« Le document que Lily m’a tendu… ce n’était pas seulement une demande d’interdiction de contact. Au milieu des attendus légaux rédigés par les avocats de ton père, il y avait la mention de l’audit successoral de la société-mère fondatrice. La fortune ne vient pas de Richard, Natalie. Elle n’a jamais appartenu à Richard. Les trois quarts des parts du groupe Mercer étaient placés dans un trust irrévocable créé par ta mère avant sa mort. Ce trust stipulait que le jour où tu donnerais naissance à ton deuxième enfant vivant, la totalité du contrôle des capitaux et des droits de vote te revenait de plein droit. »

Natalie laissa échapper une larme qui coula le long de sa tempe pour se perdre dans ses cheveux trempés de sueur.

« Richard et Vanessa savaient que s’ils te laissaient accoucher normalement, ils étaient ruinés », continua Ethan, le cœur broyé par la noirceur de cette vérité. « Richard a détourné près de quarante millions d’euros ces cinq dernières années dans des placements spéculatifs désastreux en Asie. Si tu prenais le contrôle du trust le mois prochain, ses fraudes allaient éclater au grand jour. Il risquait la prison ferme et la faillite totale. Le seul moyen pour lui de conserver le contrôle légal des fonds était de prouver que tu étais mentalement incapable et d’obtenir la tutelle légale de tes enfants. Vanessa était sa complice parce qu’il lui avait promis la présidence opérationnelle de la holding. »

« Vanessa… ma propre sœur… » sanglota Natalie, ses forces l’abandonnant un peu plus à chaque battement de cœur.

« Elle t’empoisonnait à petites doses avec de la bêta-bloquante pour simuler une prééclampsie sévère », dit Ethan, les mâchoires serrées jusqu’à en faire craquer ses dents. « Mais Lily les a entendus ce soir. Lily a trouvé le dossier dans le bureau de ton père pendant que tout le monde était dans la salle de bal. Ton père a compris que Lily avait le papier, il a paniqué, et c’est là qu’il a envoyé ce texto à Vanessa. »

Du fond de l’habitacle, la petite voix chevrotante de Lily s’éleva :

« Papy a dit à la méchante dame au téléphone que maman allait s’endormir pour très longtemps… et qu’après, ce serait Vanessa ma nouvelle maman. J’ai eu peur, papa. J’ai pris le papier sur son bureau et j’ai couru vers maman. »

Ethan sentit une brûlure lui monter aux yeux, mais il ne versa pas une seule larme. Ce n’était pas le moment de pleurer. C’était le moment de frapper, de survivre et d’anéantir ceux qui avaient osé s’en prendre à sa famille.

Soudain, deux faisceaux lumineux aveuglants jaillirent dans le rétroviseur.

Un puissant SUV noir, blindé, venait de surgir à pleine vitesse derrière eux sur l’autoroute périphérique. Il n’avait pas de plaques d’immatriculation avant.

Le véhicule accéléra avec une puissance terrifiante, réduisant la distance en quelques secondes.

« Accrochez-vous ! » hurla Ethan.

Le SUV percuta l’arrière de la berline avec une violence inouïe. Le choc projeta la tête d’Ethan en arrière contre le repose-tête. La berline tressaillit sur ses suspensions, les pneus crissant sur le bitume alors qu’Ethan luttait férocement pour maintenir la trajectoire en ligne droite.

À côté de lui, le SUV se porta à sa hauteur. À travers les vitres teintées du véhicule assaillant, Ethan distingua le visage de Marcus, le garde du corps blessé, qui conduisait avec une attelle improvisée, le regard fou, tandis qu’un autre passager abaissait la vitre latérale avec une barre de fer pour briser la vitre du conducteur.

Ils ne cherchaient plus à dissimuler leur forfait. Richard Mercer avait donné l’ordre d’en finir sur la route. Un accident tragique sur la voie rapide : un mari déséquilibré qui prend la fuite avec sa femme malade et provoque un crash mortel. Tout serait maquillé par ses relais médiatiques dès l’aube.

Ethan jeta un coup d’œil au panneau d’affichage lumineux au-dessus de l’autoroute : Sortie 14 – Hôpital Militaire Bégin – 800 mètres.

La bretelle de sortie était une courbe serrée, bordée de blocs de béton armé.

Ethan fit semblant de paniquer. Il donna un coup de volant hésitant vers la gauche, comme s’il cherchait à s’échapper vers la voie rapide centrale. Le SUV tomba dans le piège : le conducteur accéléra violemment pour lui couper la route par la gauche et le projeter contre la glissière centrale.

C’était exactement ce qu’Ethan attendait.

Au moment où le capot du lourd SUV dépassait le sien, Ethan écrasa la pédale de frein de toutes ses forces.

Le système ABS de la berline se déclencha dans des pulsations frénétiques. La berline ralentit brutalement de quatre-vingts kilomètres à l’heure en une fraction de seconde. Emporté par son élan colossal et son inertie, le lourd SUV noir dépassa la voiture d’Ethan sans pouvoir freiner à temps. Marcus tenta un coup de volant désespéré pour rattraper la bretelle de sortie, mais la vitesse était trop élevée.

Le SUV percuta l’angle en biseau du muret de béton séparant l’autoroute de la bretelle.

Le fracas du métal broyé déchira la nuit. Le véhicule noir décolla littéralement du sol, fit deux tonneaux aériens spectaculaires au milieu d’une gerbe d’étincelles aveuglante, avant de s’écraser sur le toit dans un vacarme de fin du monde et de glisser sur cinquante mètres dans un nuage de fumée noire et d’huile brûlante.

Ethan ne ralentit même pas pour regarder le brasier. Il braqua fermement sur la bretelle de sortie, descendant vers les feux de circulation déserts du boulevard militaire.

Trois cents mètres plus loin, les imposantes grilles en fer forgé du poste de garde de l’Hôpital Militaire Bégin se dressaient dans la nuit.

Deux barrières automatiques étaient déjà levées. Quatre soldats du régiment médical, en treillis de combat et gilets pare-balles, armés de fusils d’assaut, étaient positionnés de chaque côté de la guérite. Un officier en tenue blanche de chirurgien se tenait au milieu de la chaussée, agitant une lampe torche rouge.

C’était Julien.