Il regarda son frère.

— Maintenant, il faut apprendre à vivre.
ÉPILOGUE — LE COFFRE N’ÉTAIT PAS VIDE
Un an plus tard, Marc retourna seul au lac.

Il ne savait pas exactement pourquoi.

Peut-être voulait-il simplement voir l’endroit où toute la vérité avait commencé.

Le lac était calme.

Il n’y avait pas de brouillard.

Il s’assit sur la vieille barque.

Le même endroit.

Le même silence.

Mais cette fois, il n’avait pas peur.

Il regarda l’eau.

Puis il remarqua quelque chose accroché aux roseaux.

Un petit morceau de cuir.

Il le tira.

C’était une partie du vieux coffre.

Il sourit.

Puis il remarqua quelque chose d’étrange.

À l’intérieur du morceau de cuir se trouvait une petite enveloppe.

Il la retira.

Sur l’enveloppe, un seul mot :

MARC.

Son cœur s’accéléra.

Il ouvrit.

À l’intérieur se trouvait une photo.

Mais ce n’était pas une photo de ses parents.

Ni de lui et de Julien.

C’était une photographie de trois hommes.

Son père.

Victor.

Et un troisième homme.

Marc connaissait ce visage.

Il l’avait vu dans les journaux.

C’était un ancien haut fonctionnaire mort cinq ans auparavant.

Au dos de la photographie, quelques mots étaient écrits :

« Victor n’était pas le dernier. »

Marc resta immobile.

Puis son téléphone sonna.

C’était Julien.

— Tu es où ?

Marc regarda le lac.

— Au bord de l’eau.

— Pourquoi ?

Marc ne répondit pas immédiatement.

Il regardait toujours la photographie.

— Julien…

— Oui ?

— Tu te souviens de ce que papa avait dit ?

— Quelle phrase ?

Marc retourna la photo.

— « Si l’un tombe, l’autre doit continuer. »

Silence.

Puis Julien demanda :

— Qu’est-ce que tu as trouvé ?

Marc regarda l’horizon.

— Quelque chose qui aurait dû rester au fond du lac.

Un long silence.

Puis Julien répondit :

— Ne touche à rien.

Marc sourit.

— Cette fois, je ne vais pas ouvrir de coffre.

— Promis ?

— Promis.

Il raccrocha.

Le vent se leva doucement.

Le lac recommença à bouger.

Marc regarda une dernière fois la photographie.

Puis il la rangea dans sa poche.

Il aurait pu retourner chez lui.

Oublier.

Faire comme si rien n’avait été trouvé.

Après vingt ans de peur, il aurait été facile de choisir une vie tranquille.

Mais il savait désormais quelque chose que son père avait compris trop tard.

Les secrets ne disparaissent jamais vraiment.

Ils attendent.

Ils restent cachés sous les maisons.

Dans les vieux documents.

Dans les souvenirs.

Dans les photographies.

Parfois même au fond d’un lac.

Et lorsqu’ils remontent à la surface, ils ne demandent pas la permission.

Ils réclament seulement d’être entendus.

Marc se leva.

Au loin, son frère apparaissait sur la route.

Julien venait vers lui.

Pour la première fois, ils n’étaient plus deux hommes séparés par vingt ans de mensonges.

Ils étaient simplement deux frères.

Deux survivants.

Et peut-être, enfin, deux hommes libres.

Marc regarda son frère approcher.

Puis il sourit.

Parce qu’il savait que cette fois, quoi qu’ils découvrent ensuite, ils l’affronteraient ensemble.

Et derrière eux, dans les eaux sombres du lac, le vieux coffre venait de disparaître définitivement sous la surface.