Le canon noir brillait sous les lustres de cristal. Le canon était pointé droit entre les deux yeux d’Ernesto.
— Où est la gamine ? demanda Luca d’une voix qui ne contenait plus aucune trace d’humanité.
Ernesto, malgré la terreur qui tordait ses traits, esquissa un sourire mauvais.
— Tu ne la retrouveras jamais, Luca. Elle est déjà loin d’ici. Sur un cargo en route pour l’Europe. Si tu me tues, elle disparaîtra avec lui. Personne ne saura jamais où elle est enterrée.
Le doigt de Luca se resserra légèrement sur la détente. La tension était à son paroxysme. Un millimètre de plus et le coup partait.
C’est alors qu’une petite voix retentit à l’entrée latérale de la salle de bal, près des cuisines.
— Oncle Luca ?
Chapitre 4 : La Promesse de l’Aube
Tous les regards pivotèrent d’un seul mouvement.
Dans l’embrasure de la porte, tremblante, les yeux rougis par les pleurs mais tenant fermement son petit gilet jaune, se tenait une fillette d’environ sept ans. Elle tenait dans ses petites mains le même cadre photo argenté que j’avais vu la veille.
C’était Mia.
Derrière elle, un homme grand, les vêtements déchirés et le visage tuméfié, tenait ses mains en l’air. C’était Michael, le frère cadet de Luca, poussé en avant par deux cuisiniers du manoir armés de couteaux de boucher.
— Michael ? s’écria Vanessa, lâchant un cri perçant. Espèce d’imbécile, tu avais promis de la cacher !
Michael, larmes aux yeux, secoua la tête en direction de son frère aîné.
— J’ai pas pu, Luca… murmura-t-il en s’effondrant à genoux sur le sol. Je ne pouvais pas faire ça. Quand je l’ai vue ce matin dans sa chambre, elle me demandait quand est-ce qu’elle pourrait revoir sa grand-mère… J’ai essayé de l’emmener, oui, Vanessa m’y a obligé pour protéger nos parts d’héritage… mais je n’ai pas pu la vendre. Je l’ai cachée dans la cave de la maison de campagne à Evanston. Je venais la ramener. Je le jure !
Teresa Moretti poussa un faible cri de joie. Elle se leva, oubliant ses jambes tremblantes, oubliant la douleur, et s’avança en courant presque vers la petite fille.
— Mia… mon ange…
La fillette lâcha son cadre photo et courut se blottir dans les bras de sa grand-mère. Teresa s’agenouilla sur le parquet, serrant l’enfant contre son cœur en pleurant à chaudes larmes.
Luca baissa lentement son arme. Il regarda sa nièce, puis son frère agenouillé à terre, et enfin Don Ernesto et Vanessa, figés dans l’horreur de leur défaite totale.
Il marcha vers Vanessa. Elle essaya de reculer, mais le mur l’en empêchait.
— Tu as voulu humilier une vieille femme qui ne demandait qu’à danser avec son fils, dit Luca d’une voix basse, presque douce, qui glissa le long de l’échine de tous les assistants. Tu as voulu briser ma famille, voler l’avenir de cette enfant et salir la mémoire de mon père.
Il leva la main et jeta sa bague de fiançailles — un énorme diamant entouré de saphirs — droit aux pieds de Vanessa. Elle rebondit sur le parquet avant de rouler sous une table.
— Tu as cinq minutes pour quitter ce manoir, Vanessa. Toi et ton père. Prenez vos voitures, partez de Chicago, et ne remettez plus jamais les pieds dans l’État de l’Illinois. Si je vous revois, vous, ou l’ombre de votre nom, je ne prendrai même pas la peine de discuter.
Don Ernesto, tremblant de rage mais comprenant qu’il avait perdu la partie et sa vie s’il insistait, attrapa le bras de sa fille en pleurs et la tira vers la sortie de service, sous les regards méprisants des capitaines de la mafia de Chicago.
Épilogue : La Valse Retrouvée
Une heure plus tard, le grand salon était vide. Les invités étaient partis en silence, dispersés dans la nuit sans un mot, emportant avec eux le secret de la chute des Bellini.
Dans la salle de bal, les lumières avaient été tamisées. Seules de grandes bougies projetaient des ombres dansantes sur les murs lambrissés.
Le pianiste, resté à la demande spéciale de Luca, jouait de nouveau la même mélodie lente et nostalgique — la valse que le vieux Don Salvatore aimait tant.
Au centre de la piste, Teresa Moretti, vêtue de sa robe de velours noir, tournait lentement, soutenue avec une infinie délicatesse par son fils aîné.
Leurs pas n’étaient pas parfaits. La vieille dame fatiguait, ses genoux la faisaient souffrir, mais son visage rayonnait d’un bonheur pur et absolu.
Un peu plus loin, assise sur une chaise de velours rouge, la petite Mia jouait avec le ruban de satin, tandis qu’une infirmière s’occupait de lui donner un bol de chocolat chaud.
Je me tenais près des grandes portes fenêtres, observant la scène, une tasse de thé à la main, prête à tourner les talons pour aller m’occuper des comptes de la semaine.
— Hannah.
Je sursautai et me retournai.
Luca s’approchait de moi, seul, après avoir déposé sa mère sur son fauteuil. Son costume noir était impeccable, mais son visage, pour la première fois depuis onze mois que je travaillais pour lui, semblait libéré d’un poids invisible.
— Oui, monsieur Moretti ?
Il s’arrêta à un mètre de moi, les mains dans les poches de son pantalon. Il esquissa un léger sourire — un vrai sourire, le premier que je lui voyais esquisser.
— Ma mère m’a dit quelque chose tout à l’heure, avant de s’asseoir.
— Qu’est-ce qu’elle a dit, monsieur ?
— Elle a dit que sans une certaine jeune femme têtue qui a refusé d’écouter les ordres de Vanessa, je n’aurais jamais connu la vérité… et je n’aurais jamais eu cette danse.
Il baissa les yeux vers moi, son regard sombre devenant infiniment plus doux.
— Je crois que nous avons une dette envers toi, Hannah. Pour les frais médicaux de ta mère, pour ton loyer, et pour ton courage.
— Je n’ai fait que mon travail, monsieur.