« Ma puce, jeudi je dois aller à Strasbourg. Je reviens vendredi soir. »
Elle a mâché son morceau de brioche.
Puis elle m’a demandé :
« Qui reste avec moi ? »
« Tata Claire. Ici, si tu veux. Ou tu peux dormir chez elle. C’est toi qui choisis. »
Elle a réfléchi.
« Ici. Oscar va être triste sinon. »
« D’accord. »
Elle a repris son petit déjeuner.
Puis, quelques secondes plus tard :
« Tu reviens vraiment vendredi ? »
Je lui ai donné l’heure de mon train.
Je lui ai montré le billet.
Pas parce qu’un père devrait avoir à prouver chacun de ses retours à sa fille.
Mais parce que la confiance se reconstruisait parfois avec des choses minuscules.
Je suis revenu vendredi à 18 h 06.
Six minutes plus tard que prévu.
Quand j’ai ouvert la porte, Chloé a traversé le hall en courant.
Elle m’a sauté dans les bras.
Aucun mouvement de recul.
Aucun regard inquiet vers le couloir.
Aucune question pour savoir si elle avait le droit.
Je l’ai serrée contre moi.
Derrière elle, Oscar aboyait comme un fou.
Et pendant une seconde, mon regard s’est posé sur l’endroit exact où, un an auparavant, j’avais trouvé ma fille à genoux devant sa gamelle.
Chloé m’a tiré par la manche.
« Papa, viens voir mon dessin ! »
Cette fois, je n’avais aucun dossier plus urgent.
Aucun téléphone plus important.
Aucune excuse.
J’ai posé mes sacs.
« J’arrive. »
Et je l’ai suivie.
Parce que la porte la plus importante que j’ai ouverte ce soir-là n’était pas celle du débarras — c’était celle que ma fille avait cessé de croire que je franchirais pour elle.
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