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Le Sang du Glaçage L’onde de choc se propagea dans la grande salle de réception comme un poison insidieux. Le bruit mat de la porcelaine brisée résonnait encore contre les moulures dorées du manoir Moretti. Autour de la table d’honneur, plus de deux cents convives de l’élite new-yorkaise, magistrats corrompus, capitaines d’industrie et lieutenants impitoyables de la pègre, retenaient leur souffle. L’air était devenu suffocant, chargé d’une tension si dense qu’une simple étincelle aurait suffi à embraser la pièce.

Dominic Moretti ne bougeait plus. Agenouillé sur le dallage de marbre d’Italie, sa silhouette massive d’un mètre quatre-vingt-dix dominait le sol souillé. Ses doigts puissants, ornés de la bague sigillaire…

Tout le monde pensait que le jeune homme couvert d’or était le propriétaire de la villa. Quand il tendit son verre vide à un inconnu vêtu d’un simple polo sombre en lui ordonnant de l’apporter en cuisine, il n’avait aucune idée que l’homme qu’il venait de prendre pour un serveur était en réalité le véritable propriétaire des lieux. La fête avait commencé peu avant le crépuscule sur les hauteurs de la baie. Des dizaines de voitures de sport encombraient la grande allée bordée de cyprès. La musique électro traversait les immenses baies vitrées et parvenait jusqu’à la piscine à débordement, où les invités trinquaient tout en multipliant les poses destinées aux réseaux sociaux. Chaque recoin de la villa semblait conçu pour impressionner : marbre blanc au sol, lustres en cristal de Murano, meubles importés de galeries milanaises et une vue plongeante sur la mer à couper le souffle.

Au centre de toute cette opulence paradait Marco Bellini. Il portait une chemise argentée largement ouverte et plusieurs lourdes chaînes en or reposaient sur son torse hâlé. Il déambulait au…

La nuit sur les hauteurs de la baie d’Antibes ne ressemblait à aucune autre, ou plutôt elle ressemblait exactement à toutes celles que l’argent facile et la vanité savaient fabriquer. Suspendue au flanc de la falaise comme un bloc de verre et de béton immaculé, la Villa Mirasol déversait dans la tiédeur méditerranéenne des flots de musique électronique filtrée, de vapeurs de champagne millésimé et de rires savamment calibrés. Les projecteurs sous-marins de la piscine à débordement donnaient à l’eau une teinte turquoise presque toxique, reflétant les silhouettes élancées d’invités qui ne vivaient que pour la surface des choses. On s’observait sans en avoir l’air, on évaluait le prix d’un poignet à sa montre, l’authenticité d’un réseau à un salut négligent de la main, et chaque sourire paraissait calculé pour flatter l’objectif d’un smartphone tourné vers soi.

Puis, sans bruit d’échappement tapageur ni cortège de flatteurs, un jeune homme franchit la haute grille de fer forgé laissée entrouverte pour le va-et-vient des convives. Il portait un sac…

Le grondement sourd de la moto rose s’évanouit au détour de l’allée bordée de lauriers et d’oliviers centenaires, laissant derrière lui une fine odeur d’essence brûlée et un vide vertigineux. Sur le gravier blanc immaculé de la cour d’honneur, la poussière retombait lentement dans l’air brûlant de l’après-midi.

Sybille se tenait immobile, les bras ballants le long de son tailleur immaculé qui semblait tout à coup peser des tonnes sur ses épaules. Ses lunettes de soleil de créateur,…

Le grondement sourd des turbines écrasait la quiétude matinale du domaine des Hautes-Rives, une forteresse de marbre et de verre suspendue au-dessus de la vallée rhodanienne. Les pales de l’Écureuil noir tournaient à plein régime, soulevant des bourrasques d’herbe coupée et d’effluves de kérosène qui giflaient le visage des quatre protagonistes figés au bord de l’héliport privé.

Le jeune jardinier s’appelait Samuel. À vingt-quatre ans, il avait les mains d’un artisan de la terre, rugueuses, calleuses, désormais zébrées de coupures sanguinolentes et tachées de graisse mécanique. Sa…