Après une longue procédure, une décision avait confié la résidence principale d’Adrien à son père, avec un droit de visite pour sa mère.

Mais, selon Victoria, les contacts étaient ensuite devenus de plus en plus difficiles.

Les lettres qu’elle envoyait lui étaient retournées.

Ses appels restaient sans réponse.

Puis elle avait reçu une notification indiquant que le père et l’enfant avaient déménagé.

— J’ai passé des années à chercher Adrien, murmura Victoria.

Élise n’osait plus parler.

— J’ai écrit. J’ai consulté des avocats. J’ai tenté de faire respecter mes droits.

Victoria prit une inspiration.

— Mais Henri avait changé plusieurs fois d’adresse, et ma famille refusait de m’aider.

Puis elle ajouta :

— Quand j’ai enfin retrouvé mon fils, il était presque adulte.

Élise demanda :

— Vous lui avez parlé ?

Victoria secoua la tête.

— Il m’a fermé la porte.

Une larme glissa sur sa joue.

— Il m’a dit que sa mère était morte.

Élise porta une main à sa bouche.

Elle connaissait cette histoire.

Adrien lui avait raconté que sa mère était décédée dans un accident lorsqu’il était petit.

Il disait ne posséder presque aucun souvenir d’elle.

Il lui avait même confié qu’il regrettait de n’avoir jamais connu son visage.

— Pourquoi Adrien croirait-il que vous êtes morte ?

Victoria regarda lentement la jeune mariée.

— Parce que quelqu’un lui a menti.

À cet instant, les grandes portes du château s’ouvrirent.

Un homme apparut.

Grand.

Élégant.

Cheveux châtain foncé.

Costume bleu nuit.

Adrien Delcourt.

Il s’arrêta en apercevant les deux femmes.

Son regard passa d’Élise à Victoria.

Puis son visage devint livide.

— Non…

Victoria se tourna vers lui.

— Bonjour, Adrien.

Le jeune homme recula.

— Qu’est-ce que vous faites ici ?

Élise le fixa.

— Tu la connais ?

Adrien resta silencieux.

Victoria s’approcha.

— Je voulais simplement assister au mariage de mon fils.

Élise sentit son cœur se briser.

— Adrien… réponds-moi.

Il baissa la tête.

Puis murmura :

— Je savais qu’elle était vivante.

Un silence glaçant suivit.

Élise lâcha presque son bouquet.

— Tu m’as dit que ta mère était morte !

PARTIE 3 — LA VÉRITÉ DEVANT L’AUTEL
Adrien passa une main sur son visage.

— Élise, laisse-moi t’expliquer.

La jeune femme recula.

— Tu m’as menti pendant trois ans !

Il baissa les yeux.

— Oui.

— Pourquoi ?

Adrien regarda Victoria.

Puis murmura :

— Parce que je ne savais pas comment te raconter tout ça.

Après avoir découvert que sa mère était vivante, Adrien avait cherché à comprendre ce qui s’était passé.

Mais son père lui avait répété la même chose.

Victoria les avait abandonnés.

Elle n’avait jamais voulu s’occuper de lui.

Elle n’était revenue que parce que les Delcourt étaient devenus riches.

Adrien avait longtemps cru cette version.

Puis, six mois auparavant, il avait reçu une enveloppe.

À l’intérieur se trouvaient plusieurs photocopies de lettres anciennes.

Des décisions judiciaires.

Et une photographie.

On y voyait Victoria tenant un petit garçon blond dans ses bras.

Adrien avait reconnu son propre visage d’enfant.

Il avait alors contacté un avocat pour vérifier certains éléments.

Les documents semblaient authentiques.

Mais il ne savait plus quoi penser.

— J’avais peur, avoua-t-il.

Élise fronça les sourcils.

— Peur de quoi ?

— De découvrir que tout ce que mon père m’avait raconté était faux.

Victoria baissa les yeux.

Adrien poursuivit :

— Et j’avais peur de t’entraîner dans cette histoire juste avant notre mariage.

Élise le fixa.

— Alors tu as décidé de me mentir ?

Il ne répondit pas.

— Tu aurais pu me dire que tu avais retrouvé ta mère.

Sa voix se brisa.

— Même si tu ne savais pas encore quoi penser d’elle.

Adrien baissa la tête.

— Tu as raison.

Victoria s’approcha.

— Élise, je ne suis pas venue pour vous voler votre mariage.

La jeune femme la regarda.

— Alors pourquoi cette robe ?

Victoria posa une main sur la dentelle de son corsage.

— Parce que je voulais enfin affronter ce souvenir.

Elle contempla les marches du château.

— Pendant trente-cinq ans, je n’ai pas eu le courage de revenir ici.

Elle prit une inspiration.

— Cette robe était restée dans une malle.

Puis elle ajouta :

— Quand j’ai appris que mon fils allait se marier dans le château où j’avais été abandonnée, j’ai eu l’impression que le passé recommençait.

Élise fronça les sourcils.

— Mais pourquoi la porter aujourd’hui ?

Victoria baissa la tête.

— Je voulais qu’Adrien comprenne ce que ce lieu représentait pour moi.

Elle marqua une pause.

— C’était une erreur de ma part.

Puis elle regarda la jeune mariée.

— Je n’aurais pas dû transformer votre journée en confrontation.

Un silence s’installa.

Adrien regarda sa mère.

Il semblait la voir pour la première fois.

— Je ne savais pas que c’était la robe de ton mariage.

Victoria sourit tristement.

— Ton père ne l’a jamais vue.

Adrien ferma les yeux.

Puis demanda :

— Est-ce que tu m’as vraiment écrit pendant toutes ces années ?

Victoria acquiesça.

— Oui.

— Combien de lettres ?

— Je ne les ai jamais comptées.

Elle sortit de son petit sac une photographie ancienne.

On y voyait Adrien, enfant, assis sur ses genoux.

Au dos, une date.

Et quelques mots :

Mon petit Adrien, cinq ans. Le dernier été avant notre séparation.

Adrien contempla la photographie.

Ses mains tremblaient.

— Je ne me souviens pas de ce jour.

Victoria répondit doucement :

— Moi, je m’en souviens.

Ses yeux s’humidifièrent.

— Tu voulais absolument que je t’apprenne à faire des crêpes.

Adrien releva brusquement la tête.

Un souvenir venait de traverser son esprit.

Une cuisine ensoleillée.

Une femme blonde.

De la farine sur une table.

Et une voix qui riait.

Il murmura :

— Tu me laissais casser les œufs…

Victoria porta une main à sa bouche.

— Oui.

Adrien ajouta :

— Et j’en mettais partout.

Elle éclata en sanglots.

— Oui, mon chéri…

Mais Élise ne voulait pas que l’émotion efface ce qui venait de se passer.