« La vérité. »

« Sur Adrian ? »

« Sur toi. »

Je fronçai les sourcils.

« Sur moi ? »

Martin hocha la tête.

« Ton père savait que tu deviendrais un jour la dirigeante du groupe. Mais il savait aussi que tu pourrais être vulnérable à une personne qui prétendrait t’aimer. »

Je regardai l’enveloppe.

« Il pensait que je choisirais mal mon mari ? »

« Il ne savait pas qui tu choisirais. »

« Alors pourquoi préparer tout ça ? »

Martin soupira.

« Parce qu’il avait lui-même fait cette erreur. »

Je relevai la tête.

« De quoi parlez-vous ? »

« Ton père avait fait confiance à quelqu’un qui avait essayé de lui prendre une partie de l’entreprise. »

« Qui ? »

« Son associé de l’époque. »

Je ne connaissais pas cette histoire.

Martin poursuivit :

« Ton père a gagné. Mais il a compris quelque chose. »

« Quoi ? »

« Une entreprise familiale ne meurt pas toujours à cause d’un concurrent. »

Il me regarda.

« Elle peut mourir à cause de la personne qui connaît le mieux ses faiblesses. »

Il poussa l’enveloppe vers moi.

Je l’ouvris.

À l’intérieur se trouvait une lettre.

Je reconnus immédiatement l’écriture de mon père.

Je lus.

« Ma fille,

Si tu lis cette lettre, c’est probablement que quelqu’un a essayé de prendre ce que tu as construit.

Je voudrais pouvoir te dire que cela n’arrivera jamais.

Mais je sais que ce serait un mensonge.

Les entreprises attirent les ambitieux.

L’argent attire les opportunistes.

Et parfois, l’amour attire les deux.

Je ne te demande pas de devenir méfiante.

Je te demande simplement de ne jamais confondre confiance et absence de protection.

J’ai laissé dans les statuts une clause que presque personne ne connaît.

Elle protège l’actionnaire familial majoritaire contre toute prise de contrôle organisée par une personne liée personnellement à cet actionnaire.

Si quelqu’un tente de prendre le groupe en utilisant une relation personnelle, cette clause peut suspendre certaines opérations pendant une période déterminée.

Mais elle ne pourra être activée que si tu prouves que la tentative de contrôle a été organisée.

Ne cherche pas seulement à protéger tes actions.

Protège la vérité.

Parce qu’une fois que la vérité sera connue, personne ne pourra facilement te reprendre ce qui t’appartient.

Papa. »

Je relus la lettre.

Puis je regardai Martin.

« La clause existe toujours ? »

« Oui. »

« Pourquoi ne m’en avoir jamais parlé ? »

« Parce que ton père voulait que tu apprennes à diriger sans dépendre de ses protections. »

Je souris tristement.

« Il avait une drôle de manière de m’apprendre. »

Martin sourit à son tour.

« Il était convaincu que tu deviendrais meilleure que lui. »

Je baissai les yeux.

Pendant quelques secondes, je ne pensai plus à Adrian.

Je pensai simplement à mon père.

À son bureau.

À ses mains.

À sa voix.

À toutes les fois où il m’avait dit :

« Ne signe jamais quelque chose que tu ne comprends pas. »

À l’époque, je croyais qu’il parlait des affaires.

Maintenant, je comprenais.

Il parlait aussi des gens.

PARTIE 6 — LE DEUXIÈME PLAN D’ADRIAN

Je pensais qu’après la suspension d’Adrian, nous avions repris le contrôle.

Je me trompais.

Trois jours plus tard, une banque m’appela.

Le directeur me demanda une réunion urgente.

Je m’y rendis accompagnée de Martin.

Le directeur posa un dossier sur la table.

« Madame, nous avons reçu une demande concernant plusieurs garanties liées à vos actifs personnels. »

« Quelle demande ? »

Il me tendit les documents.

Je lus.

Puis je sentis mon estomac se nouer.

Adrian avait utilisé certains documents signés des années auparavant pour faire croire qu’il disposait d’une autorisation sur une partie de mes actifs.

« C’est impossible. »

Le directeur répondit :

« Nous avons reçu des documents signés. »

« Ces signatures sont anciennes. »

« Oui. »

Martin prit les documents.

Il les examina.

Puis il dit :

« Ces procurations ont été modifiées. »

Je le regardai.

« Comment ? »

« La signature semble authentique. Mais certaines pages ont été remplacées. »

Je compris.

Adrian avait gardé des copies de documents anciens.

Il avait fabriqué une structure suffisamment crédible pour donner l’impression qu’il disposait de certains pouvoirs.

Mais il y avait encore quelque chose.

« Pourquoi maintenant ? »

Le directeur de la banque répondit :

« Parce que quelqu’un a demandé l’exécution de certaines garanties hier soir. »

Je me tournai vers Martin.

Il comprit.

« Il veut provoquer un gel de tes actifs personnels. »

« Pour que je ne puisse plus financer le groupe. »

« Oui. »

Je me levai.

« Il veut m’épuiser financièrement. »

Martin hocha la tête.

« Et pendant que tu te bats contre les banques, il peut revenir devant le conseil en disant que tu n’es plus capable de diriger. »

Tout était lié.

Ce n’était pas une attaque.

C’était une guerre d’usure.

Adrian voulait que je sois tellement épuisée que je finisse par accepter une solution qu’il me proposerait lui-même.

Je demandai :

« Où est-il ? »

Martin me regarda.

« Pourquoi ? »

« Je veux lui parler. »

« Ce n’est pas une bonne idée. »

« Je ne vais pas le confronter. »

Je pris mon téléphone.

« Je vais lui donner exactement ce qu’il veut. »

Martin fronça les sourcils.

« Quoi ? »

Je souris.

« L’impression que je suis à bout. »

Ce soir-là, j’appelai Adrian.

Il répondit après la deuxième sonnerie.

« Clara ? »

Sa voix semblait surprise.

« Il faut qu’on parle. »

« Bien sûr. »

« Je suis épuisée. »

Silence.

« Qu’est-ce qui se passe ? »

« Les banques me mettent la pression. Le conseil est contre moi. Les avocats me demandent des documents. »

Je laissai ma voix trembler.

« Je ne sais plus quoi faire. »

Il resta silencieux quelques secondes.