— Quinze ans de prison ferme pour complicité de meurtre, tentative de meurtre sur ta personne et fraude fiscale majeure. Ses avocats ont tenté d’invoquer la contrainte, mais le juge a balayé l’argument. Il est totalement ruiné. La villa du 16ème arrondissement et tous ses avoirs ont été saisis par l’État pour indemniser les victimes de leurs escroqueries.

Victoire posa doucement sa main sur son ventre, sentant un coup de pied vigoureux de son enfant. Un petit garçon, selon la dernière échographie. Un enfant qui grandirait libre, loin du mensonge, de la peur et de la trahison.

— Et le patrimoine de mon père ? demanda-t-elle.

— La justice t’a restitué l’intégralité des droits d’auteur, des brevets d’architecture et des biens spoliés. Tu es aujourd’hui à la tête d’une fondation parfaitement saine. Tu as honoré sa mémoire de la plus belle des manières, Victoire.

Elle se leva lentement du banc, contemplant les majestueuses colonnes du Palais de Justice. Elle se remémora la nuit glaciale où elle s’était retrouvée étalée sur le sol en pierre de ce couloir de service, jetée comme un déchet par l’homme qu’elle croyait aimer, raillée par une femme sans conscience.

Ce soir-là, ils avaient cru la briser. Ils avaient pensé qu’une femme enceinte, effrayée et en larmes ne représenterait jamais un danger pour leur empire de corruption. Ils avaient oublié une chose essentielle : la peur change de camp dès lors que la vérité trouve une voix.

Victoire ajusta son manteau, jeta un dernier regard vers le tribunal et s’éloigna d’un pas ferme et serein sur l’avenue ensoleillée. Elle n’était plus la victime de leur histoire. Elle en était désormais l’unique et indomptable victorienne.