Le mercredi 22 juillet, mon avocate a adressé une mise en demeure à Françoise, lui demandant de restituer les documents originaux et de cesser toute démarche concernant mes biens.

Deux jours plus tard, elle a répondu.

Pas par l’intermédiaire d’un avocat.

Elle est venue directement chez Élodie.

J’étais dans le salon lorsque la sonnette a retenti.

Élodie a ouvert.

Françoise se tenait sur le seuil, un sac à main de marque serré contre elle.

« Je veux parler à Camille. »

Élodie a croisé les bras.

« Vous avez son numéro. »

« Il s’agit d’une affaire de famille. »

J’ai reconnu immédiatement cette expression.

Une affaire de famille.

Chez les Delmas, elle signifiait toujours que je devais me taire.

Je me suis avancée.

« Tu peux parler ici, Françoise. »

Elle m’a regardée de haut en bas.

« Tu es vraiment décidée à détruire ton mari ? »

« Je cherche à protéger mes biens. »

« Ses affaires vont mal ! Tu es sa femme ! »

« Et cela lui donne le droit d’utiliser ma maison sans mon consentement ? »

Son visage s’est durci.

« Tu as profité de cette famille pendant quatre ans. »

J’ai presque souri.

« Profité de quoi ? »

« Du nom Delmas. De notre réputation. »

« Françoise, les mensualités de la maison, les travaux et une grande partie des dépenses du ménage ont été payés avec mon argent. »

Elle a serré les lèvres.

« Toujours ton argent ! Tu ne parles que de ça ! »

« Parce que vous parlez toujours de ce qui vous appartient alors que ce n’est pas à vous. »

Elle a fait un pas vers moi.

Élodie s’est immédiatement rapprochée.

Françoise a baissé la voix.

« Retire ta plainte. »

Je l’ai regardée.

« Comment sais-tu que j’envisage une plainte ? »

Elle s’est figée.

Puis elle a murmuré :

« Julien m’a dit que tu avais pris une avocate. »

« Alors tu sais également ce qu’elle pense de cette signature. »

Pour la première fois, j’ai vu une véritable inquiétude traverser son visage.

« C’était juste un papier préparatoire. »

« Pourquoi ma signature apparaît-elle dessus ? »

« J’essayais de sauver l’entreprise de mon fils ! »

« Pourquoi ne m’as-tu pas demandé mon accord ? »

Elle a détourné les yeux.

Je lui ai reposé la question.

Plus lentement.

« Pourquoi, Françoise ? »

Elle a finalement explosé.

« PARCE QUE TU AURAIS DIT NON ! »

Le silence est tombé.

Élodie n’a pas bougé.

Françoise semblait elle-même surprise d’avoir prononcé ces mots.

J’ai senti mes jambes faiblir.

« Donc tu savais que je n’étais pas d’accord. »

« Tu aurais laissé Julien perdre son entreprise ! »

« Je l’ai déjà aidé pendant des années. »

« Ce n’était jamais suffisant ! »

Je l’ai regardée, les yeux humides.

« Et ma fille ? Elle non plus, ce ne sera jamais suffisant ? »

Françoise s’est raidie.

« Ne mélange pas tout. »

« Tu m’as humiliée parce que j’attends une fille. Tu as prétendu pouvoir me chasser de ma propriété. Et tu as essayé d’utiliser mes biens comme s’ils t’appartenaient. »

Elle a reculé.

« Tu exagères. »

J’ai ouvert la porte.

« Notre conversation est terminée. Tu peux désormais t’adresser à mon avocate. »

Elle est partie sans un mot.

Cette nuit-là, je n’ai presque pas dormi.

Je revoyais sans cesse son visage lorsqu’elle avait crié qu’elle savait que j’aurais refusé.

Ce n’était pas une maladresse.

Ce n’était pas un malentendu.

Elle avait choisi de passer outre ma volonté.

Le lundi suivant, j’ai déposé plainte avec les documents dont nous disposions. J’ai remis les photographies, les messages et les éléments recueillis par mon avocate.

Élodie m’a également envoyé la vidéo qu’elle avait filmée pendant la baby shower.

Je ne l’avais pas encore regardée.

Quand je l’ai enfin ouverte, mon cœur s’est serré.

J’ai vu Françoise prendre le gâteau.

Je me suis vue reculer sous le choc.

J’ai entendu sa phrase sur les garçons.

Mais surtout, j’ai vu Julien.

Il regardait sa mère.

Puis moi.

Puis les invités.

Et il baissait les yeux.

J’ai arrêté la vidéo à cet instant.

Je suis restée longtemps devant cet arrêt sur image.

Ce n’était pas seulement son absence de réaction qui me faisait mal.

C’était le fait qu’il avait eu le temps de choisir.

Et qu’il n’avait pas choisi de me protéger.

Début août, Julien m’a demandé de le retrouver dans un café du centre d’Aix-en-Provence.

J’ai accepté, après en avoir parlé avec mon avocate, parce que je voulais régler les aspects pratiques de notre séparation.

Il est arrivé avec quinze minutes d’avance.

Il avait maigri.

« Camille… tu me manques. »

Je me suis assise en face de lui.

« Comment va ton entreprise ? »

Il a regardé sa tasse.

« J’ai dû négocier des échéanciers avec plusieurs fournisseurs. Je vais probablement réduire l’activité pendant quelques mois. »

« Je suis désolée que tu traverses ça. »

Il a relevé les yeux, plein d’espoir.

« Alors tu comprends pourquoi maman… »

Je l’ai interrompu.

« Non. »

Son visage s’est refermé.

« Je comprends que tu aies eu peur. Je comprends que tu aies eu honte de me parler de tes difficultés. Mais je ne comprends pas pourquoi tu as laissé ta mère agir à ma place. »

Il a pris une inspiration.

« Je ne savais pas qu’elle imiterait ta signature. »

« Je te crois sur ce point. »

Il a semblé soulagé.

« Mais tu savais qu’elle voulait utiliser mon patrimoine. Et tu as laissé faire. »

Ses yeux se sont remplis de larmes.

« J’avais peur de tout perdre. »

Je l’ai regardé.

« Et maintenant ? »

Il a baissé la tête.

« Je crois que je t’ai perdue. »

Pour la première fois, il ne cherchait pas à se justifier.

Il n’a pas dit que sa mère était âgée.