« Tu vas vraiment laisser ta fille décider de notre avenir ? »

Camille répondit doucement :

« Je ne veux décider de l’avenir de personne. Je veux simplement qu’on arrête de me mentir. »

Vivienne la fusilla du regard.

Richard referma le dossier.

« Tu vas regagner tes appartements pour cette nuit. Demain, nous parlerons avec nos avocats. »

« Tu me traites comme une criminelle ! »

« Je te traite comme quelqu’un qui doit de nombreuses explications. »

Vivienne quitta la pièce en claquant la porte.

Après son départ, Camille resta longtemps silencieuse.

Richard s’approcha.

« J’aurais dû intervenir bien avant ce soir. »

Camille contempla la photographie brisée de sa mère, posée sur une petite table.

« Pourquoi ne l’as-tu pas fait ? »

Il ne répondit pas.

« Tu savais qu’elle ne m’aimait pas. »

« Camille… »

« Tu savais qu’elle me parlait comme si j’étais une invitée indésirable dans ma propre maison. »

Richard baissa les yeux.

« Je pensais que vous finiriez par vous entendre. »

Camille eut un rire douloureux.

« Elle m’a interdit d’organiser un dîner pour l’anniversaire de maman. Elle a fait enlever ses photographies du salon. Et quand je venais te voir, elle me demandait combien de temps je comptais rester. »

Les yeux de Richard se remplirent de regrets.

« Pourquoi ne m’as-tu rien dit ? »

Camille se lève.

« Parce que chaque fois que j’essayais, tu me disais exactement la même chose. »

« Quoi ? »

Elle le regarda droit dans les yeux.

« Fais un effort, Camille. Vivienne a bon cœur. »

Richard resta sans voix.

Il se souvenait parfaitement avoir prononcé ces mots.

Plus d’une fois.

« Tu vois, papa ? Elle ne m’a pas seulement chassée de cette maison. »

Camille essuya une larme.

« Elle a réussi à me faire sentir que je n’avais plus de place auprès de toi. »

Richard voulut la prendre dans ses bras.

Mais elle recula doucement.

« Je suis fatiguée. »

Et elle quitta la bibliothèque.

Richard demeura seul devant le feu, comprenant que défendre sa fille une seule fois ne suffirait pas à réparer des années d’absence.

Le lendemain matin, Jeanne, la gouvernante du domaine depuis trente-deux ans, demanda à voir Camille.

Elle portait une boîte en bois sombre.

« Mademoiselle, je devais vous remettre ceci depuis longtemps. »

Camille souleva le couvercle.

À l’intérieur se trouvaient un foulard de soie, plusieurs photographies anciennes et des lettres attachées par un ruban bleu.

Son cœur se serra.

« C’étaient les affaires de maman… »

Jeanne acquiesça.

« Madame Isabelle m’avait demandé de les conserver pour vous. »

Camille prit une enveloppe.

Sur le devant, une écriture familière.

Pour ma Camille, lorsque tu seras assez grande pour comprendre.

Elle sentit les larmes monter.

« Pourquoi ne me l’avez-vous jamais donnée ? »

Jeanne baissa la tête.

« Après le mariage de votre père, madame Vivienne a fait vider la chambre de votre mère. J’ai récupéré ce que je pouvais. »

« Et vous avez gardé tout ça ? »

« J’avais peur qu’elle le détruise. »

Camille serra la lettre contre son cœur.

Jeanne hésita.

« Il y a autre chose. »

« Dites-moi. »

La gouvernante regarda vers la porte.

« Depuis plusieurs semaines, madame Vivienne fait venir des hommes d’affaires quand votre père est absent. »

« Quels hommes d’affaires ? »

« Je ne connais pas leurs noms. Mais ils parlent de plans, de ventes et d’un gros versement d’argent. »

Camille fronça les sourcils.

« Papa le sait ? »

Jeanne resta silencieuse.

Puis elle sortit un petit carnet de la boîte.

« J’ai trouvé cela dans la corbeille du bureau de monsieur Richard. Je l’ai gardé parce que j’avais peur que ce soit important. »

C’était une page manuscrite.

Quelques lignes écrites par Richard lui-même.

Vivienne insiste encore pour vendre Valmont. Les documents qu’elle présente ne sont pas réguliers. Je dois lui parler avant que Camille découvre ce qui se passe.

En dessous figurait une date.

Six mois auparavant.

Camille sentit le sol se dérober sous ses pieds.

Son père savait donc depuis longtemps.

Il avait eu des doutes sur les documents.

Et plutôt que de la prévenir, il avait préféré garder le silence.

« Pourquoi m’a-t-il caché ça ? » murmura-t-elle.

Jeanne posa une main sur son bras.

« Votre père a toujours eu peur des conflits familiaux. »

Camille secoua la tête.

« Non. »

Son regard devint dur.

« Il n’avait pas peur du conflit. »

Elle replia lentement la feuille.

« Il avait peur de perdre Vivienne. »

À cet instant, son téléphone vibra.

Un numéro inconnu.

Elle décrocha.

« Mademoiselle Laurent ? »

« Oui. »

« Je suis Maître Arnaud, avocat chargé de vérifier certaines opérations liées au domaine. »

Camille se raidit.

« Que se passe-t-il ? »

« Nous avons retrouvé une promesse de vente accompagnée d’une demande de versement. »

« Une promesse de vente ? »

« Oui. Et madame Vivienne Laurent a reçu une avance de neuf cent mille euros d’une société qui croit avoir acquis des droits sur le domaine. »

Camille resta figée.

« Mais je n’ai jamais autorisé cette vente ! »

L’avocat répondit d’une voix grave :

« C’est précisément le problème, mademoiselle. »

Un silence suivit.

Puis il ajouta :

« Et si nous ne clarifions pas rapidement la situation, votre belle-mère risque d’entraîner votre famille dans une affaire beaucoup plus grave que vous ne l’imaginez. »

PARTIE 3/5 — LE SECRET QUE SON PÈRE AVAIT CACHÉ
Camille n’avait pas peur de perdre un château.

Elle avait peur de découvrir que son propre père avait choisi de la sacrifier pour préserver son mariage.

Et la petite feuille manuscrite qu’elle tenait entre ses doigts semblait confirmer cette terrible possibilité.

Six mois.

Pendant six mois, Richard avait soupçonné Vivienne de préparer quelque chose.

Il n’avait rien dit à sa fille.

Pas un appel.

Pas une lettre.