Mon voisin sentit son cœur accélérer.
— Comment ?
Julien attrapa son bras.
— Ne parle pas.
Ils entendirent des pas.
Un.
Deux.
Trois.
Dans le couloir.
Puis une voix.
— Julien.
Julien pâlit.
La voix reprit :
— Tu aurais dû rester mort.
Mon voisin regarda son frère.
— Qui est-ce ?
Julien murmura :
— L’homme qui a tué notre père.
Une silhouette apparut au bout du couloir.
Un homme âgé.
Élégant.
Costume sombre.
Canne noire.
Et dans sa main droite, une vieille photographie.
Il sourit.
— Vous avez enfin réussi à vous retrouver.
PARTIE 6 — LE VÉRITABLE ENNEMI
L’homme s’appelait Victor Delmas.
Il avait travaillé avec leur père.
Pendant vingt ans, il avait construit une entreprise prospère.
Il avait donné de l’argent à des associations.
Il avait financé des hôpitaux.
Il apparaissait parfois dans les journaux.
Un homme respectable.
Personne n’aurait imaginé ce qu’il avait fait.
— Tu as beaucoup vieilli, Julien.
— Toi aussi.
Victor sourit.
— Mais toi, tu n’aurais jamais dû survivre.
Mon voisin se plaça devant son frère.
— Pourquoi l’avoir fait disparaître ?
Victor regarda les deux hommes.
— Parce qu’il savait trop de choses.
— Et notre père ?
Le sourire disparut.
— Votre père était faible.
— Il a essayé de vous dénoncer.
— Oui.
— Vous l’avez tué ?
Victor resta silencieux.
Puis il répondit :
— Je ne l’ai pas tué.
Mon voisin fronça les sourcils.
— Alors qui ?
— Votre mère.
Cette phrase fut suivie d’un silence absolu.
— Quoi ?
Victor posa la photographie sur la table.
— Votre père était mourant. Il savait qu’il ne lui restait que quelques jours. Il a demandé à votre mère de protéger la famille.
— Elle savait ?
— Elle savait tout.
Mon voisin sentit son cœur se serrer.
Il se souvenait de sa mère.
De ses silences.
De ses crises de larmes.
De ses nuits passées à regarder par la fenêtre.
Pendant vingt ans, il avait pensé qu’elle pleurait son mari.
Mais peut-être qu’elle pleurait autre chose.
— Elle est morte il y a trois ans, murmura-t-il.
— Je sais.
— Alors pourquoi nous dire ça maintenant ?
Victor sourit.
— Parce qu’elle m’a laissé quelque chose.
Il sortit une clé.
Une petite clé en métal.
— Votre père avait caché les preuves dans le lac.
Julien se redressa.
— Comment sais-tu ça ?
— Parce que je l’ai découvert.
— Alors pourquoi ne les as-tu jamais trouvées ?
Victor regarda son frère.
— Parce que je ne savais pas où.
Mon voisin comprit.
— Tu as besoin de nous.
— Exactement.
Victor s’approcha.
— Votre père avait conçu son système de sécurité de façon très particulière. La boîte ne peut être ouverte qu’avec deux clés.
— Où est la seconde ?
Victor sourit.
— Avec toi.
Mon voisin sentit sa poche.
La clé de sa maison.
La vieille clé que sa mère lui avait donnée quelques jours avant sa mort.
Il ne l’avait jamais comprise.
Il la sortit lentement.
Victor acquiesça.
— Elle.
Julien murmura :
— Maman savait.
— Elle savait tout.
PARTIE 7 — LE LAC
Ils retournèrent au lac à la tombée de la nuit.
Cette fois, il n’y avait pas de brouillard.
La surface était parfaitement calme.
Victor avait amené deux hommes.
Julien portait encore les traces de ses blessures.
Mon voisin tenait la clé.
— Où est la boîte ? demanda Victor.
Julien désigna une zone près de l’ancien pont.
— Là.
Un plongeur descendit.
Quelques minutes plus tard, il remonta avec une chaîne rouillée.
Au bout de la chaîne se trouvait une petite caisse métallique.
Victor sourit.
— Enfin.
La caisse fut déposée sur la rive.
Elle semblait insignifiante.
Victor tendit la main.
— La clé.
Mon voisin ne bougea pas.
— D’abord, tu me dis ce qu’il y a dedans.
Victor soupira.
— Des documents.
— Quels documents ?
— Des comptes. Des noms. Des preuves.
— Et après ?
— Après, vous serez libres.
Julien éclata de rire.
— Non.
Victor se retourna.
— Quoi ?
— Tu ne nous laisseras jamais partir.
Le visage de Victor changea.
Il sortit une arme.
— Tu me connais bien.
Mon voisin recula.
— Alors pourquoi nous avoir amenés ici ?
Victor répondit :
— Parce que votre père avait prévu une dernière sécurité.
Julien pâlit.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
— La boîte contient les preuves. Mais elle contient aussi un enregistrement.
Victor regarda Julien.
— Un enregistrement de ton père.
Il y eut un long silence.
— Il savait qu’un jour quelqu’un retrouverait la boîte, poursuivit Victor. Il a donc enregistré une vidéo.
— Pourquoi ?
— Pour expliquer la vérité.
Victor se pencha.
— Et il a dit quelque chose que je n’avais pas prévu.
— Quoi ?
— Il a donné le nom de l’homme qui l’a trahi.
Julien murmura :
— Qui ?
Victor regarda la caisse.
— Toi.
Julien resta figé.
Mon voisin se tourna vers son frère.
— C’est faux.
Victor sourit.
— Alors ouvrez.
Mon voisin inséra la clé.
La serrure céda.
Le couvercle s’ouvrit.
À l’intérieur se trouvaient plusieurs dossiers.
Des photographies.
Des relevés bancaires.
Des enregistrements.
Et une petite caméra ancienne.
Victor s’en empara.
— Donnez-moi ça.
Mais Julien fut plus rapide.
Il attrapa la caméra.
Victor leva son arme.
— Pose-la.
Julien regarda son frère.
— Tu veux vraiment savoir ?
Mon voisin acquiesça.
Julien appuya sur le bouton.
L’image apparut sur le petit écran.
Leur père était assis dans une chambre d’hôpital.
Son visage était très pâle.
Mais sa voix était claire.
— Si vous regardez cet enregistrement, cela signifie que je suis mort.
Mon voisin sentit les larmes couler.
La voix continua.
— Mes fils, je vous demande pardon.
Julien ferma les yeux.
— Je vous ai menti pour vous protéger.
Leur père inspira difficilement.
— Mais il y a une chose que vous devez savoir.
L’image trembla.
Puis leur père prononça quatre mots.