« Qu’as-tu fait ? »
« Elle a essayé de s’emparer des documents de la maison ! Elle me manque de respect depuis son arrivée ! »
Richard regarda les vêtements dans l’eau.
Puis le cadre brisé.
« C’est toi qui as jeté ses affaires ? »
Vivienne haussa les épaules.
« Il fallait bien lui apprendre les bonnes manières. »
Richard reste immobile.
Puis sa voix devint glaciale.
« Remonte immédiatement ces marches, Vivienne. »
Elle sourit nerveusement.
« Mon chéri, ne te mets pas dans cet état pour une petite dispute. »
« Je t’ai posé une question. »
Vivienne perdit son sourire.
Richard se plaça à côté de Camille.
« Tu viens de mettre ma fille dehors, sous une pluie battante, alors qu’elle est revenue parce qu’elle s’inquiétait pour moi. »
« Cette maison est aussi la mienne ! »
Richard la regarda droit dans les yeux.
« Non. »
Un silence terrible suivit.
Vivienne cligna des yeux.
« Comment ça, non ? »
Il désigna Camille.
« Cette maison appartient à Camille. »
Vivienne resta figée.
Richard poursuivit :
« C’est toi qui pars. »
Le tonnerre éclata au-dessus du domaine.
Pour la première fois depuis dix ans, Vivienne Laurent ne trouva rien à répondre.
Puis elle secoua la tête.
« C’est impossible ! Tu es propriétaire de ce château ! »
« Tu n’as donc jamais lu les documents ? »
« Quels documents ? »
Richard sortit une enveloppe de sa mallette.
« Ceux que je viens précisément de récupérer chez le notaire. »
Vivienne pâlit.
« Richard… qu’est-ce que tu as fait ? »
Il ne répondit pas tout de suite.
Il regarda Camille.
« Ma chérie, je suis désolé. J’aurais dû te parler plus tôt. »
Puis il leva les yeux vers sa femme.
« Et maintenant, Vivienne, tu vas nous expliquer pourquoi le notaire a reçu un acte portant la signature de Camille… »
Il marqua une pause.
« …alors qu’elle affirme n’avoir jamais signé ce document. »
Le visage de Vivienne changea.
Sa colère disparut.
À sa place apparut quelque chose de beaucoup plus révélateur.
La peur.
Car Richard venait de découvrir un détail.
Et ce détail n’était que la première pièce d’une escroquerie préparée depuis des mois.
PARTIE 2/5 — LA SIGNATURE IMPOSSIBLE
Vivienne avait passé dix ans à convaincre son entourage que Richard Laurent ne pouvait rien lui refuser.
Elle choisissait ses costumes.
Organisait ses rendez-vous.
Décidait qui pouvait lui rendre visite.
Elle croyait même contrôler son testament.
Pourtant, cette nuit-là, pour la première fois, elle se retrouva assise devant son mari sans savoir comment reprendre l’avantage.
Sur la table de la bibliothèque reposait un document portant une signature.
Camille Laurent.
Une signature parfaitement imitée.
Mais qui cachait une erreur que Vivienne n’avait pas prévue.
Richard avait fait apporter des serviettes sèches et une boisson chaude à Camille.
La jeune femme s’était changée dans sa chambre d’enfance.
Lorsqu’elle revint, ses yeux étaient encore rouges.
Richard lui désigna un fauteuil.
« Assieds-toi, ma chérie. Nous devons parler. »
Vivienne restait debout près de la cheminée.
Elle serrait son collier de diamants entre ses doigts.
« Richard, tu ne vas quand même pas croire toutes les accusations de cette fille ! »
Il posa les documents sur la table.
« Ce n’est pas une accusation. C’est une demande officielle concernant la vente de Valmont. »
« Et alors ? Nous avions parlé de vendre ! »
« Nous avions parlé de rénover l’aile est. Pas de céder l’ensemble du domaine. »
Vivienne détourna les yeux.
Richard poursuivit :
« Il y a deux jours, un cabinet juridique a reçu un mandat de vente qui prétend avoir été signé par Camille. »
Il tourna une page.
« Il indique qu’elle accepte le transfert du domaine à une société immobilière. »
Camille se pencha.
Elle reconnut son nom.
Son adresse.
Sa date de naissance.
Et une imitation troublante de sa signature.
« Je n’ai jamais vu ce document. »
Vivienne répliqua immédiatement :
« Tu as peut-être signé sans lire. Ce ne serait pas la première fois ! »
Camille la regarda.
« Le document est daté de mercredi à seize heures. »
« Et alors ? »
« Mercredi à seize heures, j’étais en service aux urgences à Lyon. »
Richard acquiesça.
« Elle ne se trouvait même pas en région parisienne. Son employeur peut le confirmer. »
Vivienne ouvrit la bouche.
Puis la referma.
Richard fit glisser le papier vers elle.
« Qui a imité sa signature ? »
« Je ne sais pas. »
« Qui a transmis ce mandat ? »
« Je ne m’occupe pas de tous les détails administratifs ! »
Richard pencha la tête.
« Curieux. Le dossier indique pourtant ton adresse électronique personnelle comme contact principal. »
Vivienne se raidit.
« Parce que je gère les affaires de cette maison depuis des années ! »
« Gérer n’est pas posséder. »
Le silence revint.
Camille regarda son père.
« Papa… pourquoi Vivienne était-elle aussi certaine que la maison lui appartenait ? »
Richard soupira.
« Parce qu’elle a fini par confondre ses privilèges avec ses droits. »
Il s’approcha de la fenêtre.
La pluie ruisselait encore sur les vitres.
« Le domaine appartenait autrefois à la famille de ta mère. »
Camille hocha lentement la tête.
Elle le savait.
À sa majorité, un notaire lui avait expliqué qu’Isabelle lui avait transmis la propriété du domaine, tandis que son père conservait un droit d’usage et d’habitation.
Mais elle n’avait jamais cherché à exercer son autorité sur la maison.
Après la mort de sa mère, Valmont était devenu pour elle un lieu de douleur.
Elle avait préféré laisser Richard y vivre, sans même demander de comptes sur la manière dont il en était géré.
« Vivienne ne peut ni vendre cette propriété ni la donner », expliqua Richard. « Elle n’en est pas propriétaire. Et moi non plus. »
Vivienne éclata de rire.