Ernesto marqua une brève hésitation, un battement de cils qui ne trahit rien aux yeux d’un observateur moins aguerri, mais qui, pour Luca, valait aveu.
— Ton imagination te joue des tours, Luca. Tu es fatigué. C’est le stress des fiançailles. Viens, rangeons cette mascarade. Les invités veulent voir le premier toast.
— Il n’y aura pas de premier toast, coupa Luca.
Il leva enfin les yeux. Son regard était d’une noirceur absolue. Il se tourna vers ses propres hommes — Marco et Vincenzo, les deux capitaines les plus redoutés de son clan, des vétérans qui avaient servi son père pendant trente ans.
— Marco, ordonna Luca. Fermez toutes les issues du domaine. Personne ne sort d’ici. Pas une voiture, pas un téléphone, pas un murmure ne doit quitter cette salle sans mon ordre.
— C’est fait, patron, répondit Marco en s’inclinant légèrement. Les portes de fer sont verrouillées. Les brouilleurs de signal sont activés dans un rayon d’un kilomètre.
Vanessa poussa un cri étouffé et s’effondra sur une chaise, les mains sur le visage, secouée par des sanglots hystériques qui sonnaient faux.
— Luca, tu ne peux pas faire ça ! Je t’aime ! Je t’ai donné les cinq dernières années de ma vie !
Luca s’approcha d’elle lentement. Il s’accroupit à hauteur de sa chaise, si près qu’elle dut le regarder dans les yeux.
— Tu savais que mon père avait une petite-fille, Vanessa. Tu savais que si cette enfant vivait, elle héritait d’un tiers de la part de l’empire Moretti — la part que mon père avait secrètement placée dans un trust indépendant pour réparer les erreurs du passé. Et tu savais aussi que si cette vérité éclatait, l’alliance entre nos familles s’effondrerait, car mon père avait menacé de déshériter quiconque tremperait dans les magouilles financières de ton père.
Il marqua une pause, son souffle frôlant la joue de sa fiancée.
— C’est pour cela que tu as poussé Michael à l’éloigner, n’est-ce pas ? C’est pour cela que tu venais chaque mardi dans ce manoir, prétendument pour m’accompagner, mais en réalité pour fouiller le bureau de mon père à la recherche du testament original.
Vanessa secoua frénétiquement la tête.
— Non… non, c’est un mensonge…
— Hannah, reprit Luca en se relevant, viens ici.
Je m’approchai en tremblant.
— Oui, monsieur Moretti ?
— Ma mère t’a fait confiance pour l’aider à marcher. Est-ce qu’elle te fait assez confiance pour autre chose ?
Je regardai Teresa. La vieille dame me sourit doucement, un sourire plein d’une force mystérieuse. Elle hocha la tête.
— Oui, monsieur. Je ferai tout ce qu’il faut pour elle.
— Bien. Va dans le bureau de mon père, au troisième étage. Derrière le grand portrait de famille, il y a un coffre mural. La combinaison est la date de naissance de ma mère : 141152. À l’intérieur, tu trouveras une clé en bronze et une chemise en cuir noir. Apporte-les-moi immédiatement.
Chapitre 3 : La Vérité Éclate au Grand Jour
Dix minutes s’écoulèrent — dix minutes d’un silence de mort dans la salle de bal, où les invités, pétrifiés par la peur, n’osaient même plus se chuchoter des mots à l’oreille. Don Ernesto Bellini fulminait en silence, ses poings serrés sur sa canne à pommeau d’or, tandis que ses gardes échangeaient des regards inquiets.
Je descendis en courant les grands escaliers de marbre, la chemise en cuir lourd serrée contre ma poitrine, la clé en bronze dans ma main.
Je traversai la foule qui s’éarta sur mon passage et tendis les objets à Luca.
Il prit la chemise en cuir, l’ouvrit d’un geste sec. À l’intérieur se trouvaient des documents officiels, des actes de naissance, des certificats médicaux, et surtout… une lettre manuscrite signée de la main même de son père, datée de trois jours avant sa mort.
Luca lut les premières lignes. Son visage se décomposa. La colère fit place à une douleur si intense qu’elle semblait presque physique.
Il leva les yeux vers Don Ernesto.
— Mon père n’est pas mort d’une crise cardiaque, n’est-ce pas ?
La salle entière parut se contracter.
Ernesto ravala sa salive, mais garda une contenance glaciale.
— Ton père était vieux, Luca. Son cœur était usé. Tout le monde le sait.
— Mon père avait le cœur d’un taureau, cracha Luca en s’avançant vers lui, le document à la main. Et cette lettre prouve qu’il avait découvert que ton fils Michael, avec ta complicité, détournait les fonds de notre réseau portuaire pour financer les dettes de jeu de ta famille. Il allait les rayer de son testament et léguer la part principale à sa petite-fille, née de l’union secrète entre ma sœur défunte — oui, vous aviez réussi à cacher qu’elle avait eu un enfant avant de mourir — et d’un homme que vous aviez ruiné.
Il brandit la lettre sous le nez d’Ernesto.
— Et le soir de son anniversaire, mon père a fait un malaise… non pas à cause de son âge, mais parce que tu lui as versé une dose de glycoside dans son vin, administrée par ton propre gendre infiltré !
— C’est de la diffamation ! hurla Ernesto en levant sa canne. Tu perds la raison, Luca ! Tes hommes n’ont aucune preuve légale…
— Je n’ai pas besoin de tribunaux, Ernesto. Nous ne sommes pas dans une salle d’audience. Nous sommes à Chicago. Et ici, la loi des Moretti a toujours prévalu.
D’un signe de tête, Luca ordonna à ses hommes d’agir. En une fraction de seconde, Marco et quatre autres gardes se jetèrent sur les hommes de main des Bellini. Le bruit sourd des coups, le fracas d’une table en cristal brisée et les cris étouffés résonnèrent dans le grand salon. En moins de deux minutes, les gardes d’Ernesto étaient désarmés, genoux à terre, les mains menottées dans le dos.
Ernesto, blême, recula jusqu’à heurter le buffet en acajou. Il tenta de dégager son pistolet de sa ceinture, mais avant qu’il ne puisse effleurer la crosse, Luca avait tiré son propre Beretta 9mm de son étui d’épaule.