Puis il prononça la phrase que j’attendais.
« Je peux t’aider. »
Je fermai les yeux.
« Comment ? »
« Si tu me fais confiance. »
Je répondis :
« Je n’ai plus personne en qui avoir confiance. »
Il dit :
« Moi. »
Je laissai passer quelques secondes.
Puis :
« Que veux-tu ? »
Il répondit :
« Une procuration temporaire. »
Je souris.
« Pour combien de temps ? »
« Six mois. »
« Et mes actions ? »
« Elles resteraient à ton nom. »
« Tu pourrais les gérer ? »
« Seulement pour protéger l’entreprise. »
Je pris une inspiration.
« D’accord. »
Il resta silencieux.
« D’accord ? »
« Oui. »
Je l’entendis respirer.
Il croyait avoir gagné.
« Je vais préparer les documents. »
« Fais-le. »
« Clara ? »
« Oui ? »
« Tu fais le bon choix. »
Je regardai Martin, qui était assis devant moi.
Il avait compris.
Je raccrochai.
« Il va venir. »
Martin hocha la tête.
« Et il va apporter les documents. »
« Exactement. »
Le lendemain, Adrian arriva chez moi à dix-huit heures.
Il portait un costume sombre.
Dans sa main, une mallette.
Il s’assit devant moi.
« Tu as réfléchi ? »
« Oui. »
« Tu es sûre ? »
« Je n’ai pas vraiment le choix. »
Il ouvrit la mallette.
Les documents étaient prêts.
Il les posa sur la table.
Je pris le premier.
Je lus chaque ligne.
Puis je levai les yeux.
« Tu veux vraiment que je signe ça ? »
« C’est pour te protéger. »
« Bien sûr. »
Je pris un stylo.
Il sourit.
Puis je m’arrêtai.
« Adrian ? »
« Oui ? »
« Tu as pensé à quelque chose ? »
« À quoi ? »
« Au jour où tout le monde découvrira ce que tu as fait ? »
Son visage se vida de toute expression.
« Je ne sais pas de quoi tu parles. »
Je posai le stylo.
« Je sais tout. »
Il resta immobile.
« Tout quoi ? »
« Les sociétés. Les paiements. Les documents médicaux. Les actions. Les procurations. »
Il me fixa.
« Alors pourquoi veux-tu signer ? »
Je souris.
« Parce que je veux voir jusqu’où tu iras. »
Il se leva.
« Tu es folle. »
Je répondis calmement :
« Peut-être. »
Puis je poussai le document vers lui.
« Mais signe d’abord. »
Il hésita.
Et il commit son erreur.
Il signa.
PARTIE 7 — LA VÉRITÉ DANS LA SALLE DU CONSEIL
Deux jours plus tard, une nouvelle réunion du conseil fut convoquée.
Adrian arriva avec son avocat.
Il pensait avoir les preuves nécessaires.
Il pensait pouvoir expliquer que j’avais volontairement signé une procuration lui donnant le contrôle temporaire de mes actifs et de mes actions.
Il pensait pouvoir utiliser ma propre signature contre moi.
Mais cette fois, je n’étais pas seule.
Martin était là.
Julien était là.
Et derrière eux se trouvaient deux enquêteurs indépendants.
Adrian s’assit.
« Je demande que la procuration soit immédiatement reconnue. »
Le président de séance regarda le document.
« Madame ? »
Je répondis :
« Je confirme l’avoir signé. »
Adrian sourit.
Son avocat prit la parole.
« Dans ce cas, il n’y a rien à ajouter. »
Je le regardai.
« Si. »
Je posai une copie du document sur la table.
« La procuration que j’ai signée n’est pas celle que vous avez présentée. »
L’avocat fronça les sourcils.
« Pardon ? »
« J’ai signé une version précise. »
Je posai le document original.
« Voici la version que j’ai signée. »
Puis je posai la copie utilisée par Adrian.
« Et voici celle que vous avez modifiée. »
Un murmure parcourut la salle.
Adrian se leva.
« C’est faux. »
Martin prit la parole.
« Les fichiers électroniques prouvent que le document a été modifié après signature. »
Adrian regarda son avocat.
Son avocat pâlit.
« Nous n’étions pas au courant de cette modification. »
Je répondis :
« Mais Adrian l’était. »
Julien distribua les preuves.
Les historiques informatiques.
Les métadonnées.
Les courriels.
Les relevés bancaires.
Les enregistrements des transferts.
Tout.
Adrian regardait les feuilles défiler devant lui.
Puis il comprit.
Je n’avais pas simplement découvert ses plans.
Je les avais documentés.
Pendant plusieurs semaines.
Chaque mouvement.
Chaque transfert.
Chaque conversation professionnelle.
Chaque tentative de pression.
Je n’avais pas cherché à me venger.
J’avais construit un dossier.
Le président de séance demanda :
« Monsieur Adrian, avez-vous quelque chose à répondre ? »
Il se leva.
« Oui. »
Il me regarda.
« Elle savait que je voulais l’aider. »
Je ne bougeai pas.
« Elle savait que je voulais sauver l’entreprise. »
Personne ne répondit.
« J’ai investi mon temps dans ce groupe. J’ai sacrifié ma vie pour elle. »
Je le regardai.
« Tu as sacrifié ta vie pour moi ? »
Il ne répondit pas.
« Ou tu as passé quinze ans à attendre le moment où tu pourrais prendre ce que je possédais ? »
Il détourna les yeux.
Je poursuivis :
« Tu savais que je t’aimais. »
Il resta silencieux.
« Tu savais que je te faisais confiance. »
Silence.
« Et tu as utilisé cette confiance comme une clé. »
Il baissa la tête.
Pour la première fois depuis le début…
il n’avait plus rien à dire.
PARTIE 8 — L’ULTIME RÉVÉLATION
Je pensais que tout était terminé.
Mais Martin me demanda de rester après la réunion.
Lorsque tout le monde fut parti, il ferma la porte.
« Il reste quelque chose. »
Je le regardai.
« Quoi ? »
Il posa un dossier devant moi.
« Ce dossier était dans les archives de ton père. »
Je l’ouvris.
Il contenait des informations sur Adrian.
Pas seulement sur les dernières années.
Sur bien plus longtemps.
Je tournai une page.
Puis une autre.