Sortant de l’ombre du couloir sans un bruit, je saisis le premier par le collet de sa veste tout en glissant mon pied derrière sa cheville, projetant son centre de gravité vers l’arrière avec une économie de mouvement parfaite. Sa tête heurta le sol carrelé dans un bruit mat ; il sombra dans l’inconscience avant même d’avoir pu crier.

Le second écarquilla les yeux, lâchant son téléphone pour porter la main à son holster sous l’aisselle.

Je fondis sur lui. Ma paume ouverte frappa son poignet armé pour dévier la trajectoire du canon, tandis que mon coude gauche venait percuter la pointe de son menton avec la trajectoire ascendante d’un bélier mécanique. L’impact fut sec, net. Ses genoux cédèrent instantanément. Il s’effondra lourdement contre le comptoir en verre.

Je ramassai les deux armes de poing, éjectai les chargeurs d’un coup de pouce, tirai les culasses en arrière pour chambrer et expulser les balles restantes sur le sol, puis envoyai les carcasses vides glisser sous une rangée de casiers métalliques.

Je n’avais pas besoin d’armes à feu. La violence d’Ethan était une construction médiatique bâtie sur l’illusion de sa supériorité physique absolue. C’était cette illusion précise qu’il fallait démanteler, pièce par pièce.

J’avançai d’un pas tranquille vers la salle d’entraînement principale.

La pièce était immense, dominée en son centre par une cage octogonale surélevée entourée de projecteurs suspendus aux poutres métalliques du plafond. Au fond, alignés contre les murs, des dizaines de sacs de frappe oscillaient légèrement.

Ethan était là, torse nu, luisant de sueur, les mains soigneusement bandées de noir.

À quelques mètres de lui, son manager, Marcus Vance, était assis sur une chaise pliante, un téléphone portable vissé à l’oreille, gesticulant avec une nervosité grandissante.

« Je m’en fous de ce que dit le comité ! » hurlait Vance dans l’appareil. « Verrouillez les comptes ! Dites-leur que c’est un piratage informatique, que les documents financiers sont des faux fabriqués par… »

Vance s’interrompit brusquement en levant les yeux vers l’entrée du gymnase.

Son téléphone lui glissa des mains et vint se fracasser sur le sol en caoutchouc noir.

Ethan, surpris par la réaction de son agent, s’arrêta au milieu d’un enchaînement crochet-droite contre le sac lourd. Le sac continua de se balancer dans le vide, grinçant sinistrement à chaque oscillation.

Il se retourna lentement.

Quand il me vit debout à dix mètres de lui, les mains calmes le long du corps, vêtu de ma veste noire élimée, un rire incrédule et démentiel déforma ses lèvres.

« Vous plaisantez ? » lâcha-t-il en essuyant la sueur qui dégoulinait de son front d’un revers de poignet. « Le vieux sénile est venu tout seul. Les deux crétins à l’entrée dorment ou quoi ? »

« Ils ne se réveilleront pas avant une bonne demi-heure », dis-je d’une voix égale qui résonna dans tout le volume du hangar. « Et Vance n’aura plus besoin d’avocats dans dix minutes. Les chaînes d’information nationales sont en train de diffuser les relevés de comptes de vos paris truqués et les rapports toxicologiques de votre clinique de Miami. »

Le visage de Vance se vida instantanément de tout son sang. Il se précipita sur son ordinateur portable posé sur une table basse, tapota frénétiquement sur le clavier avant de pousser un cri étouffé, semblable à celui d’un animal que l’on égorge.

« C’est… c’est en ligne », balbutia Vance, les mains tremblantes d’une terreur pure. « Le procureur général vient d’annoncer l’ouverture d’une enquête pour racket et fraude fiscale… Ethan… c’est fini. Tout est gelé. »

Pendant trois secondes, le silence dans le complexe fut plus assourdissant qu’une détonation.

La carrière d’Ethan Cole venait de mourir. Ses millions de followers, ses contrats à sept chiffres, son statut d’icône invincible : tout s’effondrait sous ses pieds en un battement de paupière.

Mais au lieu de l’abattre, la nouvelle sembla consumer les derniers lambeaux de rationalité qui maintenaient encore cet homme debout. Ses yeux s’injectèrent de sang. Ses muscles se tétanisèrent sous l’effet d’une fureur animale, décuplée par les cocktails chimiques qui saturaient son organisme depuis des mois.

Il ne regarda même pas son manager en larmes.

Il n’avait d’yeux que pour moi.

« Tu as fait ça », siffla-t-il, la voix déformée par une démence furieuse. « Tu as détruit ma vie. »

« Tu as détruit ta vie la première fois où tu as levé la main sur ma fille », répondis-je sans reculer d’un pouce. « Tu as cru que ton statut t’autorisait à écraser les plus faibles. Tu as cru que parce que tu savais cogner sous les acclamations d’une foule en délire, le reste du monde devait ramper devant toi. Tu as envoyé tes sbires mutiler mon chien chez moi ce matin. Tu as dépassé les limites du monde civilisé, Ethan. »

« Je vais t’arracher la gorge avec mes mains nues ! » rugit-il en sautant par-dessus les cordes d’échauffement pour atterrir sur le tapis devant moi. « Il n’y aura pas de flics pour te sauver cette fois ! Personne ne sortira vivant de ce bâtiment ! »

Vance, terrifié par la folie meurtrière de son poulain, recula vers la sortie de secours en trébuchant, ramassa sa veste et s’enfuit en courant dans le couloir sans demander son reste. Le bruit de ses pas précipités s’éteignit au loin, suivi par le claquement d’une porte.

Nous étions seuls.

L’ancien instructeur militaire au crépuscule de sa vie face au jeune fauve dopé et ivre de vengeance.

Ethan ne prit même pas la peine d’adopter une garde technique d’arts martiaux mixtes. La rage avait balayé sa discipline sportive. Il chargea avec la puissance d’un train de marchandises, cherchant à m’enserrer la taille pour me plaquer violemment sur le sol en béton et m’écraser sous son poids.

C’était la tactique prévisible d’un lutteur habitué à dominer par l’impact brut.