir de quelqu’un d’autre. Même vous. »
Vivienne ne trouva aucune réponse.
Elle franchit les portes.
Pour la première fois depuis des années, personne ne l’attendait pour lui faire des compliments.
Sa voiture disparut lentement derrière les grilles.
Richard rejoignit sa fille sur le seuil.
« Tu lui as donné un parapluie après ce qu’elle t’a fait ? »
Camille regarda la pluie.
« Maman disait qu’on ne devient pas meilleur que les autres en reproduisant leur cruauté. »
Richard ferma les yeux.
« Elle disait souvent des choses comme ça. »
Camille se tourna vers lui.
« Tu te souviens encore de sa voix ? »
Il sourit tristement.
« Chaque jour. »
Camille glissa sa main dans la sienne.
« Alors peut-être qu’on devrait enfin recommencer à parler d’elle. »
Richard serra doucement les doigts de sa fille.
Mais il ignorait encore que Camille venait de prendre une décision qui changerait définitivement l’avenir de Valmont.
Une décision qui donnerait à la maison de sa mère une destination qu’aucun héritage financier n’aurait pu acheter.
PARTIE 5/5 — LA PORTE QUI NE SE REFERMERA PLUS
Trois mois passèrent.