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« Camille, réponds-moi ! Pourquoi est-ce que le nom de ma mère apparaît sur un document concernant TA propriété ? »
À l’autre bout du téléphone, Julien respirait si fort que j’avais l’impression de l’entendre marcher.
J’étais garée devant une petite pharmacie, à quinze minutes d’Aix-en-Provence. Le soleil de juillet chauffait encore le pare-brise. Ma robe rose était tachée de crème, mes cheveux collaient à mes tempes et j’avais toujours du gâteau sous les ongles.
J’ai fermé les yeux.
« Quel document, Julien ? »
« Une procuration. Enfin… je crois. Maman dit que c’est parfaitement légal. Mais il y a ton nom, le sien, et une signature qui ressemble à la tienne. »
Mon ventre s’est contracté.
Pas une contraction douloureuse. Plutôt cette sensation glaciale qui vous traverse quand vous comprenez que quelque chose cloche depuis longtemps.
« Quelle date ? »
« Le 12 mars. »
Je me suis redressée.
Le 12 mars, j’étais à Lyon pour trois jours de formation professionnelle.
« Écoute-moi bien. Ne touche plus à rien. Prends des photos et envoie-les-moi. »
« Camille, maman dit que tu lui avais donné ton accord… »
« Julien. Est-ce que tu m’as déjà entendue dire que je voulais donner une procuration à ta mère ? »
Silence.
« Non. »
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« Alors envoie-moi ces papiers. »
Il a raccroché sans répondre.
Deux minutes plus tard, trois photographies sont arrivées.
J’ai agrandi la première.
Le document portait le titre : « Projet de procuration pour démarches relatives à un bien immobilier ».
Mon nom apparaissait comme mandante.
Françoise Delmas comme mandataire.
Et tout en bas, une signature maladroitement imitée.
La mienne.
J’ai senti mes doigts devenir engourdis.
Mais ce qui m’a le plus troublée, ce n’était pas la signature.
C’était l’adresse du bien.
La bastide de ma grand-mère.
Celle dans laquelle j’avais grandi pendant les vacances. Celle où elle me préparait des tartines de confiture d’abricots en me racontant que certaines choses ne devaient jamais être abandonnées pour faire plaisir aux autres.
Je suis restée immobile plusieurs secondes.
Puis j’ai appelé Maître Renaud, le notaire qui avait réglé sa succession.
Il m’a répondu presque immédiatement.
« Camille ? Vous allez bien ? Vous aviez l’air préoccupée tout à l’heure. »
« Maître, j’ai besoin de vous montrer quelque chose. Immédiatement. »
Je lui ai transmis les photographies.
Pendant qu’il les examinait, j’entendais les voitures passer derrière moi.
Enfin, il a parlé.
« Camille, avez-vous signé ce document ? »
« Jamais. »
« Avez-vous donné une procuration à Madame Delmas ? »
« Non. »
« Alors conservez absolument les originaux et toutes les preuves. Ce document semble être une préparation de procuration, pas un acte authentique. Je vais vérifier s’il a été utilisé dans une quelconque démarche. »
« Elle pouvait vendre ma maison avec ça ? »
« Pas simplement avec ce papier. Une vente immobilière exige des vérifications et des formalités précises. Mais si quelqu’un a imité votre signature, c’est très sérieux. »
J’ai posé une main sur mon ventre.
« Pourquoi aurait-elle fait ça ? »
Le notaire a marqué une pause.
« C’est précisément ce qu’il va falloir comprendre. »
À 19 h 06, Julien m’a rappelée.
Cette fois, j’ai entendu Françoise derrière lui.
« Dis-lui de rentrer ! Elle fait son cinéma depuis des heures ! »
J’ai serré le téléphone.
« Je ne rentre pas ce soir. »
« Camille, s’il te plaît… »
« Où est ce document maintenant ? »
« Maman l’a repris. »
Je suis restée silencieuse.
« Julien, je t’avais demandé de ne toucher à rien. »
« Elle a dit que ça lui appartenait ! »
J’ai senti les larmes monter.
« Et tu l’as laissée faire. Encore. »
Il a soupiré.
« Tu ne comprends pas, elle est bouleversée… »
Je l’ai interrompu.
« Je suis enceinte de sept mois. Ta mère m’a écrasé un gâteau sur le visage devant quarante personnes parce que notre bébé est une fille. Et maintenant, je découvre une signature imitée sur un document concernant ma maison. »
« Je sais… »
« Non, Julien. Tu ne sais pas. Parce que si tu comprenais, tu ne serais pas encore en train de chercher des excuses à ta mère. »
Il n’a pas répondu.
Je suis allée dormir chez ma meilleure amie, Élodie.
Quand elle m’a ouvert la porte, elle s’est figée.
« Camille… mon Dieu. »
Je n’avais même pas pensé à nettoyer complètement mon visage.
Elle m’a prise dans ses bras.
Et là, pour la première fois depuis la réception, j’ai pleuré.
Pas doucement.
J’ai pleuré comme quelqu’un qui avait passé quatre années à se convaincre que tout finirait par s’arranger.
Élodie m’a installée sur son canapé, m’a apporté de l’eau et une serviette humide.
« Tu sais ce qui me rend folle ? » a-t-elle murmuré.
J’ai secoué la tête.
« Je l’ai vu. »
« Quoi ? »
« Julien. Quand Françoise a pris le gâteau, il a compris ce qu’elle allait faire. Il a même avancé d’un pas. Puis il s’est arrêté. »
J’ai baissé les yeux.
« Il a toujours fait ça. »
Élodie s’est assise à côté de moi.
« Et toi, tu lui as toujours pardonné. »
Je n’ai pas répondu.
Parce qu’elle avait raison.
Le lendemain matin, dimanche 19 juillet, j’ai reçu un message de Julien.
On peut parler ? Maman est partie chez elle. Je suis seul à la bastide.
Je lui ai répondu que je viendrais récupérer quelques affaires, accompagnée d’Élodie.
Il a accepté.
Quand nous sommes arrivées, la terrasse avait été nettoyée.
Plus de gâteau écrasé.
Plus de verres renversés.
Les ballons roses flottaient encore au-dessus des tables.
Cette normalité m’a donné envie de hurler.
Julien nous attendait près de l’entrée.
Il avait les yeux rouges.
« Camille… »
Je suis passée devant lui.
« Où sont les papiers ? »