La première chose que nous fîmes, Thomas et moi, fut de descendre dans le bureau.

Ensemble, nous avons soulevé mon fauteuil bleu. Ce vieux fauteuil au tissu un peu râpé sur les accoudoirs, où la mousse portait l’empreinte fidèle du corps de mon défunt mari. Nous l’avons remonté lentement, marche après marche, en nous arrêtant pour reprendre notre souffle, jusqu’au grand salon.

Nous l’avons reposé exactement là où il avait toujours sa place : devant la grande baie vitrée qui donnait sur le vieux chêne et les massifs d’hortensias.

Je me suis approchée du réfrigérateur. Il n’y avait plus de plannings. Plus d’interdictions. Plus de zones réservées.

J’ai ouvert le placard, sorti la boîte de thé noir Earl Grey que Vanessa avait reléguée au fond du cellier parce qu’elle « n’aimait pas l’odeur de la bergamote », et j’ai fait siffler la bouilloire en cuivre sur la flamme vive de ma cuisinière. Ma cuisinière que je n’avais jamais oubliée d’éteindre de toute ma vie.

Thomas s’assit sur le tabouret près du comptoir et me regarda avec un sourire bienveillant.

« Qu’est-ce que tu vas faire maintenant, Margaret ? »

Je versai l’eau bouillante dans ma théière en faïence. Les volutes de vapeur parfumée montèrent vers le plafond blanc, dans cette cuisine où chaque éraflure sur les plinthes racontait une histoire de persévérance, d’amour véritable et de victoires silencieuses contre les misères du monde.

« Ce que je vais faire ? » répondis-je en prenant ma tasse entre mes deux mains ridées mais fermes.

Je me suis dirigée vers le salon, me suis assise dans le velours familier de mon fauteuil bleu, et j’ai étendu mes jambes fatiguées vers la lumière dorée de la fin du jour.

« Je vais boire mon thé chez moi, Thomas. Exactement à l’heure qui me plaît. Et personne, jamais plus, ne viendra me dire comment je dois vivre dans la maison que Frank m’a laissée. »