Elle était désormais installée au centre d’un magnifique cadre en chêne massif et verre anti-reflet. Les deux moitiés avaient été délicatement restaurées par un archiviste du musée de la ville, réunies à jamais sur un fond de velours bleu nuit.

Mais Lily avait fait une modification.

Avec une paire de ciseaux fins et l’accord de sa mère, elle avait soigneusement découpé et retiré la silhouette de l’homme à la montre d’or. À sa place, Lily avait glissé une petite photo récente prise sur un Polaroïd : on y voyait Daniel Harrison, un peu gêné mais souriant largement, entouré par Eleanor et Lily le jour de leur emménagement dans le nouvel appartement.

Lily posa le cadre au centre de la table, bien en vue.

« Voilà, dit-elle simplement, avec cette autorité candide et lumineuse qui n’appartenait qu’à elle. Maintenant, la photo est entière. Et personne ne pourra plus jamais la déchirer. »

Le détective Harrison baissa les yeux vers le cliché, profondément ému, tandis qu’au dehors, la lumière dorée du crépuscule baignait Manhattan d’une clarté nouvelle, chassant les derniers spectres d’un passé qui ne ferait plus jamais peur à personne.