Katia fit glisser les feuilles devant Dima.
« Monsieur Petrov renonce à l’intégralité de ses droits sur l’appartement en faveur exclusive de Marina, à titre de compensation transactionnelle forfaitaire pour les sommes détournées et les dettes conjugales contractées à son insu. Marina prend à sa charge l’intégralité du crédit restant dû sur le bien immobilier, libérant totalement Monsieur de cette obligation bancaire. En échange, Marina s’engage formellement à ne pas déposer de plainte pénale pour la falsification de ses signatures, et laisse Monsieur Dima assumer seul ses crédits à la consommation personnels. Vous disposez de vingt-quatre heures pour signer cet accord chez le notaire de notre étude. Si demain à dix-sept heures ce document n’est pas paraphé, le dossier pénal part directement sur le bureau du procureur de la République. »
Dima leva les yeux vers sa mère, les joues inondées de larmes de panique. « Maman… signe… s’il te plaît, dis-lui de signer… je ne veux pas aller en prison, maman ! Tu dois m’aider ! »
Valentina Petrovna le repoussa avec un geste presque instinctif de dégoût, le regard fixé sur Marina. « Tu avais tout prévu… depuis le début, tu savais. »
Marina se leva lentement, toisant la femme qui avait empoisonné ses trois dernières années.
« Non, Valentina Petrovna. Contrairement à vous, je ne complote pas dans le dos des gens que j’aime. J’ai espéré jusqu’à hier matin que votre fils deviendrait un homme digne de ce nom. Mais quand vous êtes entrée chez moi avec ce notaire pour m’humilier et me dépouiller dans mon propre salon, vous avez brisé la seule chose qui vous protégeait encore : ma patience. Maintenant, prenez vos affaires, prenez votre fils, et sortez de chez moi. »
La belle-mère se leva péniblement, vacillante sur ses talons hauts. Elle tenta de rassembler un reste de dignité en réajustant son écharpe, mais ses mains tremblaient tellement qu’elle la laissa tomber au sol. Dima la ramassa en silence, tête basse, avant de suivre sa mère vers la porte d’entrée comme une ombre servile et vaincue.
Sur le pas de la porte, Dima s’arrêta une demi-seconde, se retournant vers Marina avec un regard suppliant. « Marina… est-ce qu’on peut… au moins parler ? Juste nous deux ? »
Marina ne cilla pas. « Tout a déjà été dit, Dima. Demain à dix-sept heures. Ne sois pas en retard, cette fois. »
Elle ferma la porte blindée. Le cliquetis du pêne d’acier verrouillant la serrure retentit avec une clarté presque musicale.
Dans l’appartement redevenu silencieux, Katia poussa un long soupir de soulagement en refermant sa mallette de cuir. « Eh bien, ma chère… je crois que cette affaire est classée. Ils signeront. Ils n’ont absolument aucune issue de secours. »
Marina s’approcha de la grande baie vitrée du salon. En bas, dans la rue, elle vit la silhouette courbée de Valentina Petrovna marchant à pas rapides vers la station de métro, sans un regard pour son fils qui trottinait lamentablement derrière elle en traînant une valise en tissu.
Une sensation étrange, douce et profonde, envahit la poitrine de Marina. Ce n’était pas de l’euphorie, ni de la vengeance mesquine. C’était simplement la liberté. La sensation pure et enivrante de reprendre les rênes de sa propre existence, d’avoir balayé d’un revers de main les illusions toxiques et les parasites sentimentaux qui prétendaient régenter son destin.
Le lendemain après-midi, à seize heures quinze précises, dans l’élégant bureau d’un notaire réputé de la place centrale, Dima signa l’acte de cession et la convention de divorce sans prononcer une seule parole, la main tremblante sous le regard glacial de son avocat commis d’office. Valentina Petrovna n’était même pas venue. Elle était restée terrée chez elle, incapable d’affronter l’humiliation publique de sa défaite.
Lorsque les formalités furent achevées et que le notaire eut apposé le sceau officiel de la République sur les actes de pleine propriété, Marina sortit seule sur le parvis baigné par les derniers rayons dorés du soleil d’octobre.
Elle respira profondément l’air frais de la ville. Pour la première fois depuis des années, elle rentrait chez elle. Vraiment chez elle.