« Tu le savais depuis le début », ai-je dit.
Il a hoché lentement la tête.
« Oui. »
Ce simple mot m’a fait plus mal que toutes les insultes de Linda.
Je me suis rassise.
« Depuis combien de temps ? »
Il a regardé ses mains.
« Depuis notre mariage. »
« Non, Daniel. Je te demande depuis combien de temps tu prétends auprès de ta famille que cette maison t’appartient. »
Il n’a pas répondu immédiatement.
Puis il a murmuré :
« Depuis quatre ans. »
J’ai senti mes doigts devenir froids.
Quatre années.
Quatre années de repas de famille pendant lesquels Linda racontait fièrement que son fils avait construit sa réussite à partir de rien.
Quatre années pendant lesquelles elle critiquait mes choix de décoration, exigeait des modifications dans la maison et donnait des ordres aux jardiniers comme si elle était chez elle.
Quatre années pendant lesquelles Daniel la laissait faire.
Et tout cela reposait sur un mensonge qu’il aurait pu corriger en une seule phrase.
« Pourquoi ? »
Il a relevé la tête.
« Parce que maman n’aurait jamais accepté que je vive dans une maison appartenant à ma femme. »
Je l’ai fixé.
« Et toi, tu as préféré lui mentir plutôt que d’assumer la vérité ? »
« Je voulais éviter les conflits. »
J’ai laissé échapper un rire bref, sans joie.
« C’est toujours la même excuse, n’est-ce pas ? Éviter les conflits. Éviter de contrarier ta mère. Éviter de lui dire non. Et pendant ce temps, c’est toujours moi qui dois payer le prix de ton silence. »
Daniel s’est penché vers moi.
« Emma, je t’en prie. On peut régler ça. »
« Qu’est-ce qu’on peut régler exactement ? Le fait que tu aies menti pendant quatre ans ? Ou le fait que tu aies laissé ta mère jeter un gâteau sur le visage de ta femme enceinte ? »
Il a fermé les yeux.
« J’aurais dû intervenir. »
« Oui. »
« J’ai eu tort. »
« Oui. »
« Je suis désolé. »
Je l’ai regardé longtemps.
« Le problème, Daniel, c’est que tu es désolé maintenant que tu as peur de perdre quelque chose. Pas lorsque j’étais debout devant quarante personnes avec du gâteau dans les cheveux. »
Il n’a rien répondu.
Puis son téléphone a vibré.
Le nom de Linda est apparu sur l’écran.
Daniel l’a retourné immédiatement.
Mais j’avais déjà vu.
« Réponds », ai-je dit.
« Emma, ce n’est pas le moment. »
« Réponds. Je veux entendre ce qu’elle a à dire. »
Il a hésité avant de décrocher.
« Maman ? »
La voix de Linda était suffisamment forte pour que je puisse entendre chaque mot.
« Alors ? Tu as réglé le problème avec ta femme ? »
Daniel a regardé dans ma direction.
« On parle. »
« Il n’y a rien à discuter ! Elle doit présenter des excuses. Elle m’a humiliée devant toute la famille en me menaçant avec cette histoire de maison. »
Je n’ai pas pu m’empêcher de sourire.
Elle se considérait encore comme la victime.
Linda a poursuivi :
« Et je veux que tu me donnes le code de l’alarme. Je dois retourner demain récupérer mes affaires. Je ne vais certainement pas laisser cette femme me traiter comme une étrangère dans la maison de mon propre fils. »
Daniel a blêmi.
« Maman, ce n’est pas le moment. »
« Ne commence pas ! Tu as assez fait pour elle. Cette maison, cette propriété, tout ce que tu as construit… Tu ne vas pas me laisser perdre ma place à cause d’une petite dispute. »
J’ai tendu la main.
« Donne-moi le téléphone. »
Daniel m’a regardée avec inquiétude.
Puis il me l’a tendu.
« Linda ? »
Un silence.
« Emma ? »
« Bonsoir. »
Sa voix est devenue immédiatement agressive.
« Je n’ai rien à te dire. Passe-moi mon fils. »
« Ton fils est juste à côté de moi. Mais puisque tu souhaites retourner à Hawthorne demain, je vais te faire gagner du temps. Tu n’as jamais été propriétaire de cette maison. Tu n’y as jamais eu de droits de propriété. Et tu n’as aucune autorisation pour y entrer lorsque je ne t’y invite pas. »
Elle a éclaté de rire.
« Tu crois vraiment que je vais me laisser impressionner par tes menaces ? »
« Ce ne sont pas des menaces. Ce sont des faits. »
« Daniel a construit cette maison ! »
J’ai regardé mon mari.
Il fixait le sol.
« Alors demande-lui de te montrer un seul document prouvant ce que tu racontes. »
Linda s’est tue.
J’ai continué :
« Et si tu as besoin de retrouver la mémoire, je peux t’envoyer une copie de l’acte de propriété. »
« Tu mens ! »
« Tu peux vérifier auprès du notaire. »
Elle a raccroché.
Daniel a récupéré son téléphone sans rien dire.
Je me suis levée.
« Il y a autre chose que tu dois me dire. »
Il a immédiatement compris.
« Quoi ? »
« Les rénovations. »
Son visage s’est tendu.
« Quelles rénovations ? »
« Tu as dit à ta mère que tu avais financé les travaux. Or, je sais exactement d’où venait l’argent. Alors, explique-moi pourquoi tu t’es attribué le mérite de quelque chose que tu n’as pas payé. »
Il a ouvert la bouche.
Mais avant qu’il puisse répondre, quelqu’un a frappé à la porte d’entrée.
Trois coups.
Puis deux autres.
Daniel a regardé l’horloge.
Il était presque vingt-deux heures.
Je me suis dirigée vers le couloir.
Derrière la porte se trouvait Margaret, l’ancienne amie de ma grand-mère.
Elle avait quatre-vingts ans, des cheveux blancs soigneusement coiffés et une mémoire remarquable pour les détails que les autres préféraient oublier.
Elle avait assisté à la baby shower.
Et elle avait été présente lors de plusieurs réunions concernant la succession d’Evelyn.
« Emma, ma chérie, puis-je entrer ? »