PARTIE 1 — DEUX ROBES BLANCHES DEVANT LE MÊME CHÂTEAU
— Attendez… pourquoi portez-vous une robe de mariée ?

Élise Moreau venait de prononcer ces mots d’une voix tremblante.

Devant elle, une femme blonde d’une cinquantaine d’années descendait d’une immense limousine noire.

Elle portait une somptueuse robe de mariée blanche, ornée de dentelle et de broderies florales.

Ses cheveux étaient relevés en un chignon tressé.

Un collier argenté brillait autour de son cou.

À son poignet, un bracelet étincelait sous le soleil.

La femme souriait.

Comme si tout était parfaitement normal.

Pourtant, à quelques mètres d’elle, Élise portait elle aussi une robe de mariée.

Et ce jour-là devait être le plus beau de sa vie.

Il était onze heures trente.

Le château de Valmont, situé dans la campagne française, accueillait un mariage exceptionnel.

De hautes colonnes blanches encadraient l’entrée.

De magnifiques compositions de roses blanches décoraient les marches.

Trois demoiselles d’honneur, vêtues de longues robes bleu pâle, attendaient près des portes.

Charlotte, Manon et Clara.

Toutes tenaient de petits bouquets de fleurs blanches.

Élise avait vingt-sept ans.

Ses cheveux blonds étaient relevés en un élégant chignon.

Une petite tiare argentée retenait son long voile.

Sa robe blanche sans bretelles soulignait sa silhouette.

Dans ses mains, elle serrait un magnifique bouquet de roses ivoire.

Elle devait épouser Adrien Delcourt dans moins d’une heure.

Un homme d’affaires de trente-quatre ans.

Beau.

Attentionné.

Riche.

Et, pensait-elle, profondément amoureux d’elle.

Mais la femme qui venait de sortir de cette limousine semblait décidée à détruire cette journée.

— Je vous ai posé une question, répéta Élise.

La femme rajusta calmement sa jupe blanche.

Puis répondit :

— Parce qu’aujourd’hui, tout ne va pas se passer comme prévu.

Élise sentit son cœur accélérer.

— Qui êtes-vous ?

La femme sourit légèrement.

— Victoria de Valmont.

Ce nom fit froncer les sourcils à la jeune mariée.

Valmont.

Comme le château.

Comme la famille qui avait possédé cette demeure pendant plusieurs générations.

— Vous êtes de la famille du propriétaire ?

Victoria ne répondit pas directement.

Elle observa le bouquet d’Élise.

Puis sa robe.

Puis son voile.

— Vous êtes très jolie.

Élise recula légèrement.

— Merci, mais je ne comprends pas…

Victoria leva le menton.

— Votre fiancé vous a caché quelque chose d’important.

Élise sentit le sol se dérober sous ses pieds.

— Qu’est-ce que vous avez fait ? Où est mon fiancé ?

Victoria ne répondit pas.

Elle regarda vers les immenses portes du château.

Puis murmura :

— Adrien aurait dû vous dire la vérité avant aujourd’hui.

La jeune mariée pâlit.

— Quelle vérité ?

Victoria serra les lèvres.

Son sourire venait de disparaître.

— Il n’a jamais eu le courage de vous raconter ce qui s’est passé ici.

Élise sentit ses doigts se crisper autour des roses blanches.

— Vous connaissez Adrien ?

Victoria acquiesça lentement.

— Depuis sa naissance.

Un silence brutal s’installa.

Charlotte descendit une marche.

— Élise, ça va ?

Mais la jeune femme ne l’entendait presque plus.

Elle fixait Victoria.

Puis murmura :

— Dites-moi la vérité… qui êtes-vous vraiment ?

La main droite de Victoria se referma lentement.

Son bracelet argenté glissa contre son poignet.

Et lorsqu’elle releva les yeux, ils étaient remplis de larmes.

— Je suis la mère d’Adrien. Et aujourd’hui, je porte la robe que j’aurais dû porter il y a trente-cinq ans.

PARTIE 2 — LE MARIAGE QU’ON AVAIT VOLÉ TRENTE-CINQ ANS PLUS TÔT
Élise resta immobile.

— Sa mère ?

Victoria acquiesça.

— Oui.

— Mais Adrien m’a dit que sa mère était morte quand il était enfant !

Le visage de Victoria se décomposa.

Elle porta une main à sa poitrine.

— Il croit vraiment cela ?

Élise sentit une peur nouvelle l’envahir.

— De quoi parlez-vous ?

Victoria regarda le château.

Ses yeux s’assombrirent.

— Tout a commencé ici. Dans cette même demeure.

Trente-cinq ans auparavant, Victoria de Valmont avait quinze ans lorsqu’elle avait rencontré Henri Delcourt.

Il était le fils d’un riche entrepreneur parisien.

Elle était issue d’une vieille famille aristocratique.

Leurs parents se connaissaient depuis longtemps.

Mais leurs familles entretenaient une rivalité ancienne concernant plusieurs propriétés et des affaires financières.

Malgré cela, Victoria et Henri étaient tombés amoureux.

À vingt ans, Victoria avait annoncé qu’elle voulait l’épouser.

Son père avait refusé.

— Un Delcourt ne deviendra jamais membre de notre famille !

Victoria avait tenu tête.

Pendant plusieurs années, les conflits s’étaient multipliés.

Puis Henri avait finalement réussi à obtenir la permission de l’épouser.

Le mariage avait été fixé au château de Valmont.

Victoria avait choisi une robe blanche brodée de fleurs.

Une robe magnifique.

Celle qu’elle portait aujourd’hui.

Mais le matin de la cérémonie, Henri avait disparu.

— Disparu ? répéta Élise.

Victoria acquiesça.

— Il m’avait promis qu’il serait là.

Elle essuya une larme.

— J’ai attendu devant ces marches pendant des heures.

Les invités étaient partis un à un.

Les fleurs avaient commencé à faner.

Et Victoria était restée dans sa robe blanche, incapable de comprendre pourquoi l’homme qu’elle aimait l’avait abandonnée.

Quelques jours plus tard, elle avait reçu une lettre.

Henri y affirmait qu’il ne l’aimait plus.

Qu’il avait décidé de partir à l’étranger.

Et qu’elle devait l’oublier.

Victoria s’était effondrée.

Mais ce qu’elle ignorait encore, c’était qu’elle était enceinte.

— Adrien est né neuf mois plus tard, poursuivit-elle.

Élise sentit son cœur se serrer.

— Et vous l’avez élevé seule ?

Victoria baissa la tête.

— Pendant les cinq premières années.

Puis sa voix se brisa.

— Jusqu’au jour où Henri est revenu.

Élise fronça les sourcils.

— Le père d’Adrien ?

Victoria acquiesça.

Henri était réapparu après avoir fait fortune dans l’immobilier.

Il avait découvert l’existence de son fils.

Et il avait exigé de le voir.

Au début, Victoria avait accepté.

Elle voulait qu’Adrien connaisse son père.

Mais les visites étaient rapidement devenues conflictuelles.

Henri avait entrepris des démarches judiciaires pour obtenir sa résidence principale.

Sa fortune lui permettait d’engager les meilleurs avocats.

Victoria, elle, traversait une période financière difficile.