La fillette plongea sa petite main dans la poche de son père, saisit la télécommande électronique et appuya sur le bouton de déverrouillage tout en courant à perdre haleine. Les feux de la berline clignotèrent deux fois dans l’obscurité.

« Arrêtez-les ! » hurla la voix de Dave, qui venait d’apparaître sur le quai de chargement en boitant lourdement, le visage ensanglanté.

Les deux faux ambulanciers de Sainte-Hélène s’élancèrent. Le premier tenta de barrer la route à Lily.

Une rage primitive, animale, décupla les forces d’Ethan. Arrivé à sa hauteur, il ne chercha pas à esquiver. Il projeta tout le poids de son épaule droite contre le sternum de l’homme. Le choc fut si brutal que l’individu fut projeté en arrière contre le flanc métallique d’un conteneur à déchets, retombant au sol, le souffle complètement coupé.

Ethan glissa Natalie sur la banquette arrière de sa berline.

« Lily, rentre ! Baisse-toi par terre, sous la banquette ! Reste couchée quoi qu’il arrive ! »

L’enfant obéit sans un mot, se recroquevillant dans l’espace exigu entre les sièges avant et arrière, les mains sur les oreilles.

Ethan s’installa au volant, verrouilla immédiatement les portières centrales et enclencha le bouton de démarrage. Le puissant moteur V6 rugit dans un vrombissement libérateur.

Au moment où il passait la marche arrière, le deuxième homme en blouse blanche dégaina son arme et pointa le canon directement vers le pare-brise.

Ethan ne ralentit pas. Il enfonça la pédale d’accélérateur à fond. La berline bondit en arrière dans un crissement de pneus strident, heurtant latéralement une barrière de sécurité avant qu’Ethan ne braque les roues d’un coup sec. Le tireur dut sauter sur le côté pour ne pas être fauché par la carrosserie. Deux détonations sèches retentirent dans la nuit. Une balle traversa la vitre latérale arrière droite, faisant voler le verre sécurit en une pluie de diamants miniatures, tandis que la seconde ricoucha sur le capot avant.

Ethan passa en première, écrasa de nouveau l’accélérateur et fit rugir les pneus. La voiture bondit en avant, défonça la barrière automatique en bois du parking et s’engagea à tombeau ouvert sur l’avenue bordée de platanes qui descendait vers la ville.

Dans le rétroviseur, il vit Richard Mercer sur les marches du quai. Le patriarche tenait son téléphone portable collé à son oreille, son visage illuminé par les néons blafards du quai, livide d’une rage meurtrière.

À l’arrière, Natalie laissa échapper un gémissement déchirable.

« Ethan… j’ai l’impression… qu’on m’arrache le ventre… les contractions… elles sont toutes les minutes… »

Ethan regarda sa femme dans le miroir central. Natalie était blême, ses lèvres prenaient une teinte bleutée inquiétante et le tissu clair de sa robe de soirée commençait à se teinter d’une tâche sombre et liquide au niveau du bassin.

Elle faisait une hémorragie interne. La chute dans la salle de bal avait provoqué un décollement placentaire prématuré. Sans une intervention chirurgicale lourde dans les quarante minutes, elle et l’enfant allaient mourir asphyxiés par leur propre sang.

Ethan comprit qu’il ne pouvait pas aller à l’hôpital central de Saint-Jude. Richard Mercer était le président honoraire du conseil d’administration de ce complexe hospitalier ; la moitié des chefs de service lui devaient leur nomination. S’il y débarquait, les gardes privés de son beau-père ou des policiers complices l’attendraient aux urgences sous le prétexte de l’ordonnance d’éloignement que Richard avait déjà signée.

Il devait trouver un terrain neutre. Un lieu où l’argent et les relations politiques de Richard Mercer n’avaient aucune prise.

Il saisit son propre téléphone posé sur le tableau de bord et activa la commande vocale.

« Appeler le docteur Julien Vance. Urgence absolue. »

Julien Vance était un ancien camarade d’école d’ingénieurs devenu chirurgien obstétricien en chef à l’Hôpital Militaire d’Instruction Bégin, situé à la lisière sud de la métropole. Une enceinte militaire fermée, sous juridiction fédérale exclusive, totalement hermétique aux magistrats corrompus de la juridiction locale et aux barons de l’industrie comme Richard Mercer.

La tonalité retentit une fois. Deux fois.

« Ethan ? Il est presque vingt-trois heures, qu’est-ce qui… »

« Julien, écoute-moi très attentivement et ne m’interromps pas », dit Ethan, la voix tendue comme un câble d’acier. « Richard Mercer tente d’éliminer Natalie et de s’approprier nos enfants. Il lui a fait administrer des substances à petites doses depuis des semaines. Natalie vient de faire une chute lourde. Elle est à huit mois de terme, elle a un décollement du placenta, elle fait une hémorragie massive. Elle perd connaissance. Je suis à quinze minutes de l’hôpital militaire. Tu dois m’ouvrir les grilles du poste de garde sud et préparer un bloc opératoire d’urgence. Immédiatement. »

Un silence d’une seconde s’abattit à l’autre bout du fil. Puis la voix de Julien changea, abandonnant toute nonchalance pour adopter le ton sec et méthodique des chirurgiens d’urgence habitués aux polytraumatisés de guerre.

« J’appelle le poste de sécurité pour faire lever les barrières à ton immatriculation. J’alerte l’équipe de réanimation néonatale et je fais monter deux culots de O négatif au bloc trois. Ne t’arrête à aucun feu rouge, Ethan. Fonce. »

La communication coupa.

Dans la berline, la respiration de Natalie se faisait de plus en plus faible, semblable à un râle rauque.

« Ethan… » souffla-t-elle, cherchant sa main par-dessus le dossier du siège. « Pourquoi… pourquoi papa ferait ça ? Qu’est-ce que j’ai fait ? »

Ethan lui saisit fermement les doigts de sa main droite, maintenant le volant de la main gauche tout en slalomançant entre les quelques véhicules qui circulaient sur la voie rapide.

« Tu n’as rien fait, Natalie. Écoute-moi bien. C’est pour le testament de ta mère. »

Les yeux embrumés de Natalie s’ouvrirent un peu plus.

« Maman ? »