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La pluie d’octobre battait les vitrines de la Place Vendôme, transformant les réverbères en halos dorés et brouillés. Devant la façade austère et majestueuse de la Maison Vaneau, joaillier séculaire dont les velours sombres avaient vu défiler têtes couronnées et fortunes industrielles, une jeune femme hésitait sur le trottoir mouillé.

Éléonore Laurent resserra contre elle les pans de son vieux trench beige délavé par les intempéries. Ses bottines en cuir usé portaient les traces de boue d’un trajet pressé en…

La poussière de l’arène royale s’élevait en volutes lourdes sous les sabots d’acier de la bête. Balthazar n’était pas seulement un étalon ; c’était une tempête de muscles sombres, une force brute arrachée aux steppes sauvages du nord, dont le regard injecté de sang défiait quiconque osait franchir l’enclos de chêne massif. Trois palefreniers royaux avaient déjà péri sous ses ruades briseuses d’os, et les cicatrices sur le poitrail de l’animal témoignaient de fers brûlants, de fouets impuissants et de chaînes brisées.

Au sommet de la tribune d’honneur, abrité sous un dais de velours pourpre orné de lys d’or, le roi Léopold riait encore. C’était un rire sec, arrogant, né de l’ennui…

Le lustre monumental de la Villa Bel-Air projetait des éclats mordorés sur le marbre blanc du grand salon. Une centaine de convives tirés à quatre épingles célébraient les trente ans d’Alexandre de Valmont, héritier d’une vieille fortune de négociants maritimes et figure incontournable du tout-Paris mondain. Dans l’air saturé de parfums précieux résonnaient le cliquetis cristallin des coupes de champagne millésimé et les rires feutrés d’une assemblée habituée à juger le monde à la coupe d’une veste ou au prix d’un bijou.

Alexandre trônait au centre du salon. Costume sur mesure en laine froide d’Italie, montre au cadran squeletté valant le prix d’un appartement cossu, il savourait chaque seconde de cette soirée…

Le pavé de la cour d’honneur de l’université Panthéon-Assas réverbérait encore la chaleur lourde d’une fin d’après-midi de mai. Entre les colonnes austères et les marches de pierre usées par des générations de juristes en devenir, un attroupement s’était formé, dense, bruyant, attiré par un éclat insolent de rouge écarlate. Au centre de l’esplanade trônait une Ferrari SF90 Stradale, une merveille d’aérodynamisme aux galbes agressifs, dont la carrosserie vernie capturait chaque rayon du soleil couchant comme un piège de lumière. La voiture semblait appartenir à une autre planète, un monde inaccessible de privilèges indécents, garée avec une audace presque insultante en plein milieu de l’espace piétonnier.

Adossé contre la portière côté conducteur, un coude posé nonchalamment sur le toit en fibre de carbone, Julien de Roquefeuil savourait son triomphe. Étudiant en troisième année de droit des…

Le grand salon de l’hôtel d’Évreux scintillait d’un éclat réservé aux fortunes si anciennes qu’elles ne ressentaient plus le besoin de prouver leur existence, et à celles, beaucoup plus tapageuses, qui cherchaient désespérément à l’acheter. Sous les lustres à pampilles monumentaux datant du Second Empire, la haute société parisienne, mêlée aux financiers internationaux et aux héritières de passage, célébrait le gala annuel de la Fondation Montmirail. Le champagne coulait à flots, les rires feutrés se perdaient dans le murmure d’un quatuor à cordes discret, et l’air sentait le lys blanc, le cigare froid et la suffisance.

Parmi les serveurs qui sillonnaient la pièce avec une précision d’horloger, Clara tenait son plateau d’argent d’une main ferme, bien que ses doigts commençassent à s’engourdir. Vêtue de l’uniforme strict…

Le tintement du cristal venait de s’éteindre sous les voûtes séculaires de la villa Pallavicini, perchée sur les hauteurs escarpées de Bellagio, dominant les eaux sombres et immobiles du lac de Côme. Dans la grande galerie aux miroirs vénitiens, les lustres de Murano répandaient une lumière dorée et crue sur une cinquantaine d’invités d’élite : magnats de l’industrie textile milanaise, diplomates feutrés, critiques d’art acerbes et héritières corsetées d’arrogance. C’était le trentième anniversaire de Matteo Moretti, et son ascension fulgurante à la tête du conglomérat familial devait être consacrée ce soir-là, devant les caméras discrètes d’une presse triée sur le volet.

Au centre de l’attention, Matteo paradait dans un smoking sur mesure en alpaga sombre, un verre de millésime à la main. À son bras, Ginevra Visconti, fille cadette d’une dynastie…

Le brouhaha de la salle des ventes de la maison de vente Richelieu-Montaigne atteignait ce grondement sourd, feutré mais féroce, propre aux milieux où l’argent méprise le temps. Sous les lustres en cristal de Bohème dont les pampilles tintent au moindre courant d’air, des hommes aux costumes sur mesure ajustés sur des carrures d’acier côtoyaient des héritières parfumées au gardénia et au santal. Au premier rang trônait Édouard de Castelpers. Soixante ans de morgue aristocratique, des boutons de manchette en saphir cabochon, les ongles taillés avec une perfection chirurgicale. À ses côtés, son neveu Julien tapotait l’écran d’une montre hors de prix, le rictus fatigué des fils de famille à qui rien n’a jamais coûté.

« Regarde-moi cette populace, Julien », souffla Édouard sans même tourner la tête, l’index pointé discrètement vers les derniers rangs où les chaises en velours râpé accueillaient galeristes modestes, curieux…

La lumière crue d’un début d’après-midi d’automne frappait les dalles de marbre blanc immaculé de l’hôtel Le Bristol, l’un des palaces les plus prestigieux de la capitale. Posée sur l’esplanade comme un fauve au repos, une McLaren 765LT Spider, habillée d’un jaune solaire éclatant aux reflets d’or liquide, attirait tous les regards. Ses courbes agressives, sculptées pour fendre l’air, contrastaient violemment avec le décor feutré et solennel de la rue du Faubourg-Saint-Honoré.

Adossé avec une désinvolture étudiée contre l’aile arrière de fibre de carbone, Hugo savourait chaque regard envieux des passants. Vêtu d’une veste en daim beige de coupe italienne, montre chromée…

La boutique aux volets pistache et à la devanture crème embaumait le sucre cuit, la vanille bourbon et le zeste de citron vert fraîchement râpé. Nichée au croisement des ruelles pavées du vieux quartier, à quelques mètres de la terre battue où Antônio poussait autrefois sa lourde carriole, l’échoppe portait un nom tout simple gravé sur une planche de chêne clair : Le Sourire d’Antônio. À l’angle de l’entrée, repeinte d’un bleu cobalt étincelant mais portant encore les éraflures de quarante ans de labeur, trônait l’ancienne charrette en bois. Elle ne servait plus à transporter les blocs de glace fondante ; elle soutenait désormais de grands pots de terre cuite d’où s’échappaient des cascades de bougainvilliers pourpres.

Pendant les premiers mois, la petite entreprise connut un succès presque féerique. Chaque matin, dès sept heures, Antônio, vêtu d’un tablier immaculé qui contrastait avec son chapeau de feutre usé…

Le silence de la chambre 204 n’avait rien de paisible. C’était une chape de plomb saturée par l’odeur âcre de l’alcool à friction, de l’éther et de la décomposition feutrée des corps en sursis. Sous la lueur tremblotante des néons tubulaires de la clinique Saint-Sauveur — une institution privée vétuste perchée sur les hauteurs en ruine de la banlieue milanaise —, le bruit régulier, monotone et déchirant du moniteur cardiaque martelait l’obscurité : bip… bip… bip…

Matteo tenait la main de sa mère. Une main sèche, parcheminée, striée de veines violacées d’où partait un cathéter fixé grossièrement par du ruban adhésif bruni. Maria ne pesait plus…