Théo était là, tablier blanc noué à la taille, les manches retroussées, inspectant les fournées avec ses jeunes apprentis issus de foyers d’accueil.

Sur le buffet de l’entrée principale, bien en vue de tous, trônait une magnifique citrouille en bronze sculpté, portant une tige curieusement courbée et une marque pâle sur le côté. Une plaque de laiton discrète y était apposée. Elle ne mentionnait ni millions d’euros ni clauses testamentaires. On pouvait simplement y lire ces quelques mots :

« Ce que tu donnes avec le cœur ne t’appauvrit jamais. Ce que tu gardes pour toi seul t’a déjà rendu misérable. Prenez ce dont vous avez besoin, et apprenez à votre tour à donner. »

Théo passa la main sur le métal poli de la sculpture, puis retourna vers son pétrin. La pâte levait doucement sous ses paumes calleuses. Dehors, la pluie fine commençait à tomber, mais à l’intérieur, la chaleur du fourneau chassait l’hiver, propageant dans toute la rue une odeur de pain chaud, de promesse tenue et d’éternité.