Au moment précis où ses bras puissants allaient se refermer sur mes hanches, je n’essayai pas de résister à sa poussée. J’absorbai son élan en pivotant sur mon pied droit valide, baissant brutalement mon centre de gravité. Mes deux paumes vinrent frapper simultanément les deux côtés de sa nuque dans un mouvement tranchant et coordonné — une frappe d’interdiction que l’on n’enseigne dans aucun club de sport civil car elle vise directement le nerf vague et les artères carotides.
Le choc résonna comme un coup de fouet.
Ethan tituba lourdement, ses yeux se voilant d’une seconde d’obscurité. Mais sa masse musculaire et l’adrénaline pure qui le dopait amortirent l’effet immédiat du traumatisme. Au lieu de s’effondrer, il grogna sourdement et projeta un crochet du droit d’une violence inouïe vers ma mâchoire.
Le vent du coup me frôla le nez avec un sifflement sinistre.
J’esquivai d’un millimètre, glissant sous son bras tendu. Mais dans la rotation rapide, mon genou gauche défaillant lâcha avec un craquement douloureux qui m’arracha un serrement de dents. La douleur fulgurante me fit perdre l’équilibre pendant une demi-seconde.
C’était tout ce dont il avait besoin.
Son avant-bras gauche blindé de muscles me percuta en plein thorax, me propulsant en arrière contre la structure métallique de la cage octogonale. Mon dos heurta violemment les barreaux de fer grillagés. L’air quitta mes poumons dans une expiration saccadée.
Ethan était déjà sur moi.
Son visage n’était plus qu’un masque de haine absolue, ses dents serrées au point de saigner.
« Tu meurs ici, vieillard ! » cracha-t-il en envoyant une série de coups de genou dévastateurs visant mes côtes déjà comprimées contre le grillage.
Je levai les deux coudes pour former un bouclier hermétique, absorbant les chocs répétés qui résonnaient dans toute ma cage thoracique avec la force de masses d’acier. Mes os protestèrent, mes muscles brûlèrent, mais je refusai d’ouvrir ma garde.
Dans la douleur la plus totale, un calme absolu, presque glacial, m’envahit.
C’était l’état d’esprit que j’avais enseigné à des centaines de jeunes soldats avant de les envoyer sur des théâtres d’opérations hostiles : Quand l’adversaire déploie toute sa force dans un assaut aveugle, ne cherche pas à être plus fort que lui. Laisse-le consumer son énergie jusqu’à ce que son propre élan le détruise.
Ethan croyait m’avoir acculé. Il s’exposait entièrement, balançant chaque frappe avec l’intention exclusive de broyer de la chair, oubliant les principes les plus élémentaires de protection.
Sur son troisième coup de poing direct visant mon visage, je cessai de bloquer.
Je décalai légèrement la tête sur la droite, laissant son poing bandé de noir traverser l’espace vide et s’écraser avec une force titanesque directement contre le montant d’acier plein de l’octogone.
Un craquement ignoble de petits os broyés résonna dans le gymnase.
Ethan poussa un hurlement aigu, non pas de peur, mais de stupeur et de douleur pure : ses métacarpes venaient de voler en éclats contre la poutrelle métallique. Sa main droite, son arme la plus célèbre, n’était plus qu’une masse difforme et inerte.
Avant qu’il ne puisse reculer pour comprendre ce qui lui arrivait, je passai à l’offensive.
Toute la retenue que j’avais imposée à mon corps depuis le début de cette nuit d’orage s’évapora. Ce n’était plus le père protecteur qui se battait ; c’était l’instructeur impitoyable qui neutralisait une menace mortelle pour de bon.
Mon talon gauche frappa avec une force chirurgicale l’intérieur de son genou droit, déstabilisant son articulation portante d’un coup sec. Sa jambe fléchit vers l’intérieur sous un angle non naturel. Il poussa un second cri et s’affaissa en avant.
Au moment où sa tête basculait à ma hauteur, ma main droite jaillit, les doigts repliés en pointe solide, venant frapper avec une précision millimétrique la base de sa gorge, écrasant partiellement le cartilage de son larynx juste assez pour couper net son alimentation en oxygène sans le tuer.
Ethan tomba à genoux sur le tapis en caoutchouc.
Il portait convulsivement ses mains à son cou, luttant désespérément pour aspirer le moindre filet d’air, ses poumons sifflant comme une vieille forge percée. Les yeux révulsés, horrifiés, il me regardait d’en bas, découvrant enfin la réalité brute, nue et terrifiante : le vieil homme au genou raide ne s’était pas contenté d’esquiver. Il l’avait brisé sans transpirer, sans colère apparente, avec la rigueur méthodique d’un artisan démontant une machine défectueuse.
Je fis un pas lent vers lui, ignorant l’élancement lancinant de ma propre jambe.
Je m’arrêtai à quelques centimètres de son visage couvert de sueur et de larmes de douleur.
« Tu te croyais invincible parce que personne n’avait osé te montrer tes limites », dis-je d’une voix sourde et tranchante qui fit vibrer l’air autour de nous. « Tu pensais que le monde était une arène où les plus cruels écrivent la loi. Tu as cru que Lily était sans défense parce qu’elle avait le cœur pur. »
Il tenta de balbutier un son, de supplier peut-être, mais seul un sifflement rauque s’échappa de sa trachée tuméfiée.
Je me penchai vers lui, plongeant mes yeux dans les siens jusqu’à ce que son regard se dérobe, brisé par une soumission totale qu’il n’avait jamais connue de son existence.
« Tu as perdu tes ceintures, Ethan. Tu as perdu tes sponsors, ton argent et la liberté dont tu te vantais tant. Tu n’es plus un combattant. Tu n’es plus un champion. Tu n’es qu’un dossier judiciaire que les procureurs vont dépecer pendant les dix prochaines années dans une cellule sans fenêtres. »
J’attrapai son poignet indemne, le tordis derrière son dos avec une prise de clef articulaire irréversible et le plaquai le visage contre le sol froid.
De ma poche, je sortis une paire de liens de contention en polymère haute résistance que j’avais emportés du coffre-fort. En trois secondes, ses chevilles et ses poignets furent solidement entravés, l’empêchant de faire le moindre mouvement sans risquer de se disloquer les épaules.
Il resta là, couché sur le flanc, haletant misérablement, réduit à l’état d’un pantin brisé au milieu du temple luxueux qu’il s’était fait construire pour célébrer sa propre gloire.