Le lundi suivant, Colette se rendit à pied au village. Elle acheta son pain croustillant à la boulangerie de la place, échangea quelques mots cordiaux avec les commerçants qui la saluèrent avec cette considération spontanée réservée aux femmes droites qui ne parlent jamais pour ne rien dire, puis elle poussa la porte de l’antenne locale du secours populaire et de l’aide aux devoirs scolaires.
Elle s’assit en face de la jeune responsable associative, une bénévole dévouée débordée par les dossiers de gestion.
« Bonjour, madame Mercier. Que pouvons-nous faire pour vous ? »
Colette posa ses gants sur la table avec un calme impérial.
« C’est plutôt ce que je viens faire pour vous, mademoiselle. J’ai été directrice d’agence bancaire pendant plus de trente ans. J’ai du temps, de la rigueur et quelques compétences en gestion budgétaire. J’ai également décidé d’allouer chaque mois une rente fixe de deux cent cinquante euros provenant du remboursement d’une créance personnelle pour financer l’achat de manuels scolaires et de fournitures pour les jeunes du canton qui souhaitent réellement apprendre un métier et s’en sortir par leur propre travail. »
La responsable écarquilla les yeux, émue par cette proposition inattendue qui tombait au moment où les subventions publiques s’amenuisaient.
« Mais… c’est magnifique, madame Mercier ! Comment devons-nous enregistrer ce versement ? Quel est le motif de ce don ? »
Colette sourit pour la première fois depuis cette sinistre soirée d’anniversaire de mariage, un sourire franc, serein, illuminé par la clarté d’une conscience en paix avec elle-même.
« Inscrivez simplement : restitution pédagogique. C’est le fruit d’un investissement qui commence enfin à rapporter ses premiers dividendes d’honnêteté. »